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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 13:22
UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL POUR INVENTER LA GUADELOUPE

Les événements qui se sont succédés en Guadeloupe depuis le 20 janvier 2009 ont mis en lumière l’impasse dans laquelle se trouve notre société.
Cette impasse est omniprésente et marque le quotidien des Guadeloupéens. Elle est sociale, sociétale et politique et constitue un excellent baromètre pour lire le pays.
Le Mouvement social, conduit par le L.K.P, a été totalement inédit et à ce titre a pris  la forme d’un véritable drame mettant en lumière tous les dysfonctionnements.
Il a aussi mis en évidence les difficultés à rapprocher les points de vue et à maintenir les équilibres essentielles.
Il est clair que les structures économiques archaïques, coloniales dans la forme, ne facilitent pas les relations partenariales. Le poids de l’histoire, la perception de l’autre, la crispation sur des intérêts souvent égoïstes sont autant de handicaps qui jalonnent la route de ce dialogue.
Aussi, tout au long de ces journées il est apparu clairement que le mouvement social est resté bordé par deux logiques.
Celle de la demande sociale qui est forte et qui a trouvé une forme de libération dans ce grand bouleversement des valeurs. Au nom de la fierté retrouvée le peuple a voulu aller jusqu’au bout de cette libération.
D’un autre côté, ce mouvement social est fortement marqué par l’histoire syndicale guadeloupéenne. L’action revendicative a souvent été acculé à la radicalité par la surdité patronale et par la collusion d’un Etat essentiellement soucieux de préserver l’ordre colonial.

C’est de ce schéma colonial qu’il faut sortir pour accéder à la modernité sociale et politique. De cette impasse doit jaillir une autre Guadeloupe qu’il faut inventer.
Des problématiques nouvelles émergent, des pratiques nouvelles se font jour sans pour autant que les réponses apportées soient toujours à la hauteur des enjeux.
Quelle forme de dialogue social introduire pour favoriser un fonctionnement régulier des relations entre les Hommes et leurs intérêts ?
Comment construire les compromis, gages de toute société ayant accédé à la modernité ?
Quelle place accorder à l’initiative et au risque ?
Quel rapport entre les petites entreprises et le mouvement social dans le contexte particulier de la Guadeloupe ?
Comment instiller la culture de la responsabilité à tous les échelons pour reconstruire le lien social et redéfinir les rapports sociaux ?
Aujourd’hui que l’Etat s’estompe dans le règlement des problèmes quotidiens et que les collectivités n’ont pas les moyens de se substituer à ce retrait, la Guadeloupe se trouve à la croisée des chemins, face à elle-même.
C’est ce défi qu’il faut aujourd’hui relever dans l’élan LKP en introduisant de nouveau code sociaux fondés sur le respect de la personne humaine et sur la démocratie.

LA RECONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL
Le Mouvement social qui s’est déployé sur la Guadeloupe depuis le 20 janvier a reçu un large soutien du peuple guadeloupéen comme l’avait prédit le sondage QUALISTAT (voir site www.qualistat.net ). Pour rappel ce sondage réalisé entre les 17 et 23 décembre 2008 révélait clairement le mal qui minait la société guadeloupéenne.
78% des personnes interrogées estimaient que la manifestation du 16 décembre conduite par le LKP était justifiée.
69% des sondés considéraient que leur situation était en train de se dégrader.
61% affirmaient avoir dépensé moins pour les fêtes de fin d’année.
Ce Mouvement social a en outre été accueilli favorablement par l’opinion française  (78%) selon le sondage de l’institut BVA rendu public le 24 février.
Pour autant ce mouvement n’a pas fait l’unanimité. Pour des raisons diverses, certains guadeloupéens n’ont pas adhéré à la mobilisation sociale et populaire.
Il en résultera des déchirures familiales et des dissensions sociales importantes.
Ces situations ne sont pas nouvelles et la Guadeloupe possède des ressources extraordinaires pour recréer du lien.
Mais aujourd’hui, dans la dynamique qui s’est créée, la question du lien doit dépasser les réactivations traditionnelles.
D’une part au niveau économique, les entreprises auront du mal à se relever de ce mois de grève. Le sens de la responsabilité est la seule façon de surmonter la transition entre les difficultés d’aujourd’hui et le retour à une certaine stabilité invitant à de nouveaux rapports sociaux.
D’autre part à un niveau plus général, la question de la refondation du lien social suppose des initiatives pour réinjecter du dialogue. A cet égard, les rencontres réalisées pendant le mouvement avec les entrepreneurs locaux, les jeunes, les artistes, les enseignants ou les femmes sont les pistes qu’il va falloir renforcer et généraliser. La culture du dialogue et du débat doit se substituer à la connivence qui prévaut dans les relations sociales.
Ces journées de grèves ont permis de réintroduire des solidarités et de la communication. Plus que tout autre gain matériel, c’est le principal acquis de cette période. Tout doit être mis en œuvre pour préserver cette avancée décisive qui nous permet de rompre définitivement avec la logique de dépendance qui marque cette société malade qui a généré la crise.
L’heure est à la création d’une structure de coordination pour favoriser ce dialogue nécessaire à la reconstruction du lien social dans la perspective d’une véritable fondation sociétale en misant sur l’imagination de tous les acteurs et en s’appuyant sur des expérimentations. En un mot comme en trois il faut élaborer un nouveau contrat social.
 
UN PROJET POUR LA GUADELOUPE
Le mouvement social a pointé du doigt les carences de la gouvernance qui prévaut dans une société désarticulée où le politique et la société civile sont dos à dos, où l’économique et le social ne s’écoutent pas.
Quelle est la volonté réelle de l’Etat ?
Quelles leçons  la classe politique locale tire-t-elle de cet épisode ?
Comment redonner confiance à une population qui a pu faire l’expérience des limites d’un système dont l’inadaptation n’est plus à démontrer ?
Ces questions sont sur toutes les lèvres.
Mais ne nous trompons pas. Les réformes structurelles proposées par le Président de la République ne vont pas suffire à résoudre les questions qui ont été posées ces derniers jours.
Il faut replacer le citoyen guadeloupéen au cœur du débat politique.
Notre société est en panne politique certes, mais elle connaît avant tout un lourd déficit de citoyenneté. Le mouvement social et populaire a eu la vertu de réinventer le débat politique en propulsant sur le devant de scène la société civile. C’est la première condition de l’ancrage démocratique. Une opinion publique guadeloupéenne s’est forgée en occupant des espaces publics jusqu’alors vides.
L’inadaptation du système ne doit pas aboutir à une négation du politique et de la fonction politique. C’est la deuxième condition de la démocratie qui n’est hélas pas réuni e Guadeloupe aujourd’hui. La responsabilité de cette carence est globale et partagée car il n’y a pas d’élus sans électeurs même si la politique en ce qu’elle organise et oriente la société est bien pauvre sous nos cieux. Il est urgent de réhabiliter la politique en évitant les tentatives de récupération qui seront de toute façon contre-productives.
C’est pourquoi la question du Projet de Société est plus que jamais à l’ordre du jour. Davantage que les Etats-Généraux, se pose la question de la définition des contours de la société dans laquelle veulent vivre les Guadeloupéens.
Quel modèle entrepreneurial pour quel développement ?
Quel projet culturel et sportif pour l’épanouissement et le rayonnement du peuple guadeloupéen ?
Comment assurer le développement économique sans compromettre l’environnement ?
Quelle éducation et quelle formation au service du projet économique, social et culturel partagé par la grande majorité ?
Comment assurer l’expression des opinions et de toutes les diversités qui constituent notre société créole ?
Quelles relations avec les Guadeloupéens de l’extérieur ?
Quelle éthique politique pour garantir la participation permanente du peuple dans le débat politique ?
Comment vivre l’archipel dans les liens rénovés avec toutes les îles qui le constituent ?
Comment envisager nos rapports avec l’espace régional caribéen ?
Ce sont là quelques uns des grands chantiers qui doivent être ouverts rapidement dans l’esprit LKP.
Alors, de façon sereine, pourra être abordée la question des institutions et du statut au service du modèle de développement choisi.
Dans cette recherche politique de nous-mêmes la question de la démocratie doit être centrale. Elle est à la source de la confiance qui fait défaut dans le système actuel.
Il faudra très certainement aller plus loin que ce que prévoient les textes pour libérer toutes les paroles.
Plus que jamais s’impose l’émergence de formes d’organisation participative pour la réflexion et les propositions afin de parvenir à un véritable « shadow cabinet »  à la guadeloupéenne.
Inventer, encore inventer, toujours inventer doit être dorénavant la devise issue de ce mouvement.

                        Pointe-à-Pitre le 27 février 2009

                                Julien MERION

                                Politologue

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André-Jean Vidal
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commentaires

SOSTHENE 03/03/2009 21:54

Et bla bla bla , et bla bla bla

André-Jean Vidal 09/03/2009 01:01


Oui, mais il paraît qu'à Paris, on en redemande. Il est invité à venir expliquer cela dans certains cercles autorisés, très parisiens, mais qui font l'opinion.


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