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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 01:20
Yves Jégo restera en Guadeloupe
bien au-delà de la résorption des blocages


Le secrétaire d'Etat s'installe en Guadeloupe, pour quelques jours, le temps de débloquer la situation, de présenter un plan cohérent, chiffré, acté par tous. Ensuite, le ministre restera quelques jours de plus, pour voir si ça marche. Dans l'immédiat, des contrôles vont être effectués dans les commerce pour tenter de comprendre le différentiel important entre les prix métropole et locaux.

« Les Guadeloupéens ne veulent pas de cinéma mais des réponses. Ils veulent qu'on agisse autrement que ce qui a été fait depuis quinze jours et qui n'a pas fonctionné. Ce n'est pas une visite, c'est une installation sur place, en préfecture, pour trouver des réponses efficaces qui s'adressent à ceux qui les attendent, sans être détournées... Je ne sais pas quand je vais retourner dans mon ministère. En ce moment, pour une durée indéterminée, mon ministère est ici.
Les revendications de Liyannaj kont pwofitasyon « sont la traduction d'un manque de transparence du circuit du commerce. L'Etat doit garantir cette transparence, gage de baisse des prix. Cinquante produits vont faire l'objet, chaque semaine, d'un contrôle en grandes surfaces. Et chaque fois, les prix des produits seront publiés. Je ne céderai sur rien. Le commerce, la distribution, doivent redonner du pouvoir d'achat aux Guadeloupéens. Les revendications, dit-il, traduisent aussi le fait qu'il semble que la redistribution soit, en Guadeloupe, à deux vitesses : certains prospèrent grâce aux mesures de l'Etat tandis que la plus grande partie de la population est au bas de la route. Il s'agit des personnes âgées, des locataires de HLM, entre autres. Pour ces derniers, je souhaite un gel des prix des loyers dès cette année. Il y aura d'autres mesures à discuter avec l'ensemble des partenaires. »

Les profiteurs en point de mire
« Notre plan pour répondre aux revendications des Guadeloupéens doit être cohérent, vu avec l'ensemble des partenaires : les collectivités, les socioprofessionnels. Il faut aussi ouvrir des perspectives à la jeunesse. Il est de notre devoir d'apporter des réponses d'avenir. »
« J'ai l'impression que, sur certains sujets, il y a des dérives, des exagérations. La direction de la consommation va être renforcée par une mission venue de Paris dès demain pour pouvoir exercer pleinement son pouvoir de contrôle des prix et des pratiques commerciales. Il faudra dénoncer les profiteurs. Sans haine. L'Etat est là pour protéger les plus faibles de leurs agissements. La pwòfitasyon est une dérive qui n'est pas acceptable.»
« Il faut, a-t-il martelé, changer de méthode pour avancer dans ce dossier. Ces premiers jours, mon programme de rencontres ne sera pas public parce qu'il faut avancer et qu'il ne faut pas troubler ces rencontres. Très vite, il nous faudra pouvoir tous ensemble, les collectivités, les socioprofessionnels, l'Etat, donner des réponses, des chiffres, des montants. Ensuite, nous rencontrerons le Collectif pour donner les réponses qu'attendent les Guadeloupéens. »
André-Jean VIDAL

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Zgal 02/02/2009 22:29

ARTICLE SUR MEDIALTERNATIVE

[http://www.medialternative.fr/w/GUADELOUPE-ANTAN-SORIN.html ->http://www.medialternative.fr/w/GUADELOUPE-ANTAN-SORIN.html]


"Installation" du sous-ministre Jégo en Guadeloupe

GUADELOUPE ANTAN SORIN ?

Le retour du bon vieux temps du gouverneur pétainiste ?



L’arrivée d’Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, en Guadeloupe, au 12 ème jour d’un conflit social généralisé, semble loin de pouvoir mettre fin à la mobilisation, et ce lundi 2 février, la paralysie de l’île reste effective.

Il faut dire que la forme comme le fond des interventions de l’Etat restent méprisantes des revendications du collectif Lyannaj Kont Pwofitasyon et du peuple guadeloupéen largement mobilisé dans ce conflit social (plus de 24 000 personnes à Pointe-à-Pitre le samedi 24 / 60 000 le vendredi 30 !!! et depuis ce week-end les manifestations se délocalisent dans les communes comme samedi à Basse-Terre (environ 4 à 5 000 personnes) ou à Sainte-Anne).

Des méprises et mépris en cascades

L’Etat s’était engagé, via le préfet, à négocier avec tous les autres partenaires (élu-e-s , collectif, patronat et représentant-e-s socio-professionnel). Cette méthode de travail faisait consensus. Unilatéralement le ministre ordonne au préfet de quitter la table des négociation, pour changer de méthode. 1er mépris. A la suite de quoi, vendredi 60 000 personnes ( !!!) ont défilé à Pointe-à-Pitre. Jégo ne viendra que deux jours plus tard…

Pour tenter soi-disant d’apaiser la situation et de répondre aux revendications, il propose des mesurettes, au même moment que le préfet se défile, qui ressemblent plus à de la charité, de l’aumône, qu’à une réponse qui prenne véritablement en compte la mesure de la situation et partant des revendications : proposer 200 euros de prime exceptionnelle aux 60 000 foyers les plus en difficultés quand le collectif réclame une hausse de 200 euros par mois des plus bas salaires et des minima sociaux ; proposer d’augmenter de 1500 le nombre de Contrats aidés, emplois qui ne débouchent pas sur un C.D.I. et restent rarement qualifiants, emplois précaires donc, alors que le chômage approche les 25 % (45 % chez les jeunes) et que la précarité ici est déjà galopante ; quant à la baisse des charges sociales…nous nous retrouvons toujours dans la même logique de la fin des contributions à la solidarité, chère à la politique de Pwofitasyon, menée par Sarkozy.

Le collectif, dimanche encore, juste avant l’atterrissage de Jégo, a exprimé sa volonté de négocier, comme convenu, globalement, et d’aborder l’ensemble des revendications. Là encore l’Etat reste autiste. Il fractionne, rencontre d’abord les patrons et les élu-e-s et n’a pas daigné encore fixer un rendez-vous au Lyannaj alors que le mouvement continue. La question se réduit de plus en plus au très médiatique problème du pouvoir d’achat, alors que le problème guadeloupéen, comme les revendications en rendent compte, est beaucoup plus large et profond : le retard de développement économique, la formation et l’éducation, la discrimination, la culture et la kilti, débouchant inévitablement sur des questions politiques et institutionnelles, dont la population a bien pris conscience, mais que l’Etat se refuse toujours à aborder (comme la plupart des médias en métropole).

Le collectif a aussi affirmé dimanche sa volonté à associer le peuple aux débats et négociations par leurs retransmissions, comme cela s’est fait avec succès au début des négociations, avec une large audience populaire, avant que le préfet ne quitte la table. Le sous-ministre pratique l’hui-clos pour apaiser les esprits, dit-il (1). S’il imagine que ses conciliabules avec les élu-e-s et le patronat vont rassurer les Guadeloupén-ne-s qui réclament par le collectif la transparence et la fin de la pwofitasyon de l’Etat, des élu-e-s coupé-e-s du peuple, des patrons…. ce lundi matin, d’ailleurs, le Lyannaj appelle toujours à la poursuite de la grève générale….

Avant même son arrivée en Caraïbe, Jégo lance, par la voix du préfet, un appel autoritaire à reprendre, dès ce lundi, la distribution des carburants. Réponse négative : « Awa, awa, awa ! ». Le collectif déclare dimanche qu’il est solidaire des gérant-e-s et employé-e-s de ce secteur, et ce lundi, le principal syndicat du secteur déclare que même, comme le ministre a tenté de le faire aboutir ce matin, si un accord est trouvé dans leur corporation, il reste solidaire et en grève, au côté du collectif populaire, tant que les revendications n’ont pas toutes abouties. Le gouvernement français a du mal à se rendre compte de la réelle et large cohésion populaire qui fait que la mobilisation est aussi générale que durable…

Antan Sorin ?

L’Etat français semble méconnaître totalement la société guadeloupéenne. Sa culture des réseaux populaires de solidarité en particulier. Nous les voyons bien à l’œuvre aujourd’hui, comme au lendemain d’un cyclone. Nous voyons bien aussi leur efficacité, le collectif s’étant organisé et préparé logistiquement semble-t-il, comme à l’annoncée d’un ouragan : le collectif a assemblé plus de 60 000 partisan-e-s le vendredi 30, après 11 jours de pénurie à la pompe !

Nous les voyons aussi s’organiser et se mettre à l’œuvre dans les communes, comme à Marie-Galante depuis le début du mouvement, ou comme à Basse-Terre ou à Sainte-Anne samedi dernier, et de-ci-delà des points de ventes et d’échanges de produits locaux émergent, palliant la grande distribution aux côtés des lolo (petit bar-épicerie-resto de quartiers populaires) et des petits commerces de proximité où l’on se rend à pied où à vélo. C’est peut-être Borloo qu’il aurait fallu dépêcher en Guadeloupe !!!

Cette situation n’est pas sans rappeler celle de la Guadeloupe sous Pétain, alors que le gouverneur de la colonie Sorin était en place au service zélé du gouvernement de Vichy… Et je ne suis certes pas le premier à faire se rapprochement. Face au blocus de l’île par les Anglais, les bons vieux réseaux de solidarité ont battu leur plein. L’Histoire retient même l’usage de biocarburants (canne à sucre et distilleries le permettent) ! L’arbre à pain, pour sa part, reste dans la conscience collective guadeloupéenne un symbole fort d’autonomie.

Parallèlement, l’autisme dont fait preuve l’Etat vis-à-vis du peuple et de la culture guadeloupéens, l’arrivée de Jégo qui déclare n’être pas venu « en simple visite » mais « s’installer » pour régler les problèmes, en s’appuyant sur les notables locaux (patronat, élu-e-s) sans rencontrer les représentant-e-s du collectif populaire, divisant (les conciliabules, les différentes parties, les négociations, les secteurs), amassant des forces mobiles sur l’île pendant qu’il laisse pourrir la négociation, ne manquent pas de nous rappeler à leur tour le gouvernement colonial français et son administration, via des gouverneurs, de ses anciennes colonies…

Loin de moi, bien-sûr, d’aller jusqu’à penser, en filant la comparaison, que Jégo serait un nouveau Sorin et Sarkozy, un Pétain en puissance…

Mais l’Histoire et la réalité socio-culturelle de la Guadeloupe semblent bien inconnues des puissants parisiens rendus, bien plus que maladroits, méprisants envers le collectif Lyannaj et l’expression du peuple guadeloupéen ; et partant, pouvoirs métropolitains rendus pour l’instant impuissants dans la résolution prompte et efficace de la crise sociale et politique en cours sur notre archipel.


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Note :

(1) « Il faut changer de méthode pour avancer dans ce dossier. Ces premiers jours, mon programme de rencontres ne sera pas public parce qu’il faut avancer et qu’il ne faut pas troubler ces rencontres. Très vite, il nous faudra pouvoir tous ensemble, les collectivités, les socioprofessionnels, l’Etat, donner des réponses, des chiffres, des montants. Ensuite, nous rencontrerons le Collectif pour donner les réponses qu’attendent les Guadeloupéens. » - Y. Jégo.

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