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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 02:11
Tourisme : sur un champ de ruines
Depuis ce jeudi matin, Charly Lendo, de l'UGTG, et ses mandants sont au Gosier. Ils passent d'hôtel en hôtel pour faire signer l'accord Jacques-Bino à des patrons d'hôtels réfractaires.
Quel est l'état du tourisme local après un mois et demi de grève ? Tour d'horizon.

Josette Borel-Lincertin, présidente du Comité du tourisme des îles de la Guadeloupe, appelle à un sursaut.
Hier matin, une centaine de personnes ont envahi les abords de l'hôtel Créole Beach du Gosier, Pointe de la Verdure. Avant d'émigrer sur le rond-point de MacDo. Elles réclament la signature, par les directeurs d'hôtels, de l'accord Jacques-Bino accordant 200 euros d'augmentation sur les bas salaires jusqu'à 1,4 fois le Smic.
Un accord Jacques-Bino entériné par le préfet de Région, Nicolas Desforges, puisqu'il en est spécifiquement fait mention dans l'accord signé mercredi par LKP, le préfet, les présidents des deux assemblées locales, etc. Un accord qui devrait s'appliquer à toutes les entreprises de Guadeloupe. Sans exclusive. Comme l'entendent LKP et le préfet Desforges. Sauf que l'accord Jacques-Bino n'a pas été signé par le Mouvement des Entrepreneurs de Guadeloupe, à savoir l'UDE-Medef, la CGPME, la FRBTPG, la FTPE, l'AMPI, la F.APTG, le GHTG. Et que les patrons dont les entreprises sont affiliées à ces organisations patronales refusent de signer. Si l'on retient que le Médef n'a aucun pouvoir au terme de l'article 1 de ses statuts pour négocier les salaires, que donc Willy Angèle, patron du Médef, n'avait aucune légitimité dans ces négociations salariales... on ergotte. Il semblerait que cette plaisanterie ou la méconnaissance des statuts ait fait que la Guadeloupe ait connu plusieurs semaines de grève supplémentaires... A Paris, François Fillon Premier ministre, pense qu'il a été abusé sur ce sujet et que le Médef local savait qu'il négociait sans en avoir l'autorité (voir par ailleurs).

Le Médef craque

Hier, la Fédération du bâtiment et des travaux publics de José Gaddarkhan a porté un rude coup au mouvement des entrepreneurs en quittant ses rangs pour signer l'accord Bino. Car la FRBTPG, c'est le gros des troupes du patronal local (entre 20 et 30 000 salariés, sur 80 000 revendiqués par Willy Angèle et les siens). Il semble que d'autres patrons aient signé... pour avoir la paix.
Devant la Créole Beach où sont logés les fameux mamblots chers au LKP (les gendarmes mobiles), mais aussi devant le Prao, le Cannela beach, les derniers vestiges d'un tourisme hôtelier autrefois florissant, les manifestants ont fait savoir qu'il fallait signer et verser les 200 euros, comme l'avait dit M. Domota, « de gré ou de force».
« Là, on tente de gré... demain, on essaiera sans doute la force », résumait Nicolas Vion, directeur de la maison Créole, un établissement hôtelier du Gosier. Qui ajoutait : « On ne signera pas plus haut que 50 euros. On n'a pas la trésorerie pour aller plus loin. On l'a écrit au premier ministre, au secrétaire d'Etat à l'Outre-mer. Nous n'avons pas eu de réponse. On s'en moque. Le préfet a dit, après avoir signé l'accord, mercredi, qu'il était pris d'une intense émotion. Je lui laisse la responsabilité de ses propos. »

On danse sur des ruines

Quoiqu'il en soit, on danse actuellement sur des ruines, car les hôtels sont vides. Ils se sont vidés progressivement entre le 20 janvier et le 15 février. Entre le 20 et le 30 janvier, ils se sont vidés parce qu'il n'y avait plus d'essence pour les voitures louées pour aller découvrir les beautés de la Guadeloupe. Et puis, quand on a payé 2000 euros pour un séjour touristique, ce n'est pas pour passer, chaque matin et chaque soir, au moment de quitter ou réintégrer l'hôtel, entre deux rangs de syndicalistes goguenards. Quoique festifs, puisque les gwokas battait la mesure à longueur de journée. Pour entretenir la flamme.
Plus tard, quand il y a eu un peu d'essence, début février, qu'on a pu penser que la vie allait reprendre son cours, il y a eu les barrages. Impossible de quitter Le Gosier, charmante station balnéaire entourée de toutes parts de barrages enflammés où il fallait payer rançon pour pouvoir passer. Les touristes ont déguerpi. Les hôtels se sont vidés. Les tour opérateurs ont rayé la Guadeloupe des destinations touristiques. Au port de croisière, idem, les paquebots n'ont pas pris le risque de débarquer des touristes dans une Guadeloupe où des coups de feu ont été tirés par la racaille sur la police... sans réaction des autorités, tétanisées... par une situation qu'elles n'ont jamais réellement maîtrisée.
« Bah, répliquait un connaisseur. Là, on a perdu près de 200 000 touristes, sur les 400 000 que nous sommes en droit d'espérer chaque année. Qu'est-ce que c'est au regard du million et demi de touristes qui vont dans certaines petites îles de la Caraïbe bénéficiant de moins de logistique et de moyens de se faire connaître.. mais qui sont bien plus tranquilles ! »
C'est vrai qu'il faut relativiser : comparés aux sommes dépensées — par l'Etat, la Région — pour maintenir l'activité, les rendements sont minces.

La destination rayée des catalogues

Quel bilan faire à ce jour ?
Les hôtels sont vides. Ils ne se rempliront plus avant la prochaine saison, en décembre 2009. Une saison 2008-2009 que les patrons d'hôtels et les observateurs du Comité du tourisme des îles estimaient « prometteuse » après deux saisons désastreuses... et malgré la crise mondiale.
Les activités annexe : location de voiliers, de voitures, etc. seront autant sinistrées (voir par ailleurs).
Les tour opérateurs ont rayé la Guadeloupe de leurs brochures pour la prochaine saison. Les compagnies maritimes aussi alors qu'on souhaitait pérenniser le Costa du samedi comme navire basé, qu'on espérait que Croisières de France baserait ses activités à Pointe-àPpitre pour son paquebot Bleu de France, que de nombreuses compagnies revenaient : Carnival, Club Mèd, etc.
Là, les opérateurs maritimes des paquebots ont annulé toutes leurs escales, à raison de trois par semaine pendant six semaines, ce qui fait un total de dix-huit escales, soit environ 50 000 passagers qui ne sont pas devenus touristes en Guadeloupe, qui n'ont pas dépensé chacun 70 euros sur place. Perte sèche : 3 500 000 euros ! En faisant abstraction des taxes diverses que paient les compagnies maritimes. Pas loin de 4 millions d'euros. Une paille !
André-Jean VIDAL
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commentaires

S
Bonne question, mais réponse évidente :<br /> <br /> La fréquentation des gites chute dans la même proportion ! Je le SAIS, nous avons des gites au Gosier dans la famille...<br /> <br /> Pourquoi ?<br /> <br /> Parce que les touristes à 200 / 300 € par jour qui ne viennent plus dans les hôtels ne viendront pas dans des gites moins chers où, de toutes façons, ils se feraient traiter de sales blancs de la même façon, pas par le patron du gîte, mais ailleurs en Gpe !<br /> <br /> Quand auc clients habituels des gites, ils ne sont pas masochistes, eux non plus !<br /> Pourquoi voudriez-vous qu'ils viennent s'exercer à la marche à pieds chez nous ?<br /> <br /> La télé, ils l'ont aussi chez eux, et ils voient bien ce qui se passe ici...<br /> <br /> UN coup de bâton, ça fait réfléchir, DEUX, ça fait fuir !<br /> <br /> http://surfer.over-blog.fr
Répondre
R
Bonsoir,<br /> Dans cet article et les précédents, vous insistez beaucoup sur les difficultés et pertes des hotels de Guadeloupe; qu'en est il de la fréquentation de structures peut être plus indépendantes, au fonctionnement autre comme les gîtes, en cette période en particulier?
Répondre
A
<br /> Bonsoir,<br /> Les gîtes pourraient être une chance pour la Guadeloupe si c'était ce type de structure qui intéressait le touriste moyen métro (l'essentiel de la clientèle). Il faudrait, alors, faire la promotion<br /> de ce type de tourisme. C'est le Comité du tourisme des îles de la Guadeloupe qui devrait s'en occuper. Cibler mieux sa promotion. Cependant, il reste encore beaucoup d'efforts à faire pour que les<br /> gîtes soient une des solutions d'un tourisme différent. S'il existe des structures sérieuses, référencées, il y a aussi beaucoup de margoulins qui louent une baraque en bois au bout du jardin,<br /> baptisée gîte, avec une tuyauterie défectueuse, une climatisation capricieuse. Non, faire de l'accueil en gîte, ça demande un savoir-faire. Et un minimum de paix sociale autour pour que l'on puisse<br /> circuler, donc dépenser...<br /> <br /> <br />

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