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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 15:31
Canne : le secteur peut exploser à tout moment

Rien ne va plus dans les négociations entre patrons et syndicats de salariés dans le secteur canne-sucre-rhum.
Si l'application de l'accord Jacques-Bino a été signée sans difficultés, reste à discuter de la plate-forme de revendication des salariés du secteur.
Déjà, Ivan de Dieuleveult, p.-d.g. de Gardel SA, la dernière sucrerie du continent, refuse d'envisager de céder à ce qu'il considère comme un ukase.


Les planteurs, combien de divisions ?.. Plusieurs milliers de personnes intéressées d'une façon ou d'une autre à la campagne cannière de coupe, broyage, stockage du sucre produit.
On parle généralement de 5 000 planteurs, avec Marie Galante, dont 3 500 pour la Guadeloupe continentale.
Ces travailleurs de la terre, mais aussi tous ceux qui vivent de leur travail de production de la canne, à savoir les coupeurs ou les coopératives qui possèdent les machines à couper, les transporteurs de cannes, les techniciens des centres de pesage, les ouvriers permanents et saisonniers de l'usine, les ensacheurs, les transporteurs de sucre, etc. attendent les résultats des négociations en cours. Un peu plus de 10 000 personnes seraient directement concernées par la pérennité de l'activité.

Grand froid
Depuis mardi, il y a eu une première réunion, pour entériner l'accord Jacques-Bino d'augmentation des bas salaires de 200 euros.
« Pas question de signer l'accord, avec son préambule disant que nous sommes en Guadeloupe "dans une économie de plantation" », s'écriait un grand patron. Après d'âpres négociations au cours desquelles un nouveau venu a fait son apparition dans le secteur, l'application des mesures de l'accord a été signé.
« Maintenant, lançait le nouveau, Ruddy Teissier, secrétaire général adjoint de l'UGTG, bombant son torse enserré d'un superbe tee-shirt du LKP, nous allons passer aux négociations salariales du secteur. »
Grand froid dans la pièce où avaient pris place une trentaine de personnes, dont seize syndicalistes de l'UGTG, six de la CGTG, le reste, des patrons, canniers, sucriers, rhumiers.

Dépôt de bilan ?
Les syndicats UGTG et CGTG, majoritaires dans le secteur, demandaient alors le paiement intégral des jours de grève, 3% de plus pour tout le monde, des tickets-restaurant, l'augmentation de la prime de transport, l'augmentation du panier de nuit.
« L'application de l'accord Bino est insoutenable (voir ci-contre).
Mais ce n'est pas tout, dans les NAO de la branche, ce que les syndicats ont demandé nous coûterait, pour le paiement des jours de grève dans les 800 000€, l'augmentation de 3% pour tous, en plus de l'accord Bino, un peu plus de 300 000€ sur une année pleine, la mise en place de tickets restaurant, demande récurrente depuis 3 ans, environ 350 000€, sans compter l'augmentation de la prime de transport, qui est à chiffrer, l'augmentation du panier de nuit qui est à 21€ par nuit postée. Ceci conduirait Gardel à une procédure d'alerte, étape précédant le dépôt de bilan, dans des délais très brefs », soutient M. de Dieuleveult.

La répartition des économies
Les négociations ont été suspendues quand Rudy Teissier a soutenu que les économies réalisées grâce à la mobilisation du LKP, notamment sur les prix de l'eau, de l'électricité, du carburant, la refonte de la taxe professionnelle, permettrait aux entreprises d'augmenter les salariés... Après avoir payé les 44 jours de grève (52 à Gardel).
Actuellement, les syndicats examinent les dépenses des entreprises du secteur en carburant pour 2008 afin de calculer les économies réalisables en 2009, après la baisse du prix de celui-ci... Une fois ceci fait, les parties ont décidé de se retrouver ce matin pour poursuivre des négociations que les observateurs estiment compromises.
Et maintenant ? « Les patrons ne céderont pas. Les syndicats non plus. Ça va être un bras de fer. Et dans la canne, quand on prend les planteurs en otages, quand ça chauffe... », dit un observateur.
Il est vrai que les conflits dans la canne ont souvent été sanglants.
André-Jean VIDAL


NOIR AU BLANC
Des investissements importants
Pendant l'intercampagne 2007/2008 il a été fait à Gardel pour 2,5M€ de travaux neufs. Cette année 2008/2009, seulement 1M€ parce que les cofinancements qui permettent d'avoir accès aux fonds européens (nouveau PDR 2007/2013) n'ont pas été obtenus et que Gardel, selon son directeur général, ne peut pas financer ces travaux uniquement sur fonds propres.
« Nous avons besoin de l'aide de l'UE, explique Ivan de Dieuleveult, mais il faut au préalable un cofinancement de l'état ou de la région. Ce qui permet d'être subventionné entre 50% pour l'agricole et 60% pour l'industriel. Tous nos dossiers proposés en pré-comités depuis un an ont été ajournés. De ce fait, pour la prochaine inter-campagne 2009/2010, nous ne prévoyons aucun chantier de travaux neufs, alors que nous avons un urgent besoin d'investir dans du matériel inox pour garantir la qualité de nos sucres de bouche. »



IL A DIT
« Un gouffre financier »
Ivan de Dieuleveult, p.-d.g. de Gardel SA
L'application des accords Bino, tant que l'Etat verse 100€ de son côté pendant 3 ans et que Gardel en verse 100, pour les 330 ETP de l'année 2008, année particulièrement faible, représente plus de 450 000€. Lorsque l'état arrêtera sa participation et comme nous devrons verser du net les 200€ deviennent 354€ par individu. Nos simulations, toujours sur 330 ETP, représentent plus de 1,2 million d'euros/an par rapport à la situation actuelle, en tenant compte bien sûr des exonérations connues à ce jour. Si la loi de finances et la LODEOM sont modifiées, nous ajusterons. Ce sera toujours trop pour une entreprise comme Gardel qui est dans un marché encadré, avec des prix fixés et en diminution dans le cadre de la réforme de l'OCM sucre. Des charges qui galopent tous les ans, des recettes qui diminuent tous les ans, ça s'appelle un gouffre financier.
Si on démarre la campagne tout de suite, ce sera tout de même environ 5 millions d'euros de recettes manquantes sur cet exercice. Malgré une reprise probable de 1,3 million d'euros de provision passée pour le moratoire de la CGSS, je prédis un résultat négatif entre 6 et 8 millions d'euros suivant la qualité de la campagne s'il y en a une. S'il n'y a pas de campagne c'est une autre affaire pour nous tous.

LE POINT DE VUE DE L'EXPERT
Pourquoi la campagne sera mauvaise
Le carême est bien installé. Les températures diurnes avoisinent les 30/32°C tous les jours. Les températures nocturnes descendent jusqu'à 20/22°C, ce qui est excellent, nous dit un technicien, pour le stress thermique.
Le patron de Gardel n'est cependant pas optimiste : « Il reste trois semaines de travail dans l'usine pour mettre l'outil en état de marche pour broyer les premières cannes. Nous sommes le 12 mars. Si les employés reprenaient le travail demain 13 mars, les prmeières cannes pourraient arriver au mieux le 7 ou 8 avril. Nous pensons qu'il y a environ 600 000T de cannes pour Gardel. Si nous parvenons à tenir une cadence moyenne de 5 400T/jour, cela veut dire 111 jours de roulaison et 132 à 135 jours calendaires. La campagne se déroulerait donc jusqu'à la mi-août.
Le cœur de la campagne se trouverait en peline période des pluies, entre mai et juillet. Après trois semaines de pluies continues et denses, comme cela arrive fréquemment en mai, la plante repart en croissance et la courbe de la richesse saccharine s'effondre. Ce n'est pas gagné ! »



LE PLANTEUR
« Que chacun prenne ses responsabilités »
Georges Magdeleine, planteur de canne, secrétaire général de l'Union des paysans de Guadeloupe, président du Groupement d'intérêts économiques (GIE) cannes
Nous allons rencontrer les syndicats demain (ce matin, NDLR). Il faut trouver une solution. Moi, je défends ma profession, des milliers de planteurs de cannes qui n'ont que cela pour vivre et faire vivre leur famille. Je souhaite que les uns et les autres, les syndicats et les patrons, s'entendent, trouvent des solutions pour que la campagne démarre enfin. Nous avons déjà pris du retard.
Que chacun prenne ses responsabilités.


CHIFFRES
182
Gardel compte 182 permanents (usine, exploitation agricole et parc matériel), mais son effectif pendant la campagne monte jusqu'à 420 personnes dans l'usine et les champs. « Nous avons, explique Ivan de Dieuleveult, un effectif équivalent temps plein (ETP) de 350 personnes. Nous souhaiterions ne pas dépasser 330 ETP, comme cette année en raison de la faible durée de la campagne (507 000T de cannes). »

10
La masse salariale annuelle varie en fonction de la durée de la campagne mais elle dépasse les 10M€, même les toutes petites années comme 2008. »

14 000
Les surfaces agricoles consacrées à la culture de la canne à sucre seraient d'environ 14 000 hectares, y compris les cannes à rhum et avec Marie-Galante. Il y aurait un tout petit moins de 10 000 hectares en cannes destinées à Gardel.

8
Pour les travaux de maintenance et d'entretien de l'outil en inter-campagne, tous les ans ce sont des montants de 6 à 8M€, charges de personnel incluses qui sont consacrés.

6
Les travaux sont toujours du même ordre. L'essentiel du matériel est démonté, nettoyé, révisé, réparé, remonté. Ceci afin d'avoir le taux de panne le plus faible possible pendant la campagne. Grâce aux investissements et aux travaux de maintenance systématique, Gardel est passée de 15% de taux de panne dans les années 2000 à 6% l'an dernier.

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André-Jean Vidal
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