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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 14:44
Crise des Antilles : la chute d'un modèle de dépendance
Par Constant Rémond dans Economie à 22:42

Un vent de révolte traverse actuellement les départements d'Outre-mer, exprimant la faillite d'un modèle de développement rendu caduque par la mondialisation. Parti de Guadeloupe, ce mouvement embrase la Martinique, la Réunion, pour toucher demain peut-être la Guyane. L'expression la plus dure du mouvement s'incarne dans le LKP, ce collectif regroupant des mouvements syndicaux et associations culturelles guadeloupéennes. Manipulant habilement les symboles équivoques, ce collectif cristallise une émotion légitime concernant la vie chère, agite des revendications salariales à contre-courant de la crise mondiale, attise des accès identitaires jouant dangereusement avec les ressentiments ethniques. 

Une révolte paradoxale de nantis ? 

Comment expliquer ce vent de révolte, alors que la Guadeloupe et la Martinique représentent des îlots de prospérité dans leur environnement immédiat ? Le PNB par habitant des Antilles françaises s'élève à 18 000 dollars, soit 36 fois plus que les 500 dollars d'Haïti, ce premier pays à avoir acquis l'indépendance en 1804 pour devenir le plus pauvre des Amériques. Bien qu'inférieur à la moyenne hexagonale, le PNB par habitant de la Guadeloupe et Martinique se rapproche de celui du Tarn ou de la Lozère, révélant des performances enviables vu le caractère insulaire de ces territoires éloignés des grandes aires économiques mondiales. 

Ce niveau de vie élevé résulte principalement d'un transfert massif de richesses entre la métropole et les Antilles françaises. Craignant de perdre les dernières reliques de son empire colonial, la France acheta la paix sociale et politique en injectant des milliards de francs et en ouvrant les rangs de la fonction publique hexagonale à des milliers de fonctionnaires antillais. L'explosion démographique de la Guadeloupe et Martinique, lesquelles enregistrent une densité de population trois fois plus élevée qu'en métropole, fut contenue par la soupape de l'émigration métropolitaine. Plus du tiers des antillais français habitent actuellement l'hexagone, privant l'élite antillaise d'un enracinement local qui faciliterait un développement endogène. 

La structure sociale des Antilles reflète l'interventionnisme de l'Etat français, avec ses 40% de fonctionnaires contre 25% en métropole, ses 27% de chômeurs indemnisés, ses 7% de rmiste. Les institutions publiques nourrissent environ les trois-quarts de la population antillaise, laissant au secteur marchand une portion congrue. 

La générosité de l'Etat français ne se limite pas aux fonctionnaires, d'ailleurs payés 40% de plus qu'en métropole, mais arrose ces départements qui bénéficient d'exemptions fiscales et de subventions diverses. Sans les subventions européennes, la banane antillaise ne serait pas compétitive sur le marché international, du fait de la cherté de la main d'oeuvre locale. La Guadeloupe et la Martinique bénéficient d'hôpitaux publics les plus modernes de la région. Leurs infrastructures routières dépassent largement en qualité celles des îles voisines. 

L'interventionnisme de l'Etat renforce l'assistanat des antillais peu sensibilisés à la vie d'entreprise. Cette attente pour l'Etat s'incarne jusqu'à la caricature dans la personne d'Elie Domota, le leader du LKP, qui critique la politique française tout en bénéficiant du régime de faveur d'un haut fonctionnaire de l'ANPE. Les sondages prouvent qu'une large majorité d'antillais s'opposent à l'indépendance, de peur que le cordon ombilical unissant leurs économies sous perfusion à l'hexagone ne se rompe. 

Paradoxalement pourtant, la vie chère aux Antilles ne relève nullement du mythe. Le problème, c'est que cette vie chère résulte précisément de cette relation de dépendance à l'égard de la métropole. Les salaires élevés accordés aux fonctionnaires accroissent mécaniquement le niveau des prix. Plus grave, la nature exclusive des relations commerciales avec la métropole renchérit l'approvisionnement en denrées importées depuis l'hexagone. 

Le manque d'intégration régionale 

Car la raison majeure de la crise réside dans une habitude moribonde d'exclusivité commerciale des anciennes colonies avec la métropole. Relique du système mercantiliste, l'économie des Antilles françaises dédaigne le marché américain pour se focaliser sur la métropole, exportant vers l'Europe des produits à faible valeur ajoutée comme la banane et important les biens manufacturiers ou agricoles que produit l'hexagone. Cette exclusivité commerciale explique pourquoi le marché de Pointe-à-Pitre regorge de pommes françaises alors qu'il serait économiquement plus judicieux de les importer d'Amérique. 

Piégées par leur statut de département français, la Martinique et la Guadeloupe doivent appliquer des normes européennes que n'intègrent pas les produits américains, rendant problématique leur importation. Le matériel médical en Guadeloupe provient directement de l'hexagone alors qu'il serait moins coûteux de s’approvisionner au Vénézuéla. L'octroi des mers, qui consiste en une taxe sur les importations pour financer les collectivités locales, efface l'avantage comparatif d'une importation régionale face à une importation hexagonale. 

Cette relation malsaine d'exclusivité commerciale avec la métropole explique l'aberration d'une balance commerciale totalement déséquilibrée. Ainsi les exportations guadeloupéennes, principalement des produits agricoles, s'élèvent à moins 100 millions d'euros contre 1,6 milliard d'importations. Un déficit aussi chronique de la balance commerciale révèle la pauvreté du tissu industriel des Antilles. 

La tromperie du LKP 

Au lieu de mobiliser les guadeloupéens sur la nécessaire refondation de l'île sur des bases productives, le LKP entretient les antillais dans l'assistanat permanent en exigeant une élévation des bas salaires de 200 euros par mois. Ne résolvant nullement les problèmes de fond, ces augmentations de salaires se traduiront mécaniquement par l'inflation des prix, le renchérissement de la main d'oeuvre et l'exposition accrue des PME à une faillite pure et simple. Un cabinet d'audit guadeloupéen estime que le taux de chômage augmentera fortement à cause des agissements du LKP, passant de 23% à 33% de la population. Déjà concurrencé par les îles voisines où la main d'oeuvre locale s'avère meilleur marché, le seul poumon économique de l'île que constitue le tourisme pâtira d'autant plus que l'image dégradée de la Guadeloupe finira par éloigner les derniers touristes. 

Pourquoi le LKP dupe-t-il autant la population antillaise par cette augmentation suicidaire des salaires ? La stratégie de son fondateur Elie Domota, du nom de ce secrétaire général de l'UGTG dont la charte contient une référence indépendantiste, ne consiste-elle pas à déstabiliser durablement l'économie de l'île, avivant les tensions ethniques avant l'indépendance ? 

Le racisme anti-blanc, une valeur d'avenir ? 

Plus inquiétant encore, le LKP établit un lien entre la pauvreté des noirs et la prééminence des blancs dans la bourgeoisie locale. La désinformation atteint son sommet quand le LKP accuse les prétendus "békés" guadeloupéens, c'est-à-dire les blancs, d'être les descendants des maîtres esclavagistes alors que ces derniers furent en grande partie massacrés en 1794 sous la dictature de Victor Hugues, alors commissaire de la République. Les blancs présents en Guadeloupe proviennent très majoritairement de la métropole après l'abolition de l'esclavage. L'ironie de l'histoire, c'est qu'Elie Domota a peut-être plus de sang "esclavagiste" dans les veines que la plupart des blancs en Guadeloupe, étant lui-même mulâtre et descendant possible d’un aïeul planteur. 

Comment expliquer le ressentiment grandissant de certains noirs guadeloupéens à l'endroit des blancs ? Certes, quelques familles blanches exercent une domination économique sur la grande distribution locale, mais le même constat s'applique à l'hexagone où les entreprises familiales Auchan et Leclerc s'arrogent une position dominante. En réalité, ce ressentiment racial résulte d'une recherche identitaire typique dans une mondialisation amorale, et s'inscrit dans un phénomène beaucoup plus vaste de mise en accusation des Blancs désignés comme les uniques responsables de l'esclavage et de la colonisation. 

En Côte d'Ivoire, au Zimbabwe ou au Soudan, le souvenir de l'esclavage et de la colonisation est instrumentalisé pour excuser l'incurie des gouvernements africains après l'indépendance. Aucun dictateur africain n'aurait l'idée incongrue d'expliquer au colonel Kadhafi que le sous-développement de son pays résulte des raids arabes et de la traite musulmane, pourtant considérablement plus massive et durable que la traite atlantique. Seule la traite atlantique et la colonisation européenne méritent d'être citées comme causes infaillibles de sous-développement, comme si l'Afrique avait été un havre de paix, de bien-être et de liberté avant l'arrivée des explorateurs portugais. 

Cette victimisation se trouve confortée par l'attitude des Occidentaux, qui pratiquent eux-mêmes une culpabilisation effrénée depuis les années 60. La reconnaissance de la traite atlantique comme crime contre l'humanité, les festivités entourant l'abolition de l'esclavage, les manuels scolaires regorgeant de détails sordides contribuent à donner l'impression que la traite atlantique européenne est l'unique prisme par lequel diffuse le malheur des Noirs. Cette vision inexacte de l'histoire, habilement entretenue par les néo-trotskystes pour mieux détruire la société bourgeoise, prive les intéressés de l'effort nécessaire pour se prendre en main, construire une société moderne tournée vers l'avenir, compter sur ses propres ressources pour libérer l'esprit d'entreprendre et rompre avec le fatalisme mortifère. 

Conclusion 

A l'heure d'une crise économique mondiale promettant de décimer les économies moribondes, les antillais trompés par le LKP choisissent délibérément la voie de l'inflation et du chômage. Ce mouvement de gauche radicale agite les tensions raciales pour déstabiliser les Antilles et amorcer un mouvement d'indépendance que la majorité silencieuse des antillais refuse. 

Contre cette tentative de déstabilisation, les bonnes volontés doivent se mobiliser. Refusant la tendance victimaire de nos sociétés promptes à s'émouvoir pour éviter de réfléchir, remettant à sa juste place une reconnaissance de l'esclavage qui outrepasse parfois son rôle pédagogique pour flirter avec l'idéologie, nous devons oeuvrer à un travail de vérité et d'efficacité. Seule une croissance économique endogène solide pourra redonner espoir aux antillais. La fin d'une départementalisation démagogique, une meilleure intégration régionale, l'incitation au retour des antillais porteurs de projets constituent des pistes intéressantes de réflexion. Une vraie révolution consiste à déjouer l'esprit d'assistanat pour revaloriser la valeur travail, l'unique clé d’un développement harmonieux, puissant et pérenne. 


Constant Rémond

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