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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 01:06
« Dire que c'est le transport qui coûte, c'est trop facile ! »
Quelle est la structure du prix d'une marchandise ? Qui se sucre au passage ? Qui du transporteur maritime ou du grand distributeur s'en met le plus dans les poches ? Où est la fameuse pwòfitasyon dénoncée par le collectif Liyannaj kont pwòfitasyon ? Enquête.
Le prix des produits de consommation courante en moyenne de 30 à 40% plus cher que dans l'Hexagone ? Avec certains d'entre-eux, comme les pâtes, qui sont vendus 70% plus cher. C'est un des combats de Liyannaj kont pwòfitasyon (LKP), une des revendications majeures : faire baisser les prix en grandes surfaces surtout mais aussi dans les supérettes et boutiques. Ceci de manière conséquente. En fait, c'est la lutte contre ce qu'on appelle la pwòfitation, mot créole francisé en profitation par la presse nationale, en passe d'être inscrit au dictionnaire l'an prochain. La profitation, c'est profiter des Guadeloupéens. Et quoi de plus profitable que de vendre cher ce qu'on achète à bas prix. A ce jeu, les grossistes, les hypermarchés, sont gagnants. Quelle est leur marge ?
Importante. Indécente, diront les uns, justifiée, diront les autres. Les premiers, ce sont les clients. Ceux qui ont étudié un tant soit peu le système. Les seconds, ce sont les grossistes, grands distributeurs, qui soutiennent — et ils n'ont pas tort dans l'absolu — que la Guadeloupe est une île, peuplée de 460 000 habitants, à 8 000 kilomètres des centres de production. Donc, il faut transporter loin des marchandises en quantités pas suffisantes pour avoir des prix très intéressants.
Longtemps — et encore — sur la sellette (LKP et la grande distribution se rencontrent aujourd'hui, pour définir les nouveaux paramètres de la consommation des Guadeloupéens), le grande distribution a été montrée du doigt.
Et de citer les produits vendus ici, le prix comparé du même produit acheté par Tante Marthe à Besançon. Il est évident que quelqu'un s'engraisse au passage.

Trompettes de Jégo
Les grands distributeurs — et Yves Jégo, le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, placé sous leur influence a embauché les trompettes — ont dit que c'est le transport qui coûte cher, mettant en avant le mammouth, la CMA-CGM, leader incontesté de l'import en conteneurs.
Dominique Houzard, le représentant local, conteste cette vision des choses. Le personnage est haut en couleurs. Grand, barbu, tonitruant, rieur mais circonspect — méfiant, dirait-on de ce Normand fier de ses origines —, M. Houzard explique : « Quand vous avez des pâtes qui, en sachet de 250 grammes, partent à 0,31 euro de France pour être vendues 0,97 euro à Pointe-à-Pitre, c'est qu'il se passe quelque-chose. Nous, entre le chargement, le déchargement, le fret, l'assurance de la marchandise, c'est 0,04 euro pour ce paquet. Avec l'octroi de mer, les taxes douanières, les taxes de port, les frais de transitaire, le paquet, c'est 0,44 euro, rendu sur le quai. Après, il y a le grossiste, le distributeur. Chacun se sert au passage, c'est normal. Mais à eux deux, c'est 0,53 euro ! A comparer avec les 0,04 euro du transport ! »
Dominique Houzard, cependant, reconnaît qu'il n'est pas facile de satisfaire un petit marché comme celui de la Guadeloupe à 8 000 kilomètres des centres de production. Les grossistes arguent qu'il ne peuvent pas, comme leurs homologues de l'Hexagone, acheter en très grosses quantité. Ils disent n'avoir pas des prix d'achat aux producteurs permettant d'avoir un produit à prix plancher au départ du Havre ou de Marseille.
M. Houzard n'en démord pas : « Dire que c'est le transport qui coûte, c'est trop facile. L'incidence du transport sur le prix d'un litre de lait, c'est 0,09 euro. Ceci comprend les frais d'embarquement, de débarquement, le transport, les assurances. Pour l'huile, c'est 0,11 euro par litre, le bois, 0,12 euro, la pomme de terre, 0,18 euro, toujours pour un kilo. La morue, c'est 0,30 euro pour un kilo, mais c'est parce que c'est en conteneur frigorifique. Idem pour le poulet. Le conteneur de poulet complet, soit 25,5 tonnes, c'est 0,22 euro le kilo ».
Il donne l'exemple d'un conteneur de lait. C'est un conteneur 20 pieds, avec 1 674 euros de fret. Le coût du transport peut paraître important puisqu'il dépasse la valeur de la marchandise, soit 2 270 euros. Pour 24 tonnes de marchandises, cela représente 0,09 euro le litre.
Ceci, ce sont les tarifs officiels. Certains gros clients des sociétés maritimes (CMA-CGM, Marfret, Maersk se partagent le marché) — et comment penser que les grands distributeurs ne sont pas des gros clients ?— bénéficient de ristournes tout autant officielles. Ainsi, les adhérents des MPI sont liés par contrat et bénéficient de ristournes intéressantes. Sont-elles répercutées sur le produit vendu ? Gageons que non. Mais, on appellera cela le soutien à l'économie locale...

45% de marge sur l'eau !
Pourquoi une brosse à dents vendue 4 euros en Guadeloupe ? L'explication est simple : le grossiste qui veut distribuer des brosses à dents en Guadeloupe les fait venir par palette. Et non par conteneur. Car, une brosse à dents, c'est petit, léger. La palette suffit. Sauf qu'on ne transporte plus de palettes... sauf dans des conteneurs, avec d'autres produits. Le tout rangé. Chaque palette est déchargée du camion qui l'a transportée depuis l'usine. Elle est chargée dans un conteneur, le conteneur transporté au port, déchargé sur le quai, chargé sur le bateau, transporté à travers l'Atlantique, déchargé sur le quai, transporté jusqu'au centre de gros de la CCI ou chez le grossiste. Celui-ci réceptionne, distribue à des demi-grossistes, qui livrent aux clients. A chaque étape, un coût.
« J'ai discuté, nous dit Fred qui gravite dans ces milieux, avec un grossiste. Il se fait une marge de 15% sur l'eau. Il revend à un semi-grossiste qui prend la même chose. Le semi-grossiste approvisionne le lolo des Grands-Fonds. Lui aussi a sa marge. Environ 15%. 15 + 15 + 15 = 45%. De plus que le prix de la bouteille arrivée chez le grossiste.
« Il y a un circuit logistique à revoir, explique M. Houzard. Le transport, c'est 4 centimes pour le sachet de 250 grammes de pâtes vendu 0,97 euro ! On estime que le transport et la manutention représentent, en Guadeloupe, toutes marchandises confondues, 4,66% de la valeur d'une marchandise. »
André-Jean VIDAL

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