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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 13:13
Antilles: vie chère liée au poids des importations et à l'exigüité des marchés

 La cherté du coût de la vie dans les Antilles s'explique structurellement par l'exigüité du marché et l'éloignement de la métropole d'économies insulaires qui importent la très grande majorité de leur consommation, explique à l'AFP l'économiste martiniquais Jean Crusol.

Les hausses de prix peuvent être spectaculaires: entre décembre 2007 et décembre 2008 le prix du kilo de riz s'est accru de 25% en Guadeloupe, 42% en Martinique et 30% en Guyane, alors que le SMIC ne s'accroissait que de 3% dans ces trois territoires, indique M. Crusol.
La forte dépendance aux importations de ces économies, que ce soit pour l'énergie, les produits manufacturés ou même les produits alimentaires, a pour conséquence qu'elles sont fortement exposées aux "chocs extérieurs" puisqu'il n'existe pas de véritable production locale capable d'amortir ces chocs, selon l'économiste.
La valeur des importations représentait en 2005 le cinquième (21,8%) de celles des exportations en Guadeloupe et le tiers (30,9%) en Martinique, selon l'INSEE. En Guadeloupe en 2006, les productions végétales ont couvert 69,2% des besoins de la consommation locale, et l'élevage 11,9% des besoins locaux de viande.
En outre, de nombreux intermédiaires interviennent dans la chaîne d'importation: "importateurs, compagnies maritimes, transitaires (qui coordonnent le transport), Chambre de commerce et de l'industrie pour les frais et taxes portuaires, grossistes, grande distribution, détaillants prélèvent leurs marges au passage", énumère M. Crusol.

Des taxes spécifiques

A cela s'ajoutent des taxes spécifiques: outre la TVA (dont le taux normal s'élève à 8,5% et le taux réduit à 2,1% en Guadeloupe et Martinique), les importateurs acquittent "l'octroi de mer", destiné à financer les collectivités locales.
Le surcoût des produits est accentué "par un effet d'accordéon, dans la mesure où les marges, à chaque étape, sont déterminées proportionnellement à la valeur du produit à l'étape antérieure", précise M. Crusol.
L'exigüité des marchés ne joue pas non plus en leur faveur: d'une part, elle ne place pas les acheteurs en position favorable pour négocier auprès des fournisseurs; d'autre part, elle ne favorise pas la concurrence entre les distributeurs. "Dans un petit marché il y a forcément peu d'intervenants, et pratiquement automatiquement des ententes", souligne l'universitaire.
D'autant que "certains participants de la chaîne d'importation ne se gênent pas pour accroître leur marge, en contournant les règlements de la concurrence et des prix, ou en abusant de positions dominantes et de monopole de fait", accuse-t-il.
Une enquête conduite par une mission d'inspection interministérielle est ainsi en cours pour faire la lumière sur les prix pratiqués par la Société anonyme de de raffinerie des Antilles (SARA), filiale de Total, qui exerce un monopole de fait dans les trois départements d'outre-mer.
Pour M. Crusol, la solution passe par un interventionnisme accru sur le prix des denrées de base, et par une plus grande autonomie économique des îles.
Alors que les cultures d'exportation traditionnelles (canne à sucre et banane) rencontrent de plus en plus de difficultés, elles doivent investir dans le secteur des énergies renouvelables, et dans celui des services à haute valeur ajoutée.
Enseignant à l'université des Antilles et de la Guyane, auteur en 2007 d'un ouvrage sur "Les îles à sucre, de la colonisation à la mondialisation", Jean Crusol a été vice-président de 1992 à 2004 du conseil régional de Martinique, sous les couleurs du PS, dont il a été exclu depuis.

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André-Jean Vidal
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