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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 16:56
Créole et Créolité
   
Par Hector Deglas    24.03.2009 l 06h14
 
 
GUADELOUPE. Le Moule, mardi 24 mars 2009. (Caribcreole.com) -    
 
   
Au cours de cinq siècles de colonisation, les langues européennes dominatrices sont entrées en contact avec des milliers de parlers autochtones qui, le plus souvent, ont dû battre en retraite ou tout simplement disparaître avec leurs locuteurs. Sur le continent américain, trois phénomènes vont apparaître : 1) l’imprégnation géographique et lexicale (cf. noms de lieux ou de plantes d’origine amérindienne), 2) la création de termes nouveaux correspondant à des activités nouvelles et 3) la «créolisation» avec l’émergence de langues nouvelles liées à la traite africaine qui déversa dans les régions tropicales et subtropicales des millions d’Africains.
Curieusement, ce fut au cours de différents congrès ou colloques sur les Créoles à base lexicale française, anglaise ou néerlandaise que les linguistes internationaux affinèrent leur théorie sur l’origine et la diversité des familles de langues. Le terme de «créolisation» fut retenu comme le principal phénomène lié aux contacts de cultures ou de civilisation. On suppose qu’en 50 millénaires les premières langues africaines se sont diversifiées à l’infini à mesure que l’Homme conquérait la Terre par petits groupes. Et puis un langage, en lui-même, sur lui-même, évolue dans ses formes (morphologie), dans ses expressions et ses phrases (syntaxe), dans ses stocks de mots (lexique) et dans la signification évolutive même de ces mots (sémantique).
1. L’UNIVERS « CREOLE ».


C’est ainsi que le mot « créole » a évolué. Son champ d’utilisation s’est également restreint. Mais s’il surgit constamment, aujourd’hui, dans des emplois divers c’est qu’il correspond, qu’on le veuille ou non, à l’ancienne idéologie esclavagiste qu’ont tissée jadis les colons européens dominateurs.
Issu de l’espagnol «criollo», forme péjorative de «crio» (nourisson, bébé), le terme de créole signifiait bien : tout ce qui est né ou tout ce qui s’est adapté aux colonies du Nouveau Monde, que cette création ou cette adaptation génétique soit humaine, animale ou simplement autochtone, par opposition à ce qui venait d’ailleurs. On disait ainsi Blancs-Créoles opposés aux Blancs-France, (Nègres)-Créoles opposés aux Bossales. Les espèces animales qui, par croisement, s’adaptèrent aux climats tropicaux s’appelèrent aussi créoles : cheval créole, chien créole… Pendant un certain temps, la case en gaulettes et torchis, d’essence africaniste, céda peu à peu la place à la case « marine » en planches et poteaux ajustés avec mortaise et sans clous. La cuisine, en dehors de la boulangerie et de la charcuterie du porc, garda la marque dominante de l’Afrique, tout comme le vêtement féminin (cf. la matador). Bien entendu la langue dite créole fut de plus en plus rattachée à l’univers « dégradant » des habitations et des plantations, à mesure que l’Ecole et le modèle bourgeois des gens-de-la-ville (moun-nan-bouk) gagnaient du terrain. Pourtant, au 20e siècle, jusqu'Avant-la-Guerre, la majorité des Blancs-Créoles et des Créoles «de couleur» (qui se distinguaient ainsi des Indiens) ne parlaient que créole.
Finalement, l’ambiguïté même du statut colonial a toujours généré des appellations mal définies, à savoir : l’adjectif «antillais»(1) semble faire double emploi avec «créole», quand ceux de «nègre», de «noir» ou de «blanc » tout court ne viennent en accroître la confusion. En l’espace de trois décennies le mot de « guadeloupéen » a envahi le monde de la petite et moyenne entreprise. Mais il est loin d’avoir triomphé dans le langage courant, où son utilisation se heurte au doudouisme et à l’assimilationnisme ambiant. On s’affirme guadeloupéen par rage ou par identité culturelle, mais on met vite ce mot dans la poche pour se dire «français», …par précaution administrative !
2. LA DERIVE FOLKLORIQUE ;


Donc, le Guadeloupéen, plongé dans un inconscient raciste de cocagneur, a du mal à définir son être, ses actes et son avenir. Il s’empêtre, par exemple, idéologiquement, dans l’usage, des mots « métropole », « métropolitain », en feignant d’oublier que ces ancêtres utilisaient ceux de « Fwans » et de « Blan-fwans ». Alors, par compromis il dira Hexagone, et même des «hexagonaux», à défaut de dire «Blanc », plus fréquemment utilisé dans le créole populaire et le français populiste.
Toutefois, la littérature caribéenne francophone demeure imprégnée de visions doudouistes, même quand elle s’en défend. Bien plus, sur un plan plus doctrinal, une véritable école littéraire a cru pouvoir se rassembler sous la bannière de la Créolité. Ce courant, davantage martiniquais que guadeloupéen, a révélé combien l’influence békée était forte dans cette quête identitaire artistique. La Créolité est une absurdité antinationale qui reprendrait, à l’instar de la vieille idéologie esclavagiste, la genèse historique de la colonisation. Il en est de même pour ceux qui disent « Nous somme tous créoles » destiné, en fait, à barrer la route au patriotisme guadeloupéen en encourageant implicitement une union charnelle avec la France !
Cela étant et, à un niveau moindre, beaucoup de créolistes et d’enseignants de créole (on parle ici de la langue !) ont également des conceptions folkloriques et inconscientes de la culture et de la langue guadeloupéennes, d’autant que bon nombre de leurs élèves ont de sérieuses difficultés en français. Pourquoi ? Parce que la petite-bourgeoisie intellectuelle guadeloupéenne ne s’est pas encore débarrassée des vieux préjugés anti-créoles. Ainsi, la LCR apparaît comme une concession, une « petite place » faite à un morceau de Guadeloupe qu’il convient pourtant de défendre. Elle s’érige en doublet culturel au côté du Français, de l’Histoire-Géographie et des autres disciplines artistiques qui pourraient, elles aussi, enseigner le même contenu ! Autre aspect ghettoïsant, le fait d’enseigner le créole sans révéler (par-delà la simple traduction) les rapports de dominés, donc de diglottie que cette langue entretient avec le Français et sa Littérature, ne facilite pas une maîtrise et une évolution bilingues de l’élève. Le créole peut aider à mieux comprendre le français et inversement. Sur le plan de la sociolinguistique et de la linguistique appliquée, ON NE DOIT PAS DISSOCIER LE CREOLE DU FRANÇAIS ! Mais, en même temps, l’on doit veiller à ne pas mettre le mot même de « créole » à toutes les sauces, car celui-ci possède encore des relents doudouistes, folkloriques, sinon post-esclavagistes et coloniaux. Méfions-nous de notre inconscient !


(1) Vient du portugais antilha, île mythique située aux antipodes du Portugal. Une des premières mentions de cette île figure sur la carte de Pizzigano en 1424. Le mot Antilles fait concurrence à celui de Caraïbes, ce dernier étant plus juste eu égard à la mémoire des premiers habitants amérindiens. En France, dans l’immigration d’avant et d’après-guerre on associait Guadeloupéens et Martiniquais sous le vocable folklorique d’ «Antillais». D’ailleurs, à tort, la renommée de Joséphine de Beauharnais avait fait celle de la Martinique, au point que souvent des Guadeloupéens se faisaient passer pour Martiniquais !
 
 

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André-Jean Vidal
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