Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 mars 2009 2 17 /03 /mars /2009 00:57
TRIBUNE LIBRE

Etats Généraux : Donner le temps au temps !


La plateforme de revendications formulée par le « Liyannaj Kont Pwofitasyon » le 20 janvier a, dans un premier temps, fait sourire certains observateurs qui  ont cru entendre, au pire, un coup de starter pour libérer les voix contrebasses et les « bwa difé a mas », au mieux, un prétexte pour faire revenir par la fenêtre, une revendication statutaire déjà chassée par la  porte. Les débats ont montré que les choses étaient plus complexes. Qu’au-delà des apparences, c’est une nouvelle grille de lecture  des mouvements revendicatifs à connotation sociale qui était proposée .La preuve : le mouvement a joui d’une mobilisation populaire exceptionnelle et le courant n’a été  renvoyé qu’après 44jours de panne du secteur économique!
Pendant que ce long cri strident sonorisait nos longues journées, des voix d’élus se faisaient  entendre pour suggérer que l’on revisite la société guadeloupéenne. Nous en étions. C’est dans ces conditions que l’idée d’Etats Généraux fut avancée pour la première fois par nous, arguant que les problèmes soulevés ne pouvaient trouver des solutions pérennes que par un décorticage soigneux de notre société. L’idée fructifia, au  point d’être considérée comme acquise par les présidents des  deux assemblées territoriales.

Des Etats Généraux comme potion magique ?
Oui mais voilà : entre temps,  la Martinique s’était embrasée, le chaudron de  la Réunion bouillonnait et la Guyane commençait à babiller. Autant de raisons pour suggérer au Président de la République une recette inespérée : les Etats Généraux de l’Outre Mer « pour débattre sans tabous  des grands enjeux de territoire, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels mais aussi identitaires ou institutionnels ».Telle était sa  formule.
Fort bien ! Proposition tardive mais proposition tout de même, dirons certains. Sauf que, à l’analyse, elle n’est acceptable ni dans la forme (axes de réflexions unilatéralement définis par le pouvoir central) ni dans le calendrier (travail précipité à l’échéance avril 2009, et bâclé, bouclé en 2mois).
Agir ainsi c’est faire la preuve que l’on n’a pas perçu le sens de cette crise : Les gens ont des choses à dire. Beaucoup de concitoyens ont des difficultés à joindre les deux bouts et ne sont par ailleurs pas insensibles aux problèmes des autres, ce qu’atteste d’ailleurs la vitalité de la vie associative. La société civile, à partir du mouvement du L.K.P. réclame le droit d'être auteur-acteur dans son pays, le droit de participer à la construction de son territoire avec les ferments de son propre terroir, le droit à ce que son histoire, ses traditions, ses mythes, son identité culturelle soient reconnus et respectés.
La mobilisation initiée par le L.K.P. doit nous inviter à réfléchir en profondeur et à décider de façon consensuelle de nos choix de société, de ce que nous voulons transmettre à nos enfants.
En effet, quelque soit le domaine de l’action locale (aménagement, urbanisme, environnement, transport, santé, enseignement, sports, culture, social, développement   économique…), l’importance stratégique des questions qui seront en débat, nécessitera une introspection de la société guadeloupéenne, un dialogue innovant et constructif avec l’ensemble des acteurs du territoire : entreprises, syndicats, associations, citoyens-usagers, intellectuels, élus des collectivités territoriales, représentants et services extérieurs de l’Etat.

Tout cela nécessite du temps…
Le temps de la nécessaire appropriation des thèmes par l’ensemble de la population pour qu’elle fasse remonter à la surface toutes les problématiques du territoire.
Le temps qui nécessite la contribution de tous à toutes les phases du processus de décision.
Le temps pour que les solistes et les choristes se fassent entendre.
Le temps pour que les répondeurs puissent répondre aux tanbouyés.
Bref, le temps qui permet d’assurer la durée, et qui est l’ennemi juré de l’urgence dictée par l’échéance, comme le développe fort opportunément Marc JALET dans un remarquable ouvrage : « l’urgence, l’échéance, la durée ».
Pourtant, à l’instar d’un certain nombre d’instruments nécessaires au développement de la Guadeloupe, (schéma d’aménagement régional, projet d’extension du Parc National de Guadeloupe), c’est « au pas de course » que l’on nous propose de traverser les thèmes, comme si on voulait bâillonner les voix de rebelles potentielles pour ne pas contrarier l’office.
Plus que jamais est donc posée la question de l’inadaptation du calendrier.
Nous rejetons cette démarche imposée outre atlantique qui ne donne pas le temps au temps, ni de manière absolue, ni de manière relative.
Le calendrier de mise en oeuvre de ces Etats Généraux est, on l’a vu, trop resserré dans l’absolu. Mais il l’est tout autant par rapport au contexte particulier dans lequel la réflexion doit être menée : ceux qui ont fixé le tempo n’ont pas tenu compte du fait que la société civile guadeloupéenne est actuellement occupée à relancer ses activités après presque deux  mois de paralysie.
Les Guadeloupéens ont montré leur volonté d’aller vers la résolution de problèmes majeurs, restés depuis trop longtemps non traités.
Or, c’est en expérimentant et en partageant avec l’ensemble de la population, (appuyé par des experts guadeloupéens, et avec la vision d’une classe politique responsable qui doit revisiter radicalement son mode de fonctionnement) que l’on  pourra féconder le terreau à partir duquel le peuple pourra s’épanouir.

Peuple majeur
Mais au-delà des acteurs à associer et du calendrier de mise en place de ces EtatsGénéraux, la problématique déterminante du contenu reste entière. Car il va de soi qu’outre les cinq sujets suggérés par le Président de la République, c’est à partir des fondamentaux de notre culture, du développement et du partage équitable de nos ressources, de l’éducation de nos jeunes enfants, de nos rapports avec nos voisins caribéens ,   que nous parviendrons à bâtir une société moderne. C'est sur les bases d'une planification globale de développement que notre pays retrouvera la voie de la dignité et de la responsabilité.
Oui en peuple majeur, nous appelons à une revue objective et réfléchie des problèmes de développement et de bien être qui se posent à notre archipel aujourd’hui.
La Guadeloupe des talents exige  le droit de construire  et de déterminer son devenir dans le respect, la responsabilité et l’exemplarité.
Le C.A.U.E. (Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement de la Guadeloupe) l’a compris. Par son expertise du territoire, il  est bien placé pour constater que, trop souvent, les enjeux et les objectifs stratégiques sont occultés par des considérations techniques, financières ou d’échéances électorales.
Il propose un atelier sur une réflexion méthodologique collective relativement à la tenue des États Généraux.
Elle doit être versée aux débats.
Mais à tout prendre, en lieu et place des Etats Généraux de l’outre-mer (qui fait fi de la reconnaissance constitutionnelle  de chacune des collectivités relevant de cette catégorie particulière), nous suggérons au Président de la République de mettre en place dans chaque territoire, une commission  (sous la forme de la commission Balladur). Elle jouirait de moyens et de pouvoir d’investigation sur les thèmes relevant de la gouvernance de l’Etat et des politiques publiques, dans chaque outre-mer, et singulièrement en Guadeloupe, pour ce qui nous concerne.
Ainsi, nous, élus guadeloupéens, dans une Guadeloupe en mouvement, nous travaillerons à relancer l’économie, à maintenir le dialogue social et à préparer les travaux du Congrès, pendant que l’Etat  chercherait à jeter les bases d’une nécessaire réforme de ses politiques publiques.

Georges BREDENT
Conseiller général

Président du Rassemblement pour une nouvelle démocratie (R.N.D.)










 

Partager cet article

Repost 0
André-Jean Vidal
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de André-Jean Vidal
  • : Revue de l'actualité politique locale
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Liens