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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 22:11
JACKY DAHOMAY N'IRA PAS AUX ÉTATS GÉNÉRAUX

Jacky Dahomay rappelle une nouvelle fois qu'il n'ira pas aux Etats Généraux. Il dit pourquoi.

Je suis profondément surpris par l’annonce qui a été faite, le vendredi 27 mars sur RFO, précisant ma participation aux Etats généraux décidés par le Gouvernement. Je dirai même plus : je suis indigné par cette manière d’utiliser mon nom contre mon consentement, quoique je ne puisse dire d’où vient une telle erreur.

Précisons donc les choses : je suis contre la tenue immédiate de tels Etats généraux, ces derniers me paraissant effectivement précipités dans la conjoncture actuelle. Je l’ai dit publiquement une première fois lors d’une émission télévisée sur RFO, lors d’un débat opposant sur cette question M. Chicot (lequel défendait la nécessité de telles assises) et moi. Même si j’ai dû quitter l’émission pour des raisons de santé j’ai tout de même eu le temps d’exprimer clairement ma position. Une deuxième fois, à RFO radio le lundi 16 mars j’ai eu encore tout le loisir de développer mon point de vue.

Mais ce qui me semble tout à fait incompréhensible concernant cette annonce que je déplore, c’est que le vendredi 20 mars, le Secrétaire de la Préfecture m’a appelé pour m’informer que le Préfet Samuel désirait que je participe aux Etats généraux, notamment que je préside une commission relative à l’identité. Je lui ai dit clairement mon désaccord. Cinq jours après, M. Samuel m’a téléphoné pour solliciter ma participation. Nous en avons longuement discuté, il m’a exposé les raisons de l’Etat,  les préoccupations du président Sarkozy notamment. J’ai eu là encore tout le temps pour lui exprimer mon désaccord. Pour toutes ces raisons, il me semble tout à fait inadmissible  qu’on m’associe ainsi publiquement au déroulement de ces Etats généraux. J’ai toujours pour habitude d’exprimer le plus clairement possible , en Guadeloupe comme ailleurs, mes accords et désaccords. N’étant pas un homme politique mais un simple intellectuel guadeloupéen –si on veut bien m’accorder ce titre- je n’ai pas l’obligation de soigner un électorat, de caresser l’opinion dans le  sens du poil, ce qui m’enlève toute gêne dans l’expression publique de mes convictions.

Je profite toutefois de cette mise au point pour développer brièvement ma position. Il y a plusieurs manières de concevoir des Etats généraux. Il y a des Etats généraux de la presse, des Etats généraux de la chasse. Il y a même eu, si je m’abuse, des Etats généraux du rhum. Il concerne tous une catégorie professionnelle ou un domaine d’activité. Ce sont des Etats généraux partiels. Mais il y eu aussi historiquement les Etats généraux ayant donné le coup d’envoi à la révolution française de 1789. Ceux-ci ont donc été globaux parce qu’ils ont concerné la société française toute entière dans une visée de transformation radicale mettant fin à l’Ancien régime. Il me semble –et je l’ai dit à M. Samuel- que si Etats généraux il devait y avoir en Guadeloupe, ils devraient être de cette dernière sorte. Le Préfet m’a confirmé que dans la conjoncture actuelle, l’Etat ne pouvait entreprendre que des Etats généraux partiels, vu l’urgence des questions à régler et que le Gouvernement espérait en venir à bout avant les élections européennes. Toute légitime que puisse être les préoccupations de l’Etat, j’ai répondu au Préfet que pour moi, depuis la départementalisation de 1946, c’était la première fois que nous assistions dans notre pays à une si forte contestation qui, au-delà de la question  sociale, exprimait quelque chose de fondamental quant au devenir de la Guadeloupe. Le problème n’était donc pas simplement historique mais historial, du moins est-ce l’expression qui m’est venue à l’esprit, à tort ou à raison. De surcroit, quelle peut être la valeur ou la pertinence de tels Etats généraux sans la participation de LKP, moteur tout de même de ce grand cyclone social qui a secoué notre pays ? Cela aussi je l’ai dit au Préfet Samuel. Nous nous sommes quittés sur de tels désaccords malgré cet échange téléphonique fructueux. J’ai simplement dit au Préfet que malgré mon opposition, si toutes les parties concernées étaient toutefois d’accord pour participer aux Etats généraux, je reviendrais sur ma décision car l’apprenti philosophe que je suis ne peut décider seul, de son bureau, de l’évolution historique de sa société.

Il y d’autres raisons, plus profondes, de mon opposition à la tenue actuelle de ces Etats généraux. Je m’explique. Dès le début de la grève générale, malgré mes réserves exprimées clairement dans mon article Que voulons-nous Guadeloupéens ? j’ai perçu dans le mouvement initié par LKP, à tort ou à raison, deux forts aspects positifs. Le premier consiste en une sorte de mise en branle de la société civile guadeloupéenne. Comme si, une volonté guadeloupéenne inédite cherchait là à se faire entendre. Volonté qui s’exprimait de façon première c’est-à-dire surtout dans le sentiment même si les revendications sociales elles, étaient défendues de façon parfaitement rationnelle. J’ai noté aussi une autonomisation de la  société civile, ce qui me paraissait important pour notre pays. Je reste encore persuadé que toute évolution sociétale pour la Guadeloupe doit passer par ce renforcement de la société civile car nous ne sommes ni en 1789, ni en 1917 ni même à l’époque des grands mouvements de décolonisation car nous vivons dans un pays où fonctionnent la liberté de parole, de manifestation en somme les libertés démocratiques fondamentales. J’attendais toutefois que l’on passât à une volonté plus rationnelle nécessaire à la clarté du vouloir et cela n’est pas possible sans le développement d’un authentique espace public respectant l’éthique de la discussion. Le deuxième point fort du mouvement, c’était pour moi sa dimension internationaliste. Dans la crise mondiale actuelle qui n’est qu’à ses débuts, la Guadeloupe semblait annoncer une voie originale de  contestation de l’ordre néolibéral. D’où l’extrême attention dont elle a bénéficié  l’extérieur. Sur ces deux points, le mouvement initié par LKP m’a vraiment déçu. Il m’appartient dans l’avenir d’exprimer clairement et honnêtement mes divergences avec les dirigeants de LKP mais dans un climat plus serein et plus constructif, ce qui ne me semble pas être le cas pour le moment.

En résumé, pour moi il y a trois étapes dont il faut respecter la temporalité : 1) continuer à développer la société  civile, dans toutes ses composantes pour la clarification d’une volonté guadeloupéenne. 2) Tenue d’Etats généraux 3) Elections car la société civile ne peut se substituer définitivement à la représentation politique issue des urnes. Je m’oppose sur ce dernier point à tous ceux qui sont encore dans la logique du Grand soir.

Voilà. J’espère avoir été clair mais le débat reste ouvert.

Jacky Dahomay

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André-Jean Vidal
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