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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 23:46
 
 
Portrait
Ange Mancini, le briscard de la négo
LE MONDE | 17.03.09 | 14h15  •  Mis à jour le 17.03.09 | 19h02
 
Négocier, l'homme sait faire. Patron du RAID entre 1985 et 1990, Ange Mancini a ramené à la
raison tant de preneurs d'otages. Mais avec des gens sensés et convenables, d'honorables
citoyens, cela prend parfois plus de temps qu'avec des forcenés : le préfet de la Martinique a passé
plus de deux cents heures à rapprocher les positions des syndicats et des chefs d'entreprise, sur
fond de grève générale dans l'île. L'air débonnaire, le regard en meurtrière, l'ex-"super-flic" a mis à
profit la seule qualité qu'il se reconnaisse : "La patience".
Elle lui fut utile. Tandis qu'on débattait sur les prix et les salaires, affleurait inlassablement
l'histoire de l'esclavage, plaie toujours ouverte des Antilles. On parlait coût de la vie pour, soudain,
d'une phrase à l'autre, se retrouver transporté deux siècles en arrière, au temps des plantations,
des pauvres hères trimant sous la chicote, des maîtres qui lâchaient leurs chiens. Le préfet a
écouté, réfréné son envie d'abréger les interminables discours. "Il fallait que les choses sortent,
tout ce qui était enfoui depuis des décennies", explique-t-il. Trop de passions devaient être
expurgées, trop de traumatismes surmontés.
Sur le site Internet du RAID, est écrite en exergue une formule de son ancien chef : "Le plus dur, ce
n'est pas de gérer l'exceptionnel, mais le quotidien." Le préfet de la Martinique n'aura guère
encouru cet ennui des jours ordinaires. Arrivé en poste le 1er août 2007, il avait été accueilli
froidement, avec une étiquette de sarkozyste, dans une île hostile au nouveau président. A la
population, il parut distant, donc hautain. Son refus de persiller ses discours de formules créoles,
comme s'y essayaient ses prédécesseurs, était vécu comme du mépris. Un cyclone, un tremblement
de terre, une épidémie de dengue et la crise du chlordécone, ce pesticide qui empoisonne
aujourd'hui l'eau et les sols dans l'île, lui avaient fait un rude baptême.
Puis la crise sociale a éclaté. Ange Mancini a décliné toutes les interviews. Dans le contexte, les
mots pouvaient devenir des mèches rapides. Un préfet dans les îles, qu'on le veuille ou non, garde
un relent de gouverneur, de fonctionnaire colonial avec casque. Lors des séances à huis clos, des
esprits malins ont tenté de le faire sortir de ses gonds, de provoquer un dérapage qui aurait
inévitablement enflammé l'île. En vain. L'amateur de chats est bien trop matois.
Il doit largement sa carrière à ce sang-froid. Fils d'un maçon italien, né à Beausoleil (Alpes-
Maritimes), il a acquis un à un ses galons sur le terrain. Débutant à 19 ans comme adjoint
administratif contractuel, il était commissaire à 29 ans, directeur adjoint du Service régional de
police judiciaire (SRPJ) d'Ajaccio à 39. Au Quai des Orfèvres, il croise Robert Broussard, qui doit
créer, au sein de la police, un équivalent du GIGN, le RAID (Recherche, Assistance, Intervention,
Dissuasion). Le commissaire divisionnaire Mancini en prend la direction. De manière empirique,
il peaufine sa techni que de négociation, cette manière "de mettre le pied dans la porte", puis
d'user de différentes ficelles du métier afin que s'entreprenne "ce chemin de l'un vers l'autre". Ses
grands coups seront la prise d'otages du palais de justice de Nantes, en 1985, et l'arrestation des
membres d'Action directe, en 1987.
Ange Mancini poursuit ensuite une carrière d'impeccable serviteur de l'Etat. Il retourne en Corse,
y gagne rang de préfet. Passe par la Guyane puis les Landes, et arrive en Martinique, sans se
douter que son art de négocier trouvera sur place un nouvel emploi. Il va appliquer les trois règles
forgées dans le passé : "Eviter un drame, garder le contact, préparer l'avenir."
Pendant les longues heures de conciliabules, dans la salle Félix-Eboué de la préfecture, Ange
Mancini a trouvé un allié inattendu : Alfred Marie-Jeanne, le président du conseil régional. L'élu
indépendantiste et le représentant de l'Etat, assis côte à côte, ont formé un étonnant attelage. Les
deux hommes ont appris à s'apprécier, à demi-mot cela va de soi. "Vous connaissez mes
convictions : pour moi, un préfet reste un préfet, explique Alfred Marie-Jeanne en lissant sa fine
barbe. Néanmoins, celui-là..." "Il est très fort, on voit qu'il a l'habitude de négocier", constate
également Claude Lise, le président du conseil général.
Ange Mancini aura 65 ans en juin. Le haut fonctionnaire n'a plus à élaborer de plan de carrière, à
flatter pour son avancement. Très en cour à l'Elysée, il a régulièrement rendu compte, sans plus. "
J'ai eu une totale liberté", assure-t-il.
Avec les syndicalistes, les rapports ont été drus mais droits. Le préfet était soupçonné de n'être
qu'un suppôt des békés, qu'un commis du gouvernement. Il lui a fallu convaincre du contraire.
"Nous l'avions mis en garde contre l'utilisation de la force, explique Michel Monrose, président
du Collectif du 5 février, qui a mené le mouvement social. Il nous a assuré qu'il ne prenait pas ses
ordres à Paris, mais agissait en son âme et conscience." Un accord s'est établi : les forces de
l'ordre ne s'opposeraient pas aux barrages tant que les grévistes resteraient non violents. Un
précepte du RAID, là encore : on parle tant qu'il n'y a pas d'atteinte à l'intégrité physique. Le
gentlemen agreement a tenu.
Il y eut bien trois nuits agitées pendant ce long mois de conflit, le fait de casseurs sans lien avec les
grévistes. Tandis que Fort-de-France bouillait, le préfet s'est effacé et le policier a repris du service,
pointant son nez au plus près des jeunes qui caillassaient ses fenêtres. Durant les échauffourées,
malgré les objurgations à plus de fermeté, Ange Mancini a gardé les gendarmes mobiles à distance
des émeutiers, appliquant le principe que lui avait enseigné naguère un vieux CRS : le maintien de
l'ordre, c'est faire des bosses plutôt que des trous.
Tandis que les escadrons de jeunots diaphanes, venus de métropole, restaient en retrait, c'est la
police nationale, formée de fonctionnaires chevronnés revenus au pays, qui a procédé aux
interpellations, en créole. Ont ainsi été évitées les images terribles d'un face-à-face Noirs-Blancs,
telles que perçues en Guadeloupe. La grève générale en Martinique s'est achevée dans des
émanations détestables de gaz lacrymogène et des accusations perpétuelles de répression
coloniale, mais sans mort d'homme. "C'est sans exemple dans l'histoire de l'île qu'un conflit aussi
long se finisse ainsi sans tués", assure l'historien Edouard Delépine.
"Cela doit être une fierté collective, estime Ange Mancini. Ce fut une expérience formidable de
voir ainsi vivre les forces vives de l'île. Peut-être avons-nous trouvé une nouvelle façon de se
parler en Martinique." M. le Préfet aimerait d'ailleurs connaître le fin mot de l'histoire : en âge de
partir à la retraite, il a demandé à prolonger son séjour d'un an.
 
Benoît Hopquin

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André-Jean Vidal
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SOSTHENE 20/03/2009 04:00

NICOLAS DESFORGES PREFET DE GUADELOUPE
On comprend bien qu'il ne veuille pas battre sa coulpe publiquement , mais le silence eût mieux convenu au préfet de Guadeloupe .
Dans l'interview donnée à André-Jean VIDAL de FRANCE-ANTILLES , il commence par justifier son départ du WTC ; c'est bien le seul point sur lequel on peut lui donner QUITUS ; sauf qu'il aurait du partir bien avant , dès les premières invectives adressées , à travers sa personne , à l'ETAT ; sauf qu'il n'aurait jamais du accepter de se prêter à cette mascarade du WTC , cette parodie de procès stalinien , retransmise en télévision pour l'éducation des "masses laborieuses" ; sauf qu'il n'est parti de ce pandémonium que sur l'ordre de son patron dont ce fut le seul acte d'homme debout ; sauf ... arrêtons là !

Quand il affirme : "L'Etat n'a jamais cessé de fonctionner , a répondu aux besoins essentiels des populations , a défendu les libertés fondamentales " , c'est à hurler de rire ou à pleurer de rage ! Les guadeloupéens interdits de circulation , de sources d'alimentation , privés de carburant et donc consignés à résidence , les entrepreneurs contraints à baisser le rideau , molestés pour certains , ou victimes de pillages ou d'incendies , toutes ces victimes de la démission des pouvoirs publics face au brutal cynisme du LKP , tous ces citoyens apprécieront ! http://guadeloupe-en-crise.over-blog.com/article-29157735.html

"j'ai fait protéger les super-marchés lorsqu'il s'est agi de préserver l'approvisionnement des populations , j'ai fait garder les stations-service lorsque je les ai réquisitionnées ". MENSONGE ! aucun supermarché n'a ouvert sous protection des forces de l'ordre ; le LKP les a fait fermer chaque fois qu'il a voulu , même sous protection . Quant aux stations service , le LKP a AUTORISE les professions prioritaires mais pas les particuliers ; la seule fois où le préfet a voulu ouvrir les stations à tous , le LKP l'a interdit et le préfet ne s'y est pas risqué à nouveau .

"Dès que j'ai appris la mort de M. BINO et que j'ai su les circonstances de cette affaire , j'ai appelé M. DOMOTA ".
On comprendrait qu'il eût appelé la veuve ! mais tant de considération pour celui qui a - indirectement - armé le bras du meurtrier , même si le coup a visé un membre du LKP , c'est quand même fort de café ! Je n'ai pas connaissance que les propriétaires des entreprises incendiées et pillées aient eu droit à de telles marques de sympathie de la part du représentant de l'Etat ! Il semble par ailleurs évident que le tireur pensait tirer sur un policier , ce qui n'a jamais été dénoncé par les autorités , soucieuses surtout de dédouaner les forces de l'ordre de la responsabilité du tir . Atteint du syndrome du "PREFET DE 1967" , le préfet de 2009 s'est lui même lié les mains en ayant soin de prévenir le LKP de la chose .

La compassion du préfet , en tous cas , ne va pas aux victimes des exactions :"c'est aux tribunaux qu'il appartiendra de déterminer la responsabilité civile des uns et des autres . Il faut que les dégats soient constatés , établis , et que la responsabilité en soit éventuellement imputée à l'etat ".
Autrement dit :" DEMERDEZ VOUS AVEC LES TRIBUNAUX , C'EST PAS MES OIGNONS "

Enfin , cerise sur le gateau , il conclut : "quand on dit : la guadeloupe sé tan nou , a pa ta yo: je me mets dans les NOU et pas dans les YO ".
Si ce n'est pas un aveu de connivence ...?

Mais le préfet se la touche grave ! s'il croit que les NOU l'acceptent dans le club ...? Blackboulé le naïf ...!
Allons M. le préfet , un responsable véritable , même élève moyen de l'ENA , aurait dit : "EN GUADELOUPE , TOUS SONT DES "NOU" , IL N'Y A PAS DE "YO" !

Elémentaire , mon cher DESFORGES !

par sosthene

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