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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 15:17
LES BÉKÉS EN QUESTION - RENCONTRE À PARIS

"La place des Békés dans la société antillaise, Mythes et réalités", tel était le thème de la conférence-débat organisée par Patrick Karam à la salle Félix Éboué du secrétariat d'état à l'outre-mer. Un thème d'actualité donc alors que la crise aux Antilles s'achève à peine.  

Les Békés appelés aussi "Blancs pays" en Guadeloupe (où ils sont moins nombreux qu'en Martinique) sont les descendants des colons européens. Ils ont été indexés par certains des leaders des collectifs contre la vie chère en Martinique et en Guadeloupe et dépeint comme les "profiteurs" du système économique. Peu présents dans les médias, ils ont néanmoins répondu à l'invitation de Patrick Karam.  Le délégué interministériel avait convié à la table
des débats des représentants des Békés (Hervé Damoiseau, président des Rhum Damoiseau, Jean Louis de Lucy, agriculteur, Roger de Jaham, chef d'entreprises), des personnes ressources (Willy Angèle, président du Medef Guadeloupe, Phillipe Lavil, artiste, José Marraud Desgrottes, expert comptable) interrogés par un panel (Serge Romana, président du CM98, Daniel Dalin, président du collectif Dom et Pierre Pluton, maire d'Evry-grery-sur Yerres).
 
"Les manifestations contre la vie chère aux Antilles ne sont pas des conflits de races comme cela a été dit dans la presse et sur Internet. C'est une politique de bouc-émissaires. La question des Békés pose le problème de la faillite de la république et la responsabilité de l'État aux Antilles depuis 60 ans (...) Il vaut mieux une entreprise locale dirigé par un Béké, qu'une multinationale à capitaux étrangers. Je préfère la capitalisme régional au capitalisme
international.Les Békés sont des guadeloupéens et des martiniquais comme les autres" a déclaré Patrick
Karam dans son allocution d'ouverture.  Il fut relayé au micro, par Willy Angèle, le président du Medef guadeloupeéen, qui a insisté sur les difficultés économiques des DOM-TOM et qui a donné ses pistes de réflexion pour une sortie définitive de la crise, affirmant au passage que rabâcher le passé ne l'intéressait pas. 
"Nous devons en finir avec ce faux problème de préjugés de race. L'identité antillaise, est une identité ouverte non fermée. Fort de cet atout, je propose un développement endogène pour rattraper le PIB par habitant de la métropole, sachant que le PIB guadeloupéen est inférieur de 44% du PIB métropolitain. Nous devons savoir ce que nous sommes et ce que nous voulons être. Nous ne pouvons rien changer à notre passé, mais nous pouvons agir sur notre avenir (...)Une des pistes pour faire avancer l'outre-mer est de s'orienter vers la création de richesse immatérielle". 
 
Ensuite, les représentants des Békés eurent droit à la parole. De Phillipe Lavil à Roger de Jaham en passant par José Marraud Desgrottes, ils ont tentés de contredire ce qu'ils estimaient être de la désinformation de la part des médias . "Les Békés ne représentaient en 2007 que 14% du PIB de la Guadeloupe alors qu'on parlait de 85% dans les
Média" a expliqué José Marraud Desgrottes, expert comptable. "Les situations socio-professionnelles des Békés sont le reflet de la société antillaise"] s'est défendu, Roger de Jaham, chef d'entreprise, qui a souligné qu'avant la loi
Taubira, il avait déjà entamé des démarches pour reconnaître l'esclavage comme "crime contre l'humanité". 
José Marraud DesGrottes a apporté un éclairage intéressant au niveau des chiffres de l'économie en outre mer. Il a par exemple précisé que les Antilles n'étaient pas un cimetière pour Bac+5 puisque le chômage de ces derniers se situait grosso modo au niveau de la moyenne nationale entre 7 et 9%. Il a souligné que la distance rendait
nécessairement les produits importés plus chers aux Antilles qu'en métropole, mais n'a cependant pas analysé la problématique consistant à savoir si certains distributeurs s'octroyaient des marges trop élevées. 
A la question de savoir pourquoi la banane (produite sur place!) était plus chère aux Antilles qu'en métropole, il a répondu que le prix local était effectivement plus cher, mais a ajouté que le prix en métropole était fluctuant tandis qu'il ne variait pas aux Antilles. Ainsi le prix du carton de bananes a pu varier de 8,50 euros à près de 18 euros en quelques mois en métropole. 
 
En conséquence, la fluctuation des prix rendrait moins évidente l'assertion selon laquelle la banane est moins chère en métropole qu'aux Antilles. La mise en place d'un observatoire des prix devrait permettre selon lui de faire des
comparaisons plus précises.  Cependant, comme nous l'avons dit précédemment, l'éclairage de Monsieur Marraud
Desgrottes était intéressant, mais on peut regretter qu'il n'y ait pas eu pour lui répondre des intervenants aussi bien préparés, et surtout ayant un point de vue différent du sien. Cette absence de répartie a quelque peu déséquilibré le débat sur l'existence ou non d'un monopole béké, et sur l'économie des Antilles puisqu'il n'avait personne
pour discuter statistiques économiques. La présence de représentants du LKP par exemple aurait donc été très fortement bienvenue.  On peut aussi souligner que que si un certains nombres d'entreprises du secteur de la grande distribution ont pu baisser les prix sur une série de produits de première nécessité en Martinique comme en Guadeloupe, c'est bien que les marges étaient assez (sans doute trop!) élevées pour pouvoir être réduites sans que ces entreprises ne fassent faillite. 
 
De son côté Serge Romana, président du CM98, a souligné que les thématiques liées à l'esclavage étaient encore présentes dans la société antillaise. Il a ajouté que pendant 150 ans, par honte, on n'avait pas parlé de l'esclavage, ni chez les békés, ni chez les descendants d'esclaves, et que cela ne faisait qu'une dizaine d'années que le thème
était ouvertement débattu.  Selon lui, penser qu'on pourrait balayer d'un revers de main les conséquences de l'esclavage c'est faire fausse route. Il a souhaité un travail et une collaboration plus importante entre la
communauté béké et les descendants d'esclaves, afin que les Béké comprennent mieux l'impact que l'esclavage a laissé jusqu'à aujourd'hui, dans les sociétés antillaises. Il a aussi souligné qu'il faudrait du temps pour aplanir les différends. Roger de Jaham, qui avait eu l'occasion de rencontrer M Romana auparavant, a reconnu qu'il
n'imaginait pas que le malaise lié à l'esclavage était aussi profond. 
 
Devant un assistance passionnée et souhaitant participer au débat, la rencontre dura plus longtemps que prévu. Programmée initialement pour durer deux heures, elle dura au final trois heures. Malgré plusieurs points de désaccords entre les différents courants présents, tout le monde s'est accordé à dire que cette rencontre débat qui était une première, devait en engendrer d'autres, pour le bien commun de tous les habitants de l'Outre-mer. S'il faudra plus que des réunions pour résoudre le malaise existant en outre-mer, les prochaines assises de l'outre-mer prévues pour débuter en avril prochain, sont un bon point de départ. 

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André-Jean Vidal
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