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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 00:57
L'HOMMAGE DE LA GUADELOUPE A JACQUES BINO
Jacques Bino a été inhumé hier après-midi, au cimetière de Petit-Canal. Militant syndical, membre de la CGTG, membre du Collectif Liyannaj kont pwòfitasyon (LKP), il a trouvé la mort dans des circonstances tragiques, assassiné le 18 février alors qu'il quittait une réunion du LKP et rentrait chez lui avec un ami. Ses parents, ses amis la Guadeloupe lui ont rendu un hommage solennel.

Toute la cérémonie d'hier après-midi, dans le hall des sports de Petit-Canal, qui contient avec peine près de 3 000 personnes assises dans les gradins mais aussi debout, nus pieds, sur le terrain de handball, va être empreinte d'une intense émotion, mais aussi d'une grande retenue. Face à la mort d'un homme assassiné en plein conflit social. Dignité.
Dans ces gradins, quasi anonymes tellement ils seront discret tout au long de la cérémonie qui va durer près de trois heures — et ils ont des raisons de l'être, muets, tellement ils se sont marginalisés par des maladresses — , il y a des élus, Victorin Lurel, président du conseil régional en tête. Il y a Ségolène Royal, présidente de la Région Poitou-Charentes, ancienne candidate à la présidentielle, qui va arriver en retard, s'installer tout devant avant de s'asseoir en retrait tandis que la cérémonie se poursuit. Pas de récupération politique, ont clamé les intervenants. Cela s'adresse à tout le monde. D'ici... et de là-bas. José Bové, vedette de la veille, est absent. Olivier Besancenot est en Martinique avant de revenir pour quelques jours en Guadeloupe, aujourd'hui ou demain.
Au premier rang, il y a Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG, porte-parole de LKP, Jean-Marie Nomertin, Lita Dahomay, de Combat ouvrier, Félix Flémin, secrétaire général du PCG, Alain Plaisir secrétaire général de la CTU, des syndicalistes. Au deuxième rang, il y a les représentants d'associations, il y a la cinquantaine d'associations qui constituent le LKP.
Tout devant, il y a un cercueil très simple. Et dans ce cercueil un homme immobile. Jacques Bino, le syndicaliste assassiné. L'enquête est en cours. Assis, tout près, il y a la famille. En noir. Il y a surtout Marie-Antoinette, sa compagne, corsage blanc, qui retient ses larmes, et Cédric, 8 ans, leur fils, qui, lui, ne retient pas du tout son chagrin immense. Il a perdu son papa.
Plus loin encore, il y a les prêtres : le vicaire général Jean Hamot, le Père Plaucoste, le Père Blanchard. Il y a la chorale de Petit-Canal, femmes superbes, aux voix profondes. Il y a aussi des récitants, les frères Jernidier, un chanteur à textes, Rony Théophile. Et une chaleur intense. Il y a aussi des groupes carnavalesques, dont Akiyo, dont était membre Jacques Bino.

« Nou ni dèwa kontinyé lalit ! »

Les prises de paroles sont courtes, martelées.
Lita Dahomay, de Combat ouvrier, va avoir des mots durs, véritable réquisitoire : « C'est un crime douteux. Nou vlé sav tou sa ki pasé ekzaktéman ». Elle en perd son créole.
Rony Théophile va entonner, a capella : « Sa ki sav sav, sa ki pa sav pa sav. »
« Nou ké fin sav... », commente quelqu'un.
La nature de la mort de Jacques Bino pèse sur la salle.
Elie Domota se lève, se dirige vers le micro. Le porte-parole (leader, lider ?) de LKP : « Jodila, pèp gwadloup, sé on moment de tristesse. Kamarad Bino ! Nou ni dèwa kontinyé lalit ! Nou ka pozé pwoblèm. Nou ka poté manèv pou difikilté a pèp... Nou pozé pwoblèm, ki répons nou ka réséwa ? Pas grand-chose. L'heure est toujours à la mobilisation », continue-t-il en français.  Et de conclure : « Nou trist mé nou ka goumé ! »
Autre intervenant, Patrice Tacita, du Mouvman Akiyo, pour dire un poème de Sonny Rupaire, avant de faire un portrait de Jacques Bino : fulgurant de générosité, avec une voix puissante, une solidarité avec les autres jamais démentie.
Des témoignages d'amis, de la famille, suivent : « Qui était Jacques ?, dira un proche. Une colombe.  Un homme soigné, sobre, correct, un amoureux des plantes, un conseiller fidèle, loyal. Avec de l'humour, de la discrétion, le sens de la famille.
Le Père Hamot : « Il y a une aube après la nuit. La foi ne rend pas la séparation moins douloureuse. »
Jacques Binot a été conduit au petit cimetière de Petit-Canal, en fin de journée, son cercueil suivi par plus de cinq mille personnes dans les rues du bourg. Au son du gwo ka et de la complainte : «  La Gwadloupe sé tan nou, la Gwadloup a pa ta yo ! »
André-Jean VIDAL


Jean-Marie Nomertin « enragé »

« Je suis enragé. Je le dis fermement : je suis un homme atteint. On n'a pas compris que ce n'était pas une simple grève, que c'est un mouvement social fort. On n'arrêtera pas ce combat là !, martelle Jean-marie Nomertin en levant le poing. Ce serait trahir notre camarade. Je lui donne, ici, l'assurance que le combat continue. Lui est mort au combat sans être au combat. il n'avait rien dans sa voiture, ni arme, ni bombe. Moi, je vous le dis : si on n'a pas encore tué, ici, c'est parce qu'i y a la presse internationale. »

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André-Jean Vidal
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