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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 16:02
TONY DELSHAM INVITE PAR LE CHEF DE L’ÉTAT

 

Mercredi 18 mars, au Palais de l'Élysée,  une huitaine d’Antillais,   vivant aux Antilles ou en France, acteurs du monde sportif, littéraire, ou cinématographique  ont été reçus par le Président Nicolas Sarkozy. Il s’agissait  pour celui-ci  de compléter sa connaissance des  Antilles hors des canaux habituels politiques, syndicaux et administratifs. C’est  la raison donnée aux invités.  Protocole strict, pas de photographe, pas d’enregistrement.

Tony Delsham faisait partie des invités. Lu sur le site martinique-editions.com.

 

 

Vous avez donc été invité à un déjeuner par le Président, comment s’est enclenchée cette invitation ?

Tony DELSHAM : J’ai été le premier surpris, puis je me suis rendu compte que parmi les conseillers pour l’Outre-mer du président, j’ai des lecteurs qui connaissent et apprécient mes écrits. C’était au départ un déjeuner sans tapage qui aurait dû passer inaperçu. Au matin de mon retour pour la Martinique, mon contact m’apprit qu’un communiqué serait remis à la presse. Alors j’ai décidé d’en parler, chez moi à la Martinique.

Qu’avez-vous dit au président ?

Tony DELSHAM : Si vous me demandez si je suis satisfait de  cette rencontre avec le président de la République,  ma réponse est non. En fait, je n’eus que le temps  d’amorcer mon discours, quant à ma vision d’une Martinique acceptant le Devenu et  enfin débarrassée des pesanteurs d’un passé qui, en 2009, se vit  au présent.

Certes, je lui ai dit, qu’à mon avis,  Février 2009 est le troisième moment  important de l’histoire de la Martinique, par le simple fait que le contact, qui pour l’heure se traduit par un  affrontement  entre descendants d’esclaves et descendants d’esclavagistes, stoppé dès 1946,  semble rétabli.

Certes, je lui ai  affirmé que le premier moment de notre histoire est le 22 Mai 1848 date où l’esclave libéré choisit le concept de la Révolution Française, Liberté, Egalité, Fraternité.

Certes, je lui ai remis en mémoire   le dernier message d’Aimé Césaire qui, au cours de l’un de ses déplacements à la Martinique, l’avait ainsi interpellé : « La Liberté…oui. Mais l’Egalité …j’attends encore ! Quant à la Fraternité … »

Mais, à l’évidence,  le Président Nicolas Sarkozy est parfaitement informé des problèmes de la Martinique, des bobos de la Martinique. Son invitation était donc, me semble-t-il,   recherche du petit plus  qu’il n’a peut-être   trouvé, ni dans le discours politique, ni dans le discours syndical, ni dans les rapports des services de l’Etat.

Ce petit plus l’a-t-il trouvé ?

Tony DELSHAM : Je n’en sais rien, il a beaucoup écouté, donnant parfois son point de vue, confiant ce qu’il ambitionne de faire, ce qu’il fera.  Parmi les suggestions, l’un des invités a souhaité une vaste opération dans les médias où, de façon pédagogique, on expliquerait  à la France l’importance  des D.O.M. Finalement, c’est à lui qu’il faudrait poser cette question. Avait-il d’autres intentions comme l’affirment certains médias aujourd’hui ?  Je n’en sais rien et, finalement, ce n’est pas mon problème !

Et, qu’auriez-vous dit de plus si vous en  aviez eu le temps ?

Tony DELSHAM : J’ai conclu mon intervention en soulignant, qu’à mon avis, rien ne sera possible en Martinique, quelles que soient les mesures prises, si l’égalité des chances n’est pas au rendez-vous et, surtout, si les différentes composantes de l’identité martiniquaise continuent à n’être que des voisins en querelle de  voisinage. On ne construit pas d’immeuble sur des fondations pourries,  je pense qu’il faut d’abord régler  le lourd contentieux historique   divisant  les Martiniquais qui, au 21° siècle, n’ont pas fait le deuil de la douleur. Alors,  j’aurais aimé  avoir dit au Président   la nécessité d’un acte fondateur. Un acte fondateur reconnu par tous, notamment par la République. Je pense que la célébration de cet acte fondateur doit être le  22 Mai, point de départ de ce que nous sommes aujourd’hui. Le 22 Mai, véritable charte,  cesserait  d’être  mur de lamentations et  résumerait : nos souffrances et notre triomphe  sur une époque barbare, l’adhésion des nouvelles générations de békés  au dépassement de cette tragédie de notre parcours,  mais, également et surtout,  la reconnaissance par la capitale française de notre identité, de notre martinicanité. Cette proposition a été faite en 2005 dans mon essai « Cénesthésie et l’urgence d’être » Dès le 22 Mai suivant  en 2006, et jusqu’à aujourd’hui,  le maire de Fort-de-France reçoit  une délégation de Békés à la Place Abbé Grégoire. Hélas, sans éclat particulier, sans signification particulière. Le 22 Mai est encore mur de lamentations et non réussite de la formation d’un peuple né d’une traçabilité  historique des plus limpides, soudé par une convergence d’intérêts, regardant enfin dans la même direction et affrontant sereinement les problèmes de classes,  et non plus de races.


Propos recueillis par Mike Irasque, pour  le journal  « ANTILLA »

 

Voir le site : martinique-editions.com 

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André-Jean Vidal
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