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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 17:07
LETTRE OUVERTE A UN AMI BEKE
par Christophe GUYON dimanche 22 mars 2009

Mon cher,
J’ai, depuis quelques semaines, vu et entendu tout et n’importe quoi sur la Martinique et la Guadeloupe. Les propos les plus scandaleux des uns font écho aux discours les plus hypocrites des autres, le tout arbitré dans le sens que nous connaissions par les médias « zoreil » (un sens unique qui n’est jamais le bon sens...).
Pour autant, moi, Métropolitain d’origine qui ai épousé une de tes cousines, dont les enfants sont nés à Schœlcher, qui ai vécu plus de 20 ans aux Antilles, je ne suis guère soupçonnable de malveillance envers les blancs en général et les békés en particulier. Pour autant, il n’est peut-être pas inutile que je te rappelle quelques solides vérités que vous autres békés avez tendance à oublier en refusant de faire ce que notre religion théoriquement commune appelle l’examen de conscience et l’acte de contrition.
  Dans le passé, je ne reviendrai jamais sur la traite des noirs, forfait unanimement reconnu et universellement dénoncé, mais excuse permanente à tout et n’importe quel comportement du moment qu’on est noir ou mulâtre et plus encore si l’on est jeune. Vos ancêtres en ont bénéficié, certes, mais vos ancêtres ne sont pas vous et nul n’est comptable de ses aïeux. On a oublié au passage que les statisticiens (science cynique s’il en est) estiment que la traite des noirs par les noirs et pour les noirs a représenté 14 Millions de personnes en Afrique, celle orchestré par les arabes environ 12 Million et celle par les Européens « seulement » 7 millions. Mais je ne suis pas Staline, et une tragédie reste une tragédie.
Lors de mon arrivée en Martinique au début des années 80, j’ai été stupéfait par le cloisonnement qui existait entre les différentes fractions ethnique de la société Martiniquaise. Békés de leur côté, zoreils de leur côté, Mulat’ qui ne se mélangent pas avec les nèg’, eux même séparés des coolies. A l’analyse, il ne faut guère de temps pour s’apercevoir qu’il s’agit d’un phénomène sociologique d’imitation de l’élite. Donc vous en êtes la cause directe. En conséquence, lorsque je vous ai fait remarquer ce que cette situation avait de dangereux en créant des rancœurs, vous m’avez répondu : « Ou pa ka komprann ayen, ou sé an zoreil, sé neg-la sé neg nou ».
Pourtant, bien que je n’ai jamais au grand jamais entendu de propos raciste dans la « famille », j’ai répété que votre refus sinon du mélange, du moins de la mixité raciale bloquait l’ascenseur social vers la reconnaissance, ascenseur qui aux Antilles comme partout sur la planète est malheureusement un ascenseur racial vers un type jugé idéal (et idéalisé) sinon supérieur. Oh il est vrai qu’il y eu quelques mariages « mixtes » avec quelques uns de ces mulâtres plus blancs que blancs, les Parfait, les Ozier-Lafontaine et consorts. Sur les trois dont j’ai eu connaissance proche, deux ont fini sur des échecs (on peut penser que la pression familiale et sociale des deux côtés n’y est pas pour rien) et le troisième s’est terminé par une exclusion en règle : plus de réception, plus de mariage, plus de soirées. Il me souvient d’un camarade Zoreil, centralien, brillant chef d’entreprise vivant au Cap-Est (Békéland) qui a brutalement décidé de quitter la Martinique sans raison apparente. Devant mon étonnement, mon patron de l’époque, un béké, m’avait expliqué qu’ayant épousé une femme guyanaise de couleur, ses enfants avaient partagé les jeux et les parties des petits békés du quartier mais qu’à douze ans, désormais, ils étaient exclus des « boum » et soirées pour des raisons évidentes.
Ainsi, les Martiniquais noirs, appelons un chat un chat, peuvent tout avoir matériellement sauf l’égalité sociale et on n’achète personne à coups de BMW... Je ne vous juge aucunement dans ce propos, et je sais que votre souci majeur est de protéger votre éducation, votre religion, votre mode de vie (et non votre « race » comme le disent quelques imbéciles... dont certains, parmi vous...) mais j’essaie de vous expliquer que l’arrogance du nèg’ n’est que le reflet déformé de la vôtre...
Beaucoup d’entre vous travaillent en Ville mais vivent à la campagne, et souvent dans des « ghettos » à l’envers ce qui a certainement augmenté l’autisme dont vous semblez victimes. Pourtant cette rancœur, ce racisme latent à l’encontre des blancs en général et des Békés en particulier étaient perceptibles par exemple dans l’évolution nocturne du centre ville foyalais. Alors que l’on pouvait sortir en boîte sans souci dans le quartier du canal, femmes comprises, les Week-end encore à la fin des années 80, c’est devenu un sport de moins en moins recommandable au fil des années et on ne peut tout mettre sur le dos du Crack... D’une manière plus générale, vous ne participiez plus et depuis longtemps à aucune manifestation populaire sous quelque forme que ce soit. Voulant vire caché vous avez alimenté un peu plus les phantasmes raciaux sur votre prétendu attitude de supériorité, alors que n’y répugniez que par craindre d’être pris à partie dans un comportement panurgesque de foule hostile......
D’un autre point de vue, je vous avait fait remarquer à de nombreuses reprises, qu’en abandonnant totalement le terrain Politique (à la retraite de Pierre Bally), associatif (et caritatif...) puis progressivement en comptant sur des hommes de paille dans les organisations socio-professionelles, vous vous mettiez en retrait de la vie publique et laissiez la place aux imbéciles, ce qui est toujours dangereux. Lorsque l’on n’est plus acteur de la Cité, on ne peut plus se défendre contre l’ostracisme. Enfin, lorsque j’ai quitté la Martinique en 2001, lassé entre autres par l’insécurité, la petitesse de l’île et des relations humaines, je vous ai prédit ce qui arrive aujourd’hui et vous m’avez répondu « on nous dit ça tous les 20 ans... ».
Quel aveuglement !
  Pour le présent, je suis encore stupéfait. Dans ton dernier mail, toi que je considère comme un garçon généreux et intelligent, scandalisé, tu m’envoies une photo accompagnée de la légende « notre ami Henri S. » a été extirpé de sa voiture lors de la contre manifestation et tabassé, sa voiture en grande partie détruite. Je jette un coup d’œil à la photo et je vois sur la rocade, au dessus de Trénelle, un magnifique VW Touareg à plus de 45000 € (et encore, le modèle de base..).Et lorsque je te fais remarquer ce que cette présence avec un tel véhicule dans un quartier misérable en proie à des troubles a de stupide et de provocateur, tu me réponds « il n’en a pas d’autre, sa femme roule en X5 ! ». Réponse en forme de boutade, réponse dérisoire qui accentue mon malaise et ma certitude que vous êtes comme le petit singe « rien dire, rien voir, rien entendre », qui accentue mon opinion de votre cécité intellectuelle et de votre arrogance morale d’avoir pour vous le bon Droit : mais que vaut le Droit face à la Révolution ?
Cela me renvoie à l’image du premier béké que j’ai vu en Martinique, bien avant que je ne sache qu’il deviendrait mon propre cousin par alliance, Monsieur Marcel F., à la Marina du François exhibant une liasse de billets de 500 Francs ( l’Euro était encore loin !) pour passer devant tout le monde à la station essence de la marina du François, et faire le plein de son 45 pieds (2 x 250 CV...) insoucieux des Zoreils stupéfaits qui le jugeaient et bien plus encore des pauvres Neg’ qui le haïssaient en secret tout autour....Il était « boulé » ? Probablement, mais « in vino veritas ! »....
Des exemples aussi parlants, au cours des vingt dernières années (celles que j’ai vu de mes yeux), j’en ai des dizaines et y compris des comportements d’exclusion vis à vis de zoreils, y compris vis à vis de moi-même, pièce rapportée, blanc de seconde zone...Un imbécile ne fait certes pas le printemps, mais l’accumulation de certains comportements, si...
  Pour le Futur ? Je répugne à jouer les Cassandre. Mais le bon sens me dicte un certain nombre de constatations. A entendre mes copains chefs d’entreprise, on peut évaluer que 10 à 15 % des sociétés qui mettront la clé sous la porte dans les quelques mois qui viennent. Sur celles qui sont solides, on peut penser que de 10 à 25% du personnel sera licencié ou verra son CDD non renouvelé. Au total, dans le privé on peut penser que de 8000 à 15000 emplois seront détruits par cette crise.
Un Tsunami social en résultera, d’autant plus que la crise mondiale n’est pas encore arrivée outre-mer, qui vit encore sur les votes de crédits publics et les financements de 2008... Essentiellement des emplois à faible qualification. Croyez-vous réellement que ces pauvres gens vont se retourner vers le « collectif » ou le « LKP » pour leur demander des comptes sur un gâchis pourtant orchestré par ces fonctionnaires ??? Non, ils vont écouter ces macoutes modernes qui leur diront : « sé vanjans bétché-a si ou pèd’ travay ou ».Vous êtes les coupables désignés idéaux (lire mon texte sur les békés, juifs antillais).
Et ils seront crus comme Mugabe a été cru lorsqu’il a expliqué sans rire que si les Zimbabwéens avaient faim c’était la faute des fermiers blancs, et que s’ils avaient le choléra c’était la faute des pays occidentaux qui l’avaient répandu. Oui le principe philosophique du « rasoir d’Occam » s’applique parfaitement dans la manipulation des masses : en période de crise, toutes choses étant égales, l’explication la plus simple est toujours la meilleure...
Si j’étais encore en Martinique, je prendrais mes dispositions pour partir, et pour partir vite. Si vous croyez une seule seconde que l’Etat Français vous protègera, vous rêvez. Vous n’avez pas conscience du puissant lobby « neg’zagonal » (Thuram en tête par exemple) qui vous hait sans vous connaître et qui fort de son quasi million de membre fait pression sur des médias ultra-complaisants qui ne vous haïssent pas moins, lesquels font à leur tour pression sur un pouvoir qui pour le moment ne vous connaît pas, mais que vous gênez dans son programme d’inaction.... à mon avis, désormais, vos jours sont comptés. Reste-t-il un espoir ? Peut-être. Celui de fonder un parti pluriethnique du genre « Matn’ik ensemb’ » ou « aveni’ tout’ moun », militer pour une autonomie très élargie (avec une refonte des institutions pour une assemblée unique) ou vous participerez à la reconstruction de votre pays d’un point de vue politique et pas seulement économique.... Et surtout n’oubliez pas que dans notre religion, le pardon se demande et qu’il ne s’obtient que si l’on s’engage à se réformer. Réformez-vous pour ne pas disparaître. Ce n’est pas une alternative, c’est un ultimatum de l’histoire.
Fais suivre ce texte si tu le juges pertinent. Garde-le pour toi si tu le juges idiot.
Bien à toi,
Christophe GUYON

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