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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 23:20
OUTRE-MER... CONTREES CHERIES DE LA REPUBLIQUE ?
par Daniel Pierre-Elien

Bonjour à tous,
 
Nous vous prions de trouver ci-dessous la synthèse d’une analyse faite sous forme d’un cri adressé à nos compatriotes métropolitains, en toute sincérité et sans aucune complaisance de la situation actuelle, telle que nous la voyons, à la place qui est la nôtre et la lecture que nous en faisons quand aux derniers événements.
 
Ce texte n'a pas la prétention de tout expliquer mais il apporte peut-être un éclairage quand à ce que peut ressentir cette population vis-à-vis de l’Etat français qui apparait négligeant à terminer un rêve d’intégration qui s'éternise et sur lequel je vous interpelle.
 
Ce constat choquant est même apparu pour certain, comme une forme de gestion politique propre à soulever l’indignation devant l’augmentation aberrante des prix sans aucun contrôle des services préfectoraux attachés à la concurrence et aux prix.
 
Dès lors le conflit devenait inévitable devant la boulimie de profit aux relents coloniaux d’un système capitaliste débridé dans des territoires confinés.
 
Si cette analyse vous interpelle vous pourriez la relayer afin d'essayer de faire taire la qualification de raciste qui nous est donné par certains médias à cause du slogan du mouvement contre la "chèreté" de la vie.
 
Les domiens sont dans leurs origines centenaires "multicolores", habitués (en dehors des békés), à se métisser (et comme vous le savez, ce n'est pas peu dire). Ils n’ont donc dans leur majorité aucun mal à accepter les différences.  
C'est contre les prix des marchandises et des services pratiqués aux Antilles que se dresse la contestation et bien entendu contre ceux qui en profitent. Pas contre les non-Antillais ou même contre les békés, dans la couleur de leur épiderme.
 
Je vous laisse donc à cette réflexion en pointant le doigt sur l'octroi de mer, dossier sur lequel nos élus locaux se taisent tellement ils veulent le conserver comme un privilège personnel.
Pourrait-il être remplacé par un autre système qui viendrait en aval des marges (exp.  Une partie de TVA augmentée) pour soulager le panier de la ménagère ?
Cela réduirait certaines prérogatives des conseils régionaux (bien-sur !) mais obligerait la production locale à se structurer différemment pour affronter les défis mondiaux.
 
Protection de la production locale diriez-vous?
 
A quoi cela sert-il de protéger une production locale qui est incapable de proposer des produits à des prix convenables sinon qu’à protéger les profits des groupes antillais de l'agro-alimentaire et les autres qui fabriquent et nous vendent des produits 2 à 4 fois plus cher (les yaourts par exemple).
 
Et puis pourquoi un octroi de mer sur tous les autres produits qui ne sont pas fabriqués aux Antilles (réfrigérateurs, automobiles, téléviseurs etc. etc.), c'est pour protéger quoi ?  
De toute évidence le constat est clair : le système néocolonial actuel qui profite à une minorité est en échec !
DPE



 
OUTRE MER… CONTREES CHERIES DE LA REPUBLIQUE ?
 
La Guadeloupe cé ta nou, la Guadeloupe cé pa ta yo :
La Guadeloupe c’est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux!!! ... idem pour la Martinique
ta yo, en français = à eux
 
A vous, amis sincères, de métropole et d’ailleurs, vous qui aimez nos pays des DOM,
A vous qui avez transcendé les clivages de race, de couleur d’épiderme ou de texture capillaire, pour voir en nous l’Homme avec un grand H dans sa dignité.
A vous, qui nous avez aimés, à l’exemple de l’abbé Grégoire, de Victor Schœlcher et de bien d’autres encore qui comme vous ne figureront peut-être jamais aux tableaux des honneurs de la République,  A vous je demande de diffuser cette lettre auprès du cercle de vos connaissances pour des raisons que vous comprendrez afin dis-je:
 
Que tous sachent, contrairement à ce qui a été dit sur certaines antennes et dans certains journaux, qu’il n’y a point de racisme dans nos propos (le « ta yo »), mais seulement le désir de nous approprier (le « ta nou ») une part de vie décente dans ces territoires confisqués par une poignée de profiteurs de toutes origines. 
L’appellation  LKP est explicite : Liyannaj kont Pwofitasyon, soit en français alliance contre la " profitassion ", contre tout ce qui conditionne la "chèreté" exagérée de la vie en Guadeloupe et aussi en Martinique où le comité du 5 février 2009 conduit les mêmes revendications avec le même slogan : la Martinique cé ta nou, la Martinique cé pa ta yo. 
Ces mouvements procèdent des carences du système étatique français, incapable de protéger les plus faibles contre la prédation débridée des profiteurs nantis qui tirent profit du substrat colonial non éradiqué par l’intégration départementale.
 
Que tous connaissent le mépris avec lequel nous, peuples domiens, fiers dans notre "bâtard métissage", avons été jusqu'à ce jour traités par tous les gouvernants français (de gauche comme de droite) qui se sont succédés à la tête de l'état. 
 
Qu’ils comprennent que nous ne demandons ni l'aumône de l’assistanat des contribuables français métropolitains, ni l'indépendance de notre fierté mal placée, mais la juste reconnaissance d'une République ingrate dans son passé, qui a beaucoup de difficultés à regarder en face ses vieux démons coloniaux.
 
Qu’ils considèrent la honte dont est revêtue cette nation dite des droits de l’homme, qui est aussi la nôtre et qui lors de l'abolition de l'esclavage (davantage sous la pression des lobbies betteraviers français de l'époque que par élan humanitaire) en 1848 s’est trouvé obligée de dédommager les "pauvres" possesseurs d'esclaves plutôt que ceux qui avaient subi pendant trois siècles les sévices d’un système reconnu aujourd’hui comme criminel, les livrant poings et mains liés, sans terre et sans moyen de subsistance économique entre les mains de leurs anciens et maintenant nouveaux  "maîtres" que cautionne l’inertie hermétique de la République.
 
Qu’ils sachent que c’est de cette iniquité historique que découle le système discriminatoire actuel que l’on connait dans nos contrées. D’une part, les descendants des anciens colons (békés bien-nés et possédant tout ou presque), auxquels se sont rajoutés les nouveaux profiteurs du système capitaliste et financier (nègres, indiens, chinois, syro-libanais, mulâtres etc. etc.…) et d’autre part, la grande majorité de nos populations, ceux qui n’ont même pas eu la chance de s’insérer dans les  basses classes de la fonction publique. La classe A étant pour une simple raison de mathématique démographique nationale (loi du plus grand nombre oblige bien sûr, mais cette fois-ci au nom de
l’égalité), presque exclusivement occupée par nos compatriotes et frères métropolitains (de la même nation française), faisant ainsi naître un sentiment d’injustice chez ceux qui n’ont rien, qui ont conscience de leur misère et qui subissent tous les jours dans leur chair (et leur porte-monnaie) le poids de leur handicap historique. 
Pour favoriser les nominations ou mutations dans son « pays » d’origine, pourquoi ne pas imaginer, en toute égalité, que le breton bénéficie naturellement d’un bonus pour toute affectation administrative en Bretagne et pareillement l’antillais en Guadeloupe ou en Martinique? Idem pour les Réunionnais ou Guyanais bien entendu.
 
Qu'ils sachent que ces territoires sont, toujours dans la logique coloniale, des zones de débouchés commerciaux réservés aux grandes sociétés métropolitaines (dont les hauts salaires reviennent en majorité aux compatriotes métropolitains) y compris du bâtiment, des travaux publics, du traitement et la distribution de l’eau sans parler des tarifs honteux de FRANCE-TELECOM et de sa filiale caribéenne de téléphonie mobile ou des scandaleux prix des carburants à l’origine du soulèvement récent en Guyane puis en Guadeloupe etc. …,  de sorte que l’argent, gracieusement distribué en aumône par l’état français est en grande partie récupéré sous forme d'importation en quasi-totalité provenant de la métropole ou en dividendes retournant en métropole, au lieu de servir à rattraper le retard en matière de  développement local.
 
Qu'ils sachent que l'Etat français dans son extrême bienveillance, leur a concocté un système fiscal unique parmi les départements de la République consistant à percevoir sur toutes les importations (y compris les produits alimentaires de base) des taxes scélérates d'octroi de mer afin de financer eux même par ces taxes douanières le budget de leurs communes. Ainsi c'est la consommation des produits importés qui permet aux communes domiennes de vivre.  
Quid de la non-volonté de développer les productions locales (par ailleurs en partie empoisonnées au chlordécone par les mêmes profiteurs agissant sous bénédiction de l’Etat) afin de ne pas devoir leur donner une dotation équivalente à ce que perçoivent toutes les communes de la France continentale comme dans le Cantal ou la Corrèze ou les communes insulaires comme en Corse.  Notons ici que la Corse, qui est toute proche du continent, reçoit une dotation de continuité territoriale
dont les lointains DOM sont généreusement exemptés en tant que sous-citoyens.
Essayons d’imaginer un seul instant les corses devant payer un petit octroi de mer (méditerranéen) sur toutes les marchandises en provenance du continent pour financer leurs budgets communaux … 
Je vous le dis, c’est dans les jardins de l’Elysée que les bombes "pèteraient" ! 
 
Qu'ils sachent que ces taxes d'octroi de mer, perçues non gracieusement en amont, par les services français des douanes sur le coût des marchandises additionnées au fret le plus cher de la planète (merci à la CMA CGM) sont de fait, génératrices de marge, puisque constituant une valeur ajoutée, pour les importateurs néocolonialistes qui bénéficient en plus de principe d’exclusivité (cf. l’article de Marianne n° 618, pages 30 et 31) et ainsi se frottent les mains. Ils sont par ailleurs dûment confortés dans leurs privilèges de profiteurs par l’absence totale de contrôle des prix de la part des services de l’Etat qui agit de la sorte en véritable receleur de profits malhonnêtes. 
Qui donc décemment pourrait affirmer que le système colonial est terminé?  Dites le moi,… Mais dites le moi donc, vous énarques ingénieux et autres hauts fonctionnaires talentueux ou encore vous politiciens brillants de tous bords engendrés par les vertueuses institutions de la République ! 
 
Qu’ils sachent qu’en dehors de l’éducation offerte par l’école publique ou le RSMA, Régiment du Service Militaire Adapté dont nous saluons tous le dévouement pour le travail formidable qu’il font (formateurs métropolitains pour la plus part) pour nos jeunes en échec scolaire, rien n’a jamais été engagé de sérieux dans nos territoires afin de nous permettre de sortir de notre marasme structurel et nous autoriser à nous considérer comme des français à part entière, au sein des valeurs d’égalité prônées pompeusement par notre République hypocrite toute prête à donner des leçons au monde entier.
 
Qu’ils sachent que la moutarde de l’injustice, de l’immobilisme, de l’inachevé et des belles paroles accumulées depuis plusieurs siècles, amplifiée par la crise internationale nous est montée au nez et que nous avons décidé de péter les plombs.
 
…Dans l’espoir d’être entendus au sommet de l’Etat. 
 
Daniel Pierre-Elien
Février 2009

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André-Jean Vidal
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Myrdyn 10/03/2009 00:45

La rationalisation a posteriori des postures racistes fonctionnera peut-être avec les "amis" métropolitains lointains, qui n'ont rien vécu ici, mais en Guadeloupe, les blessures ont été creusées profondément, comme cet exemple peut l'illustrer :

Lundi 9 mars - C'est la rentrée dans certaines écoles de Guadeloupe, après plus d'un mois et demi de blocage.

Témoignage direct. Entendu dans une classe de grande section de maternelle d'une école de la Basse-Terre, où l'on trouve 23 enfants noirs et un enfant blanc :

Enseignante : "Qu'avez-vous retenu de ce qui s'est passé ces dernières semaines ?"

Les enfants chantent "La gwadloup cé tan nou, etc."

Enseignante : "Et qu'est-ce que ça veut dire ?"

(L'élève blanche est rouge pivoine.)

Les enfants : "Les blancs doivent partir !"

(grande section de maternelle = enfants de 5 ans.)

Enseignante : "Regardez ***. Elle est blanche. Est-ce que vous voulez la faire partir ?"

(...)

Nota : cette enseignante a eu à coeur de changer la vision que les enfants ont au pendant ces sept semaines. Cela a pu se passer différemment dans les autres écoles.

Évidemment, personne n'en voudra à ces enfants de cinq ans, mais tout le monde comprendra que pour qu'un comportement aussi puissamment conditionné puisse apparaître, il faut que l'entourage ait été particulièrement polarisé et insistant (pour rester sur un ton non polémique) pendant les sept semaines de plomb vécues par la Guadeloupe.

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