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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 17:28

Discours du Sénateur Jacques Gillot devant le Sénat 
(le 10 mars 2009)

 
 
 
Monsieur le Président,
Madame et monsieur les ministres,
Mes chers collègues,
 
 
L’examen du projet de loi de développement pour l’outre-mer
intervient dans un contexte où nos territoires se retrouvent,
aujourd’hui plus encore qu’hier, à la croisée des chemins.
 
Le raz de marée social qui a submergé la Guadeloupe, puis
l’ensemble des DOM, marque incontestablement les limites
d’un système caractérisé par les inégalités sociales et par les
pesanteurs d’une économie engluée dans le consumérisme et
l’assistanat.
 
Un système où excès et injustices se combinent à la violence
multiforme.
 
Violence des prix et des rapports sociaux,
 
Violence du colonialisme économique, comme dirait notre
collègue VIRAPOULLE,
 
Violence faite aux jeunes trop souvent exclus de tout avenir
viable et contraints de dériver vers l’oisiveté, les addictions et
les conduites déviantes.

Et pour finir, violence contre l’identité et la culture, en dépit
de quelques concessions faites par la République comme
l’enseignement de la langue et de la culture créoles.
 
A la violence initiale de l’histoire s’est en outre ajoutée la
violence imposée par l’éloignement géographique, sous la
forme d’une économie marquée par la logique quasi-exclusive
de l’import-substitution. 
 
Nous le savons tous, lorsque l’Histoire engendre des dénis de
dignité, on assiste toujours au retour du refoulé sous forme
d’explosions, d’exigences, et de révolutions. 
 
Et ce n’est donc qu’en faisant preuve d’imagination, et
d’audace, que nous sortirons l’outre-mer et singulièrement la
Guadeloupe de l’impasse actuelle.
 
Tout cela, mes chers collègues, pour vous dire que ce
mouvement social n’est ni une saute d’humeur, ni un coup de
colère passager, ni un racisme inversé. 
 
C’est, au contraire, le symptôme d’un mal être profond, d’un
malaise réel, d’un dysfonctionnement structurel, auxquels
nous nous devons de répondre en respectant la devise
républicaine : liberté, égalité, fraternité.
 
La Guadeloupe est un peuple qui aspire à exister, à être
reconnu, à habiter son destin au sein de la République.
 
Un peuple en demande d’avenir, tout simplement ! 
 
Pourtant chaque fois que cette aspiration a été exprimée, elle
s’est heurtée soit à la surdité jacobine, soit à
l’incompréhension de la République.
 
 
Et il est dommage que sur ces dossiers, comme sur bien
d’autres, la rue doive se faire entendre quand la République ne
tient pas suffisamment compte des signaux d’appel répétés des
parlementaires ultramarins ! 
 
Aujourd’hui, madame et monsieur les ministres, mes chers
collègues, une refondation s’impose. 
 
Cette refondation est en marche dans les consciences et elle
demande à être prise en compte par les pouvoirs publics. 
 
La réponse doit se mesurer à l’aune de la justice, de l’équité et
de l’audace. 
 
Elle doit bousculer les idées reçues, les archaïsmes, les
blocages, et les inerties pour faire émerger une Guadeloupe
plus caribéenne et plus guadeloupéenne. 
 
Et contrairement à la vision étroite qui nous assigne à
résidence dans l’assistanat ou qui brandit le spectre de
l’indépendance, il est nécessaire de repenser les rapports entre
l’Etat et l’outre-mer.
 
La LODEOM constitue un premier jalon de cette démarche,
même si je regrette la brutalité du passage de la logique du 
contrat de stabilité et de croissance proposé par la LOPOM à
celle du soutien au développement endogène que prône le
projet de loi!!
 
Vous le savez Monsieur le ministre, j’étais de ceux qui avaient
initialement sollicité le report de l’examen de ce texte pour le
rendre plus conforme aux enjeux de l’outremer.
 
Et c’est précisément l’ambition et l’audace que vous avez
affichées dans vos engagements au cœur de la crise en
Guadeloupe qui m’ont conduit, avec d’autres, à demander
finalement l’examen de ce projet de loi selon la procédure
d’urgence.
 
Alors soyons audacieux et faisons preuve d’ambition pour
l’outremer monsieur le ministre, mes chers collègues!!
 
Soyons audacieux en garantissant l’attractivité et l’efficacité
des dispositifs d’exonération de charges sociales, notamment
en supprimant le mécanisme de dégressivité !
 
Soyons audacieux et étendons les zones franches globales aux
petits commerces et aux entreprises de restauration de moins
de 11 salariés !!
 
Soyons audacieux et renforçons la stabilité des économies
ultramarines en supprimant le caractère temporaire et
dégressif, après 5 ans, des exonérations prévues par les Zones
Franches Globales.
Soyons audacieux et favorisons la mise en place de mesures
exceptionnelles d’accompagnement de nos entreprises pour
relancer notre économie après la crise, en particulier dans les
iles du Sud!
Soyons audacieux et conditionnons la réduction des
cotisations de sécurité sociale des entreprises de plus de 20
salariés à la mise en œuvre préalable d’un accord salarial
d’entreprise !
Soyons audacieux en développant des secteurs porteurs
comme l’agro-nutrition, les énergies renouvelables et la
biodiversité !
L’ambition, mes chers collègues,
 
C’est proposer qu’une taxe sur le produit des jeux de hasard
contribue à améliorer les finances des collectivités locales !
 
C’est faire en sorte que cette taxe leur permette notamment
d’abonder aux côtés de l’Etat un plan d’urgence pour l’emploi
et la formation de ces 56% de jeunes de 15-24 ans frappés par
l’échec scolaire, la désocialisation  et le chômage !
 
C’est étendre aux DOM le Contrat d’Autonomie mis en place
en faveur des jeunes défavorisés des banlieues !
 
C’est tenter d’améliorer le dispositif de soutien à l’emploi  des
jeunes diplômés plutôt que de le supprimer !
 
L’ambition, mes chers collègues, 
 
C’est garantir la pérennisation du financement du logement
social par la LBU sur la base de paramètres équilibrés et
orienter la défiscalisation en priorité vers le logement
intermédiaire sans pour autant pénaliser le logement libre!
 
C’est permettre l’alignement du forfait charges outremer sur
celui de la France hexagonale.
 
L’ambition et l’audace, c’est casser les monopoles et taxer les
superprofits des compagnies pétrolières !!
 
L’ambition et l’audace, monsieur le ministre, c’est nous
garantir la compensation des finances des collectivités locales
et nous indiquer le calendrier de la loi de finances rectificative
qui permettra la mise en œuvre du RSTA en Guadeloupe dès
le mois d’avril.
Et c’est surtout permettre demain aux guadeloupéens de jeter
collectivement, sans carcan ni limite, les bases d’un nouveau
contrat social,
 
L’ambition et l’audace au service de l’outremer, c’est bien
l’objet des amendements que je défendrai devant vous avec le
groupe socialiste en espérant votre soutien mes chers
collègues, car il y va de l’avenir de nos territoires.
Mes chers collègues, la Guadeloupe aspire tout simplement à
maîtriser son avenir dans le monde. 
Le chemin que nous voulons prendre, c’est celui de la
responsabilité, pour que l’espérance triomphe des pulsions de
la peur et de l'affrontement.  
Non pas un chemin solitaire, mais un chemin solidaire car
c’est ensemble que nous serons capables de démarrer l’histoire
de l’outre-mer. 
 
Vous le voyez mes chers collègues, ce qui nous rassemble au-
delà de nos différences, c'est bien notre foi dans une France
davantage ouverte à la diversité de ses composantes.
 
Nous avons commencé en Guadeloupe, à vous de continuer
avec nous pour que la République soit à la hauteur de nos
espérances. 
 
Contrairement aux apparences, ces espérances ne sont pas
l’affaire exclusive de l’outre-mer. 
 
Elles s’élargissent à la nation entière car la question posée est
bien celle de la condition humaine, ou si vous préférez, de
l’humaine condition de l’ensemble du peuple français.

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André-Jean Vidal
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Surfer 10/03/2009 18:41

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