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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 23:48
JEAN-FRANçOIS FAIT UN COURS D'HISTOIRE

Avec Wikipédia, notre ami Jean-François nous donne un cours d'histoire.
Quel lien entre les deux cents familles... et nous ?


« La rhétorique du bouc émissaire est vieille comme l’histoire. Le LKP récite l’histoire de son mentor Trotski.  Dans « ou va la France « publié en 1936 le leader de la 4éme international reprenait le thème des 200 familles , causes de toutes les misères de la France.
Aujourd’ hui les Békés remplacent les 200 familles. C’est tellement porteur pour accrocher ceux qui suivent sans se poser de questions ou qui ont peur des représailles.
 Il n’y a peu être pas de leçons de l’histoire , mais on peut y puiser toutes les bonnes recette de grand mère ! », nous dit Jean-François.


Deux cents familles
L'expression « deux cents familles » désignait les deux cents plus gros actionnaires (sur près de 40 000) de la Banque de France pendant l'Entre-deux-guerres.

Historique
Le slogan a été lancé par Édouard Daladier, président du Conseil, lors du Congrès radical de Nantes en 1934 :
« Deux cents familles sont maîtresses de l'économie française et, en fait, de la politique française. Ce sont des forces qu'un État démocratique ne devrait pas tolérer, que Richelieu n'eût pas tolérées dans le royaume de France.
L'influence des deux cents familles pèse sur le système fiscal, sur les transports, sur le crédit. Les deux cents familles placent au pouvoir leurs délégués. Elles interviennent sur l'opinion publique, car elles contrôlent la presse. »
Depuis la création de la Banque de France en 1800, ce système s'est instauré légalement, puisque selon l'article 11 des statuts de la Banque de France, (fixés par la loi du 24 Germinal an XI, loi confirmée par Napoléon Ier le 22 avril 1806), « Les 200 actionnaires qui composeront l'Assemblée générale seront ceux qui seront constatés être, depuis six mois révolus, les plus forts propriétaires de ses actions. »
Ces 200 membres de l'Assemblée générale avaient ainsi le pouvoir de désigner quinze membres du Conseil de régence de la Banque de France.
Dans le contexte de la Grande Dépression économique des années 1930, le slogan des « 200 familles » a été très largement repris, par des milieux politiques aussi opposés que l'extrême-droite, des anarchistes, le Front populaire, et même Léon Trotsky, qui écrit « Dans le cadre du régime bourgeois, de ses lois, de sa mécanique, chacune des « deux cents familles » est incomparablement plus puissante que le gouvernement Blum » (Où va la France ?, 1936).
Après avoir été un thème de campagne électorale, le système de régence fut réformé par une loi du Front populaire, le 24 juillet 1936 :
    ▪    Un gouverneur (assisté de deux sous-gouverneurs) continue de diriger la Banque ;
    ▪    Il n'a plus à justifier de la propriété d'actions de la Banque ;
    ▪    La pratique du serment, tombée en désuétude, est rétablie ;
    ▪    Le conseil général regroupe le gouverneur, les deux sous-gouverneurs, les trois censeurs élus par l'assemblée et vingt conseillers (remplaçant les quinze régents précédents) : deux sont élus par l'assemblée, neuf représentent les intérêts de la nation, huit sont choisis au titre des intérêts économiques et des usagers du crédit, un est élu par le personnel de la Banque ;
    ▪    Par souci d'égalité, au sein de l'assemblée générale, 1 actionnaire = 1 voix.
Cependant, si le système des « 200 actionnaires » a été réformé, les Accords de Matignon du 7 juin 1936, pris entre la Confédération Générale du Travail (CGT) et la Confédération générale de la production française (CGPF, ancêtre du MEDEF) sont parfois considérés comme nuisibles aux petites entreprises, favorisant la concentration industrielle, et renforçant ainsi le pouvoir des 200 familles.
Ainsi, dans Organized Business in France (1957, traduit en français sous le titre La politique du patronat français : 1936-1955, Colin, 1959), le professeur Henry Walter Ehrmann1, du Dartmouth College, écrit :
« Beaucoup d'industriels et de commerçants moyens affiliés à la CGPF estimaient, et ils n'avaient pas tort, que leurs propres organisations les excluaient des activités de l'association.
Les trusts qui les contrôlaient et une douzaine de « grands commis » qui dirigeaient la CGPF en leur nom étaient, aux yeux de beaucoup, de petites entreprises industrielles et commerciales, aussi néfastes que la propagande du Front populaire.
Craignant les conséquences de la nouvelle législation sociale, les petits patrons avaient le sentiment d'avoir été trahis et persistaient à croire à un complot entre « les 200 familles » et le gouvernement marxiste. »

Liste des 200 Familles
Dans La Banque de France au mains des 200 Familles (Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, 1936), Francis Delaisi recensait ces 200 familles, parmi lesquelles :
Famille Rothschild (Banquier)
Famille Wendel (Industrielle)
Famille Louis-Dreyfus (Négoce de grains)
Famille Gradis (Commerce)
Famille Darblay (Industrielle)
Famille Stern
Famille Schlumberger
Famille Schneider
Famille Lazard
Famille Worms
Famille Mallet
Famille Hottinguer
Famille Mirabaud
Famille Vernes
Famille Fould
Famille Davillier
Famille Raphaël
Famille Petiet(Industrielle,UCPMI)...

Mensonges et confusions dans la dénonciation des "deux cents familles"
La dénonciation des "deux cents familles" naît de la confusion entre la notion même de famille, une notion floue puisque certaines familles tels les Wendel ou les Peugeot peuvent compter plusieurs centaines de membres, du fait qu'il existe entre ces familles de nombreuses alliances ; et la nommination des Régents de la Banque de France par le collège des 200 premiers actionnaires de l'établissement. Or Parmi les deux cents premiers actionnaires de la Banque de France certaines familles (Rothschild, Wendel, Neuflize...) disposaient de plusieurs membres (réduisant d'autant le nombre de familles), ensuite parmi ces actionnaires entre un quart et un tiers étaient des personnes morales dont l'APHP, la Croix-Rouge française et la CGT (cette dernière étant peut suspecte de participer à un complot capitaliste !). La simple lecture de la liste de ces actionnaires permet de démonter ce piteux mensonge.
La confusion naît également de l'enchevêtrement des "complots" : les Rothschild sont déjà dénoncés comme étant les agents privilégiés du "complot juif mondial", François de Wendel en tant que président du Comité des Forges (ancêtre de l'IUMM) est l'un des homme clef de ce que nous appelerions aujourd'hui le complexe militaro-industrielle. A travers les "deux cents familles" on retrouve la dénonciation des juifs et de marchands de canons (la première guerre mondiale hantait encore tous les esprits) associés pour détruire les institutions.

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André-Jean Vidal
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Charles Daney 12/03/2009 10:16

Il n'est pas rare qu'en histoire on reprenne les slogans politiques. C'est le cas ici, le terme ayant été - je crois bien - utilisé pour la première fois par Daladier. Rien de plus qu'un tract. Rien de moins qu'une façon de noyer le poisson.
L'histoire était déjà mise à mal par Théophile de Viau qui écrivait au XVIIème siècle:
"Tout le soucy de leur étude
N'est qu'une sotte vanité
A donner une incertitude
Sous couleur de vérité."

Les historiens ont mieux à faire que cela.
Il arrive malheureusement que les plus courues des émissions "historiques "soient un tissu d'approximatives incertitudes.

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