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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 23:44
Jégo/Adelaïde : les courriers qui fâchent

Il y a quelques jours, Amédée Adelaïde, ancien président de la CCI de Pointe-à-Pitre, ancien président du conseil d'administration du port autonome, interpellait le chef de l'Etat dans un courrier faisant état des insuffisances du secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo dans le traitement de la crise en Guadeloupe.
Yves Jégo, piqué au vif (et sans doute vertement sermonné par Nicolas Sarkozy), a répondu à Amédée Adelaïde.




Cher Monsieur,

j'ai pris connaissance du courrier que vous avez adressé au Président de la république.
Vous imaginez que je ne suis pas forcément d'accord sur votre analyse consistant à dire que
j'étais mal informé des réalités, ou que pire encore j'ai cru naïvement qu'il suffisait de
vilipender les chefs d'entrepriuses. Votre vision des choses est, permettez-moi de vous le dire,
très partielle et peut-être même partiale.
Je serais très heureux d'ne parler avec vous afin de vous éclairer et vous remercie des remarques
que contenaient votre courrier.
Yves Jégo


Amédée Adalaïde, qui n'aime pas ne pas avoir le derneir mot, a répondu à son tour à M. Jégo.
Voici sa réponse :

 
 
Lettre ouverte à Monsieur YVES JEGO
Secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-Mer
 
 
 
Monsieur le Ministre,
 
J'ai bien reçu votre courrier du 05/03/2009, évoquant les écrits que j'ai adressés à Monsieur le Président
de la République, sous la forme d’une lettre ouverte.
 
Je regrette que l'analyse que j'y développe ait pu vous apparaître comme une mise en cause personnelle.
 
Mais, les fait sont là : et il n'y a d'ailleurs rien d'étonnant à ce qu’un ministre nouvellement installé, relayé
par un préfet nouvellement nommé,  soit décontenancé face à une situation atypique survenue outre-mer.
 
Ajoutons que les sources d'informations dont peut disposer le pouvoir sur les réalités locales sont
actuellement évanescentes (des hauts fonctionnaires en perpétuel transit; et … un parti politique
présidentiel en totale déshérence, au point de n’avoir pas émis un seul mot, un seul avis, sur une crise
sociale aussi grave pour l’avenir du pays).
 
Vous avez donc, à l’évidence, pris le train des négociations, en méconnaissance :
 
- de l'engagement politique extrémiste, anti-démocratique, anti-capitaliste, et foncièrement anti-français
des principaux dirigeants du LKP.
 
- de leur choix délibéré de la violence pour faire aboutir leur démarche (de la séquestration des
négociateurs, à la promotion de malfaiteurs armés dans les rues et sur les barrages, avec les conséquences
que vous avez pu découvrir).
 
- de l'absence, en conséquence, de tout désir de transaction crédible avec le patronat local, assimilé de
manière abusive et raciste à la communauté békée, prétendument héritière  des bénéfices de l'esclavage.
 
- des intentions souterraines des principaux dirigeants du mouvement, qui, non contents d'avoir su drainer
l'adhésion populaire autour de problèmes réels, malheureusement laissés en friche par le pouvoir,
s'attachent à des exigences salariales démagogiques, qui constituent le véritable piège; leur rejet par les
acteurs économiques permettra à coup sûr d'entretenir indéfiniment des foyers d'agitation multiples; leur
acceptation sous la contrainte déstabilisera sans coup férir les entreprises, l'emploi, et les collectivités
locales directement ou indirectement impliquées dans le « deal » préparant le terrain pour une mainmise
politique  future (que ces mouvements n'ont jamais pu obtenir par les urnes).
 
Dès les premiers jours des négociations, vous avez donné l'impression de vouloir désamorcer la
situation en contraignant les représentants locaux de l'État et le patronat à céder aux exigences du
LKP, comme si la justesse de certaines revendications pouvait justifier le désordre et la violence; je
ne présume pas de vos intentions profondes, mais vous êtes trop au fait de la chose politique pour
ignorer combien l'impression première peut être décisive dans ce domaine.
 
La reprise, par vous même du terme « pwofitasyon » procède de la même démarche; les mots n'étant pas
innocents, reprendre ceux de ses contradicteurs les conforte et les renforce, ce qui n'est pas avisé lors
d'une négociation.
 
Il faut noter que, cette expression péjorative, empruntée au langage des écoliers, évoque surtout l'attitude
du «grand » qui s'attaque à un enfant plus faible; dans le but de lui imposer abusivement sa volonté ou
d'en tirer un avantage indu (la morale du préau imposait au contraire de n'affronter qu'un élève aussi fort
que soi).
 
A titre d'illustrations, les quelques 380.000 guadeloupéens désarmés (entrepreneurs, ouvriers, employés,
retraités, enfants....) qui ne participaient pas aux manifestations du LKP, mais qui subissaient les exactions
quotidiennes de ses nervis, armés et brutaux (entreprises fermées de force, privation de soins, d'essence,
de moyens de transports, d'écoles, de commerces, de média libres, des libertés de circuler et de
travailler...) en l'absence de toute réaction sérieuse des pouvoirs publics, étaient victimes d'une
authentique « pwofitasyon »; de même, les chefs d'entreprise subissent aujourd'hui une « pwofitasyon »,
dès lors qu'on les contraint par la violence, les menaces et la paralysie de leur entreprises à signer un
« accord » (avalisé par le Préfet ?) présentant dans son préambule la situation du département français de
la  Guadeloupe comme la pérennisation « d'une économie de plantation » fondée sur les  « rentes de
situation » et l' « l'injustice ».
 
En fait, l'expression a été utilisée par le LKP pour stigmatiser les dérapages attribués à des puissants, au
détriment des faibles (il s'agit des patrons pour les bas salaires, de l'état ou des collectivités, pour les
prestations sociales jugées insuffisantes, des importateurs et grandes surfaces pour les prix, des
organismes publics ou parapublics pour les divers tarifs fixés ou régis par l'autorité publique...).
 
Plus que de la « Pwofitasyon », ces dérapages sont le fait d'un double phénomène qu'il convenait
d'analyser en temps utile et de corriger, sans attendre que le LKP mobilise les foules sur ce thème:
 
- La constitution de monopoles de fait ou de droit, qui libèrent l'opérateur public ou privé de la
pression à la baisse générée par la concurrence.
 
- L'absence de politique visant les causes de la cherté de la vie et les moyens d’y remédier,
situation qui est, pour une grande part, de la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales,
et qui leur permet de collecter d’importantes « contributions », réputées indolores (jusqu'à un
certain point...).
 
En effet, avant de s'en prendre au patronat Guadeloupéen, le représentant de l'état aurait peut-être gagné à
balayer devant sa porte; pour mémoire :
 
- la collaboration SARA-Préfecture quant à la fixation du prix de l'essence (la Guadeloupe a
connu en une seule génération, le prix de l'essence le plus bas de France, et le prix le plus
élevé, sans avoir jamais reçu la moindre justification à ce sujet).
 
- La fixation arbitraire d’un prélèvement de 2% des taxes portuaires, par l'administration des
douanes, au titre de sa rémunération pour la perception des dites taxes, alors même que ce
prélèvement n'est que de 0,5% dans les autres ports autonomes de l'hexagone (informer la
population sur la destination exacte de ces 2% ne serait pas inutile...).
 
- L’Octroi-de-mer, droit de douane, perçu au profit des collectivités locales, frappant
définitivement les marchandises à l’entrée du territoire et portant sur leur prix d’achat, plus le
coût du transport (Il s’agit d’une taxe inflationniste, dont les socio- professionnels avertis
réclament en vain la modification depuis des décennies, afin que son mode de perception soit
logiquement calqué sur celui de la TVA).
 
La connaissance précise de la situation et du véritable interlocuteur « syndical » (cf. ci-dessus) vous aurait
permis d'éviter ces erreurs, dont les effets mécaniques sont:
 
- d'accorder une victoire morale au LKP et de donner une stature médiatique et politique inédite
à ses dirigeants. (ceux d'entre eux qui ont affronté les élections n'ont jamais dépassé un
pourcentage confidentiel des suffrages).
 
-   d'alimenter la poursuite en toute hypothèse des menées subversives locales.
 
- de garantir la contagion automatique aux autres DOM. La « boite de Pandore » ayant été
ouverte.
 
- d'annoncer les voies et moyens d'une généralisation des troubles à la métropole (MM
Besancenot et Bové ne s'y sont pas trompés).
 
 
Continuer, au XXIème siècle, dans un pays démocratique, à laisser croire à la population que des
relations de droit valides et durables entre les hommes peuvent être instaurées par la violence et la
contrainte est un message particulièrement négatif.
 
 
A contrario, le maintien de l'ordre républicain ne comporte aucune création de droit; il n'a qu'une
fonction conservatoire, visant à privilégier le recours aux seuls moyens démocratiques de changer
les choses, à savoir, le consensus négocié et l'appel aux urnes; il s'exerce avec fermeté dans les
démocraties modernes, ce qui n'exclut ni le sang-froid, ni le souci des vies humaines, ni le respect
de la dignité des personnes.
 
Se soustraire à l'évidente obligation de rétablir l'ordre républicain et les libertés fondamentales, au
prétexte des 87(!!) morts de 1967, constitue une troisième erreur, aux conséquences dramatiques
pour l'économie, l'emploi, et le moral de tous ceux qui travaillent ou créent des activités aux
Antilles.
 
Comment lancer enfin un tel chiffre, lourd de significations historique et politique, sans avoir
l'obligation morale, voire juridique, de l'étayer de façon décisive par des preuves irréfutables ? 
tant il est vrai qu’un peuple, dont la mémoire est falsifiée doit craindre pour son avenir.
 
Le gouvernement serait donc bien avisé de lever définitivement toute ambiguïté sur les chiffres
officiels concernant cette affaire, preuves et archives à l’appui.
 
Concernant les événements de mai 1967 en Guadeloupe, la « vulgate » indépendantiste  parle du « massacre » de plus
de 100 personnes, froidement décidé par le « pouvoir  colonialiste », à l'aide de « forces de répression racistes
et violentes », dans le but de « décapiter le mouvement nationaliste » et de mater le peuple; pour parer à
l'impossibilité  d'avancer une liste sérieuse de ces morts clandestins, on argue sans vergogne de la
 dissimulation des archives, de l'existence de « charniers » secrets, ou  « d'enterrements à la sauvette par les familles
terrorisées ».
  
  Il y a quelques années, le ministre LEMOINE, reprenait cette antienne, en parlant de 87 morts, sans juger utile de
préciser ses sources (il s'agissait alors de se concilier le  mouvement nationaliste) ni de produire un quelconque
recensement des personnes ou  familles concernées; ces précision auraient pourtant été utiles, puisque les propos
du ministre s'inscrivaient en faux contre l'unique rapport officiel qui n'évoquait « que » 7  morts. 
 
Il se trouve qu'il existe un état civil en Guadeloupe, on n'y disparaît pas à la sauvette; de surcroît, dans ce petit pays,
il n'est pas de famille si discrètes, ni de lieux si retirés, qui permettent de dissimuler longtemps les cadavres de 87
personnes décédées de mort violente.
 
Il n’y a pas eu de « massacre » en Guadeloupe en 1967 ; mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde.
 
Il y a certainement eu trop de morts et de blessés lors des troubles de 1967 ; les origines du drame sont parfaitement
connues :
 
- un incident stupide entre un marchand de chaussures « blanc » et un cordonnier « noir » officiant sur le parvis 
du magasin en cause.
 
- Une grève des ouvriers « noirs » du bâtiment, réclamant une augmentation à un entrepreneur « blanc ».
 
- Un mouvement « nationaliste », à l’affut de tout incident de ce type, dans l’optique d’exacerber, à  son profit les
moindres colères et frustrations des milieux populaires, et n’hésitant pas, comme on le constate encore
aujourd’hui, à jouer sans nuance des antagonismes ethniques, voire à placer des armes mortelles dans la main de
redoutables marginaux qu’on a  chauffés à blanc.
 
- Une autorité préfectorale et ses forces de maintien l’ordre, amenés à intervenir, au vu des premiers blessés, dans
l’affolement et l’impréparation totale (méconnaissance des « codes » d’expression des populations locales, chez
qui le verbe haut ne débouche pas nécessairement sur la violence ou la mort ; non-disposition de matériel adapté
à l’affrontement de manifestants civils…).
 
C’est dans ce contexte d’excitation, d’inconséquences, et d’incohérences partagées que des personnes ont été blessées
ou tuées, devenant de nouveaux « martyrs » du peuple Guadeloupéen, dans la terminologie nationaliste.
 
C’est ainsi qu’avant longtemps, on nous dira que le malheureux syndicaliste Binot, assassiné par un malfaisant armé
par ses propres amis, au motif « qu'on l'a pris pour un policier en civil », sera présenté comme une victime des
« forces colonialistes françaises » ou du « patronat Béké ».
 
Certain de l'intérêt que vous accorderez à la lecture de ces observations, je vous prie d'agréer, Monsieur
le Ministre, l'expression de ma particulière considération.
 
 
 
        Amédée ADELAIDE
    Citoyen français d’origine guadeloupéenne
                  Résident en Guadeloupe
Ancien Président, de la CCI de Pointe-à-Pitre
         du Port Autonome de la Guadeloupe
   de la Société Immobilière de la Guadeloupe
 
 
 
 
PS : subsidiairement, les annonces itératives émanant de parlementaire de votre majorité remettant en
cause les 40% de sur-salaires accordés par les textes aux fonctionnaires outre-mer, ont jeté bon nombre
de bénéficiaires dans les rangs des mécontents, abondant les troupes du LKP dans la rue.
 
 
 
Email : amedeeadelaide@opinpub.fr    site   http://www.opinpub.fr
 

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André-Jean Vidal
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