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11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 19:53
 
En Guadeloupe, la dérive de nombreux exclus



12,5 % des ménages guadeloupéens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Chômage et explosion démographique aggravent la marginalisation alarmante des jeunes

Popularisée depuis le 20 janvier par l’important mouvement de contestation du « Collectif contre l’exploitation outrancière », l’idée selon laquelle une frange importante de la population guadeloupéenne se trouve en situation de précarité n’est pas un mythe, mais bien une réalité.

Tous les observateurs de la vie sociale insulaire l’accréditent. Parmi eux, Yves Jégo, secrétaire d’État à l’outre-mer, qui a évoqué le 31 janvier, lors de son arrivée sur l’île pour négocier, « une Guadeloupe à deux vitesses ». Avec, « d’un côté, ceux qui arrivent à s’en sortir et dont les revenus progressent, et, de l’autre, ceux qui sont dans les difficultés, ont des bas revenus et n’arrivent pas à s’en sortir ».



« Le nombre d’exclus s’est incontestablement accru »


Après deux décennies de présence auprès des laissés-pour-compte de Pointe-à-Pitre et de ses environs, l’éducatrice de rue Leïla Cassubie confirme : « Le nombre d’exclus s’est incontestablement accru depuis les années 1980. » Devenue aujourd’hui conseillère sociale itinérante et écrivain public, elle arpente régulièrement les quartiers en difficulté de la ville et il suffit de l’accompagner dans ses tournées pour comprendre.

Pour l’intervenante, qui s’est formée en métropole, il n’y a pas de catégories prioritaires dans la misère. Lors de ses périples urbains, elle est naturellement orientée vers tous les cas possibles et imaginables de détresse. Les lieux qui la réclament le plus se trouvent au sud de la ville intra-muros ou en périphérie : il s’agit de quartiers insalubres constitués de petites cases en bois et tôles, où s’entassent des familles nombreuses (six enfants ou plus en moyenne) et souvent monoparentales.

Les femmes ont souvent recours à Leïla Cassubie pour effectuer des démarches auprès des administrations dans la perspective d’obtenir des allocations ou – ce qui s’avère « pour le moins incertain » – un logement en HLM, pour faire soigner des enfants malades ou encore pour suivre des filles mineures enceintes – un « phénomène répandu »…

Vivre de combines et de trafics
Leïla Cassubie ne s’y fera jamais. « Ces quartiers ont quelque chose de sud-américain, explique-t-elle. Le nombre de gamins qui s’y trouvent livrés à eux-mêmes et guettés par la délinquance y est ahurissant. Quant aux filles mineures, j’ai beau leur conseiller la contraception, c’est comme si je parlais au vent. » Dans ces quartiers, qui abritent aussi un nombre important de familles immigrées venues de Saint-Domingue, de la Dominique ou d’Haïti, on a rarement l’eau courante et on marche fréquemment au milieu des ordures. Souvent, on vit de combines : d’une activité informelle (petit commerce et petits services), mais aussi de trafics, surtout chez les jeunes (vente d’objets volés et de drogue).
A ces sortes de bidonvilles qui existent aux portes d’autres villes comme Basse-Terre, il convient d’ajouter les « ghettos », barres d’immeubles HLM qui concentrent les mêmes problèmes. Le cœur de Pointe-à-Pitre attire, lui, un certain nombre de SDF de plus en plus jeunes, se livrant à la mendicité et à du trafic pour se payer leurs doses de crack, drogue engendrant des comportements violents et schizophréniques. Le Centre Saint-Vincent-de-Paul d’hébergement et d’insertion sociale, structure quasi unique créée pour ces publics à l’initiative de l’Église catholique en 1991, est très sollicité et mobilisé.

Une proportion de pauvres deux fois plus élevée
Comme souvent ailleurs outre-mer, cet accroissement alarmant de la marginalisation des jeunes s’explique par un double phénomène. L’explosion démographique, d’abord : la population de la Guadeloupe était de 417 000 habitants en 1995, de 440 000 en 2003 et de 451 000 en 2007, la moitié d’entre eux ayant moins de 34 ans. L’ampleur du chômage, ensuite : 22 % en 2008, selon les relevés des antennes locales de l’Agence nationale pour l’emploi, mais 28 % en réalité, en tenant compte de tous ceux qui ne sont pas inscrits à l’ANPE.
Cette proportion serait, en outre, largement dépassée si, là aussi, comme dans les autres départements ultramarins, la fonction publique n’était pas généreuse en emplois (33 % des salariés contre 23 % en métropole). Au total, 35 % des 20-30 ans sont sans emploi et huit chômeurs sur 10 sont sans formation ni qualification.
Conséquence de tout cela : le nombre important de bénéficiaires du RMI (32 000 personnes, dont 61 % sont des femmes) et de destinataires des prestations familiales ou des aides au logement (60 % de la population au total).
Enfin, selon l’Insee, 12,5 % des ménages guadeloupéens vivent au-dessous du seuil de pauvreté – la proportion est comparable en Martinique et en Guyane – alors que le chiffre est de 6 % en France métropolitaine.

Antoine FOUCHET à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe)

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André-Jean Vidal
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