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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 22:12
DE LA DEPRECIATION ACTUELLE DE L’EDUCATION UNIVERSITAIRE SUR l’ORIGINE DE LA CRISE

La crise en français, le credit crunch en anglais. La première est une
expression d’ordre médical, la seconde est d’ordre financier, mais aussi
psychologique et moral.
La krisis (du grec), ni bonne ni mauvaise, est le moment de vérité lorsque nous
attendons le résultat, positif ou négatif, d’une situation malsaine, ne pouvant
savoir ce qui adviendra. Durant ‘la crise’ (ou la dépression) actuelle, nous ne
savons pas, ne pouvons pas savoir, quel en sera le résultat. Un modèle a sans
doute été abandonné et nous attendons la construction d’un autre.
Le crédit n’est pas uniquement un terme financier. Il désigne aussi cette
confiance (du latin : credere, croire, avoir confiance) sur laquelle il est fondé.
Car nous ‘faisons crédit’ seulement à une personne digne de confiance,
‘solvable’ (credit-worthy en anglais). Ceux qui confient leur argent à une
banque croient que leurs fonds sont immédiatement accessibles et cela dans
tous les cas de figure ; ils ont foi dans la valeur intrinsèque de l’argent
fiduciaire (du latin : fiducia, confiance), tels des billets de banque, appuyés sur
des promesses (I PROMISE TO PAY THE BEARER écrit sur les billets en
sterling), appuyés par des gouvernements, eux-mêmes parfois soutenus par
une foi en Dieu : IN GOD WE TRUST sur le dollar U.S.
Y a-t-il quelque chose de naïf dans l’idée de faire confiance, dans l’idée d’avoir
foi en quoi que ce soit ou en qui que ce soit au-delà de soi-même? Il semble que
nous avons besoin de pouvoir faire ce ‘saut de foi’, de pouvoir prendre ce
risque. La vie sociale collective, un aspect important de ce qui définit
l’humanité, ne serait pas possible sans la confiance. Cette chose fragile, une
fois perdue, est difficile à récupérer, peut ne jamais être récupérée.
La crise a discrédité plus que des individus, traders ou banquiers. Elle a
discrédité les élites, les institutions (Trust funds, banques de crédit), les
gouvernants, les partis politiques, les intellectuels, qui ont construit, maintenu, 
et fait vivre cette idéologie néolibérale.
II
LE MOMENT NEOLIBERAL
Le “moment néolibéral” est probablement passé. Il a perdu tout crédit. Nous ne
faisons pas confiance à sa monnaie idéologique.
Les gens étaient venus à croire au projet néolibéral qui plaçait l’économie au
centre de la société, qui niait même l’existence de la société (à l’instar de
Madame Thatcher), la remplaçant par la masse d’individus économiques,
chacun s’occupant de son intérêt propre. 
Car le néolibéralisme n’était pas seulement une hyperactivité impatiente,
agressive, orientée vers le court-terme : un Etat entrepreneurial minimal, car
‘nocif ou inutile’ (des recettes basses, le secteur public réduit en taille et en
ambition), le marché comme régulateur absolu (la dérégulation financière pour
permettre aux capitaux de circuler, la libéralisation des flux de produits
commerciaux), l’individu rationnel responsable de ses actes (dont son ‘choix’
d’être chômeur, d’un niveau élevé d’emprunt personnel), etc….
Les chefs idéologiques, tels Von Hayek et Friedman de l’université de Chicago,
avaient une notion radicale de la liberté qui instruit les libéraux. Pourquoi ne
puis-je devenir dentiste sans un diplôme officiel qui reconnait le fait d’avoir
terminé avec succès une formation appropriée (si je suis un mauvais dentiste
je n’aurai bientôt plus de clients) ? ; pourquoi devrais-je porter une ceinture de
sécurité si je ne veux pas (c’est ma vie) ? ; pourquoi ne devrais-je pas vendre
l’un de mes poumons au plus offrant sur Internet (ce sont mes affaires) ;
pourquoi ne devrais-je pas acheter et vendre des enfants lorsque tant de
couples veulent adopter ? Ces questions, difficiles, au sujet de l’intérêt privé ou
de la liberté individuelle, et de la légitimité de limites publiques à leur égard, ont
souvent émergé du contexte de la Guerre froide qui prit fin en 1989-1991. 
III
UNE ‘RUPTURE’ DE LA BULLE NEO-LIBERALE FRANCAISE ?
Les politiques du Président et du gouvernement français, construites durant
les dernières années néolibérales, devaient représenter une ‘rupture’ décisive
avec le système français précédent moins franchement enthousiaste à l’égard
du modèle ‘Anglo-Saxon,’ en dépit de ses rapprochements avec ce dernier
depuis 1985 (début du démantèlement du contrôle des échanges et de la
déréglementation des marchés, par l’institution du marché à terme des
instruments financiers-Matif, par l’unification des marchés monétaires et leur
ouverture aux ménages, entreprises, banques, par la création des obligations
assimilables au Trésor-OAT…). Cependant, le projet présidentiel néolibéral de
2007 est évidement mal ajusté aux conditions de 2009.
Le discours a changé quelque peu durant les derniers mois. Les ‘réformes’
néolibérales passées et actuelles du gouvernement français sont vaguement
drapées dans ce que le magazine américain Newsweek a identifié comme un
vocabulaire néo-marxiste (‘We are all Socialists now,’ February 7, consulté le
25 février 2009 sur newsweek.com/id/183663/page/1). Time magazine note que
le Président Sarkozy manie à présent le bâton de Marx contre les excès du
Capitalisme (dans Les Echos du 29 janvier 2009 sous le titre ‘Nicolas Sarkozy
héritier de Karl Marx’).
Un changement de discours peut représenter une première étape vers des
mutations de politique plus radicales. Cependant, de nouvelles politiques sont
nées à partir de nouvelles idées. Un système d’idées, une idéologie, nécessite
des années de fabrication et d’assimilation. Il est compréhensible que les
vieilles idées meurent de manière difficile et ont tendance à informer l’action
hâtive du gouvernement français en ce moment. 
En même temps que le gouvernement français agit de manière inconsidérée
sans les fondements d’une pensée renouvelée, bien mûrie, et à long terme, il
tente de protéger et de soigner les nombreuses ‘ruptures’ néolibérales qu’il a
introduites entre mai 2007 et la crise néolibérale présente. Le discours ne peut
pas cacher l’incohérence de fond, le manqué fatal d’unité. 
IV
LE MARCHE DE L’EDUCATION
Les projets du gouvernement français actuel à l’égard de l’éducation, de la
maternelle jusqu’à l’université, viennent du bagage idéologique de la pré-crise,
lorsque N. Sarkozy fut élu afin de créer la ‘rupture’ qui permettrait à la France
de la ‘vieille’ Europe de rattraper le modèle ‘Anglo-Saxon’.
Dans une perspective néolibérale, l’éducation est un service destiné à être
transféré aux mains des entrepreneurs privés. En 2000, selon l’UNESCO,
‘l’industrie’ de l’éducation valait 2 mille milliards de dollars. La plus grande des
650 institutions de l’éducation supérieure à but lucratif des Etats-Unis,
l’Université de Phoenix, Arizona, emploi 285 personnel à plein temps, 17 000 à
temps partiel (Kathleen Lynch, ‘International League Tables and rankings in
higher education : an appraisal’, in The Transformation of higher education in a
global era, Université du Littoral, colloque 2007, à paraître ; les citations
suivantes proviennent de la même source).
Selon les néolibéraux, ‘la confiance [c’est nous qui soulignons ici et par la
suite] dans l’intégrité professionnelle [des enseignants-chercheurs] et dans le
contrôle par les pairs’ devait être ‘remplacée par des indices de performance’.
‘La vie des étudiants [était] dirigée de plus en plus vers l’intérêt personnel et
l’acquisition de qualifications’ [en anglais credentials, du latin : credere, croire].
Le gain escompté était les profits. La perte potentielle était de ‘compromettre la
confiance du public dans l’intégrité académique de la recherche et de
l’enseignement universitaires.’
V
FAISANT CONFIANCE A L’UNIVERSITE
Quel crédit est accordé à l’université, quelle confiance ? Si nous pouvons
croire aux sondages, le public en France garde confiance dans ses
chercheurs, ses enseignants, mais moins dans ses élites dirigeantes. Par
exemple, une enquête présentée lors du Forum Mondial de Davos 2009 indique
que les 4 475 personnes interrogées (représentatives du quart de la population
la plus riche, de niveau d’éducation universitaire, issues de 20 pays) avaient
perdu confiance dans beaucoup d’institutions et leurs dirigeants respectifs. En
France, 67% avaient perdu confiance dans les entreprises, 87% donnaient peu
de crédit aux dirigeants d’entreprises. Seuls 34% gardaient la confiance dans
les politiques. En tant que sources d’informations qui méritent confiance, les
médias en France reçurent en moyenne 39%. Aucune source d’information ne
gagna plus de 50% sauf les chercheurs universitaires et autres experts (59%).
Une certaine élite en France (à l’instar des autres pays représentés dans
l’étude) a perdu foi dans les institutions économiques, politiques, médiatiques
et leurs dirigeants. Elle croit uniquement à la production intellectuelle de ses
chercheurs et de ses experts. (A qui pouvons nous faire confiance ? ‘59% des
personnes interrogées âgées de 35 à 64 disent : […] un universitaire ou un
expert […] serait extrêmement ou très crédible,’ p. 14, in edelman.co.uk/files/
trust-barometer-2009.pdf, consulté le 23 février 2009).
Pourquoi dans ce cas la communauté universitaire accepterait-elle de bonne
grâce d’être ‘réformée’ par des dirigeants politiques en disgrâce, et cela d’une
manière qui selon toute probabilité la mènerait vers la perte de ce crédit, de
cette confiance dont elle bénéficie? Pourquoi voudrait-on que le public français
soit soupçonneux et défiant à l’égard de l’éducation, de la formation, de la
recherche, autant qu’il l’est du gouvernement, de la finance, du monde des
affaires, des médias? Et à un moment où il existe par ailleurs si peu
d’institutions considérées comme porteuses d’espoir ?  
VI
UNE PAUSE POUR REFLECHIR
Personne ne sait, personne ne peut savoir, où mènera la crise actuelle, ce qui
remplacera le modèle néolibéral effondré, quels choix politiques, quel modèle
de développement (humain), quel paradigme, seront choisis. Un jeu avec ses
règles a été abandonné, un autre reste à inventer, avec ses nouvelles règles.
Certains néolibéraux arguent que le problème n’a pas été trop de dérégulation
mais trop peu. Cependant, dans l’immédiat, il paraît improbable que soit adopté
un néolibéralisme encore plus radical qui pousserait plus loin encore la logique
du libéralisme économique classique.
La hâte insistante avec laquelle le gouvernement français tente de créer une
nouvelle ‘rupture’ dans le système éducatif est étonnante. Face à un niveau
élevé d’incertitude au sujet du contexte à venir, avec tant de variables
inconnues, une telle hâte n’est-elle pas irresponsable ?
Dans l’immédiat, la communauté universitaire ne devrait pas s’empresser de
coopérer avec le gouvernement, ni suivre avec enthousiasme les actions
‘aveugles’ de ce dernier qui, dans l’absence de vision neuve, tient à des
souvenirs de ce qui est maintenant du passé. La communauté universitaire
devrait prendre du recul, observer, discuter, questionner, proposer des
alternatives. Elle ne devrait pas permettre au gouvernement de profiter du
choc de l’effondrement du crédit afin d’imposer des ‘réformes,’ qui seraient
peut-être mal adaptées à la nouvelle configuration économique et politique
globale à venir, qui nécessiteraient en conséquence d’être ré-réformées
bientôt.
VII
QUEL SERVICE PUBLIC ?
En dépit de ce que beaucoup ont fini par croire, la France ne présente guère
l’exemple d’une nation en déclin, sauf en comparaison avec sa situation au
XVIIIe siècle lorsqu’elle comptait 20% de la population de l’Europe. La France
reste l’un des meilleurs modèles d’une société humainement réussie. L’un des
ingrédients de ce succès est le niveau et la qualité du service public, de
l’infrastructure publique, de la recherche et de l’innovation publique, c’est-à-
dire d’une forme de richesse et de risque partagés.  
Peut-être parce que le secteur public existe afin d’aider à partager les risques
de la vie associés à l’enfance et à la vieillesse, l’infirmité et la mauvaise santé,
le chômage, la pauvreté, le logement, les tempêtes et les inondations? Ou
parce que le service public existe afin de travailler pour le moyen et le long
terme et non pas uniquement pour le présent immédiat : afin d’organiser
l’espace municipal, d’autres espaces publics, et les liens entre eux ; afin de
protéger et d’améliorer l’environnement de tous ; afin de développer et de
coordonner le transport et la santé ; afin d’encourager la recherche, en
réponse à nos questions mais aussi à celles qui concerneront nos enfants et
nos petits-enfants ?
Peut-être le secteur public montre à quoi peut servir un système
démocratique ? (pourquoi un système ‘démocratique’ inspirerait-il autrement la
confiance de ses citoyens ?) Peut-être le secteur public existe pour les moins
puissants, les moins riches, au moins autant que pour les puissants et les
riches, les ‘self-made’ hommes et femmes? Parce que la liberté a besoin de
l’égalité afin de créer la communauté fraternelle ?
L’objectif d’une vie humaine pleinement épanouie n’est pas ou ne devrait pas
être seulement économique. Des indices de bien-être humain ou de bonheur ou
de développement humain ont été proposés comme étant plus complets qu’un
indice uniquement orienté vers l’économie, tel le Produit National Brut. Car
mettre l’économie au centre de l’existence humaine mène seulement à la
question combien (de profit), et non aussi pourquoi : quelle qualité de vie.  
La plupart des français serait d’accord que l’argent ne peut tout acheter :
l’amour, l’amitié, par exemple. Ils seraient probablement d’accord aussi avec
l’idée qu’un individu isolé, rationnel, calculateur, du genre homo economicus,
est moins pleinement développé, et tristement pathologique, lorsqu’il est
rencontré (rarement) dans la vie réelle des relations humaines.
On trouvera là, peut-être, la fondation pour une ‘réforme’ du secteur public : la
tentative explicite par les membres du secteur public d’être des serviteurs du
public, de servir le public avec une attention bienveillante ; avec un sens de la
qualité potentielle d’une relation qui n’est pas fondée ultimement sur des
critères commerciaux ; avec un sens élevé de la chose publique, la res
publica ; avec un sens avancé de l’utilité, du niveau élevé de civilisation, de la
valeur, de travailler pour la communauté qui partage une histoire et un avenir.
Des serviteurs publics au service de la communauté que constitue la 
République : l’idée était devenue presque ridicule durant la période néolibérale
lorsque le secteur public était l’ennemi intérieur, le ‘mammouth,’ avec son trop
plein de ‘gras’ ; lorsque les usagers étaient devenus des ‘clients’ ; lorsque le
salaire social, qui mutualise beaucoup des risques de la vie, était devenu des
‘coûts sociaux’ que les gouvernements cherchaient à réduire en faveur des
entreprises et du sacrosaint intérêt des (grands) actionnaires ; lorsque les
impôts qui permettent la création de tant de richesses et de prospérité
publiques étaient perçus comme un fardeau non justifié dont devaient être
protégés les individus les plus prospères ; lorsque le secteur public était pour
les losers, le secteur privé pour les battants et les gagnants.
Si le secteur public travaille dans le sens du bien public, le bien commun de la
nation, alors le serviteur public tend à travailler pour l’intérêt national. Non pour
un gouvernement ou un président particulier et de passage. En fait, ces
derniers sont eux-mêmes des serviteurs de la République (et non des patrons)
choisis pendant une période limitée afin d’interpréter les meilleurs intérêts de
la nation.  
N’est-il pas dans l’intérêt de la nation que le plus grand nombre possible de ses
citoyens ait le niveau le plus élevé d’éducation, de formation, de santé, de
protection, d’aide durant des périodes de difficulté ? Une telle masse de
citoyens, bien éduqués, bien formés, en bonne santé, confiants, sachant qu’ils
appartiennent vraiment à une communauté qui partage un destin, tendra vers
une société humainement florissante dans toutes ses facettes, non seulement
économiques, non uniquement financières, ou matérielles. 
VIII
QUELLE EDUCATION PUBLIQUE?
En qualité d’enseignants à l’université nous ne sommes pas les serfs de nos
étudiants; ceux-ci sont des citoyens comme nous-mêmes, nos égaux en
dignité. Ils ne sont pas nos clients, nos chalands; nous n’avons rien à leur
vendre. Ils sont membres de la communauté que nous servons. Nous les
aidons à avancer comme on nous a aidés, vers ce qui leur permettra de
s’épanouir pleinement en tant qu’êtres humains, notamment en esprits
informés, critiques, capables de comprendre des sujets complexes. Nous
devrons être fort satisfaits d’enseigner notre public, les plus avancés, les plus
mûrs, les plus jeunes qui chancèlent lors de la transition vers l’université, en
visant à les aider tous à avancer aussi loin qu’ils le peuvent et qu’ils le veulent.
L’enseignement n’est pas une punition comme il est sous-entendu dans les
projets du gouvernement. En notre qualité de chercheurs, de penseurs
professionnels, nous devons réfléchir non seulement à nos objets de
recherche mais aussi à notre façon d’enseigner.
Nos collègues, personnel ‘non enseignant,’ ne sont pas que des ‘fournisseurs
de service’ à notre égard. La bibliothèque, l’administration, les services
techniques, ne sont pas périphériques à la communauté universitaire mais font
partie de cette communauté ; ils ne représentent pas de la ‘graisse’ à être
enlevée, ‘outsourcée’.  
Nous devons être conscients que le système éducatif est un ensemble. Ce qui
porte préjudice à un niveau le fait aussi à d’autres niveaux. Nos collègues des
niveaux Primaire et Secondaire de l’Education Nationale sont responsables
pour la préparation de ceux qui deviendront nos étudiants, notre responsabilité,
notre public à servir, dans les années à venir. Ce qui dessert ces collègues et
leurs élèves desservira l’ensemble de la communauté universitaire. De la
même manière, les projets de ‘réforme’ du recrutement et de la formation des
futurs enseignants à l’université concernent directement les enseignants du
Primaire et du Secondaire actuellement en service. Ainsi que les élèves et
leurs familles.
La communauté universitaire n’est pas une opération coûteuse qui perd de
l’argent, mais un investissement national. Elle n’a pas besoin d’être une
entreprise à but lucratif (ce qui ne signifie pas qu’elle n’a pas à penser aux
coûts). Est-ce que la voie à suivre est celle des universités anglaises dont les
frais d’inscription seront de 3 225 £ pour l’année 2009-2010, mais qui arguent
pour une augmentation rapide jusqu’à 5 000 £ par an (Universities UK Report,
CRA International Consultancy, publié le 19 mars 2009, in news. bbc.co.uk/2/hi/
uk_news/education/7946912.stm, consulté le 6 avril 2009) ? Est-ce que le
chemin à suivre est d’externaliser le travail des collègues de catégorie C, ce
que paraît suggérer le Ministre responsable ? Est-ce que la voie d’avenir est de
donner à l’université davantage de responsabilités mais sans les moyens
financiers adéquats ? Ou de nourrir une douzaine de ‘champions’ et d’affamer
les petites universités? Ou de diriger chaque université par un ‘patron’ assisté
par des experts (en management, ressources humaines, comptabilité…) afin
de faire augmenter les marges de bénéfices ?  
IX
QUEL BOUC EMISSAIRE ?
Pas plus que les autres membres du Service Public, la communauté
universitaire n’a pas été gagnante durant la période néolibérale. Nous n’étions
pas les golden boys, les traders ; nous n’avons pas cherché à l’être. Nous
n’avons pas non plus cassé le modèle néolibéral : nous ne sommes pas
coupables.
Pas gagnants avant, devons-nous être traités de losers ou de boucs
émissaires à présent ? Les banques doivent-elles être soutenues tandis que
l’éducation en général, depuis la crèche jusqu’à l’université, est coupée, taillée,
‘réformée’, rendue davantage comme une entreprise, plus ‘profitable’? Les
serviteurs du public devraient-ils être montrés du doigt comme bénéficiaires
d’une ‘vie facile, hyper protégés,’ aux dépens de nouveaux chômeurs, des
nouveaux pauvres, du working poor, des victimes du projet fracassé de créer
une France Incorporated? Le Service Public est-il responsable? Le Service
Public devrait-il être critiqué, attaqué, fragmenté, réduit, puni ?
Bling bling : ‘le port ostentatoire d’objets chers tels des bijoux, des montres,
des lunettes de soleil de marque, des chaussures. Par extension du sens, tout
comportement ostentatoire impliquant des restaurants chers, des yachts et
des limousines, des vacances exotiques….’ Ceci fut le visage de la ‘réussite’
néolibérale, le visage sans vergogne de l’ère qui a commencé du point de vue
politique avec Reagan, Thatcher, Pinochet, et qui s’est terminée avec Bush,
Blair, et beaucoup de figurants enthousiastes de dernière heure.
Les membres de la Fonction Publique devraient refuser les attaques contre
leur travail et leur statut. Ils peuvent compter sur le soutien de leurs
concitoyens, car les français ont été moins convaincus des bénéfices du
néolibéralisme que d’autres nations. N’ont-ils pas rejeté ‘la concurrence libre et
non faussée’ en 2005 ?
X
UN HAPPY END ?
La crise du système économique est associée à celle du système politique : le
transfert du pouvoir de ce dernier et ultimement des électeurs, vers le
système économique, non plus contrôlé par, mais derrière les représentants
politiques, dictant les règles aux législateurs qui les convertissent en lois. Ceci
n’est pas la ‘démocratie’ des actionnaires. C’est la réduction de la démocratie
politique à des élections formelles périodiques de ‘chefs’, tous convaincus que
‘il n’y a pas d’alternative’ au néolibéralisme. Il s’agit de la confiscation de la
démocratie.
Ceci n’est pas inévitable, pas ‘naturel’. Le système en faillite fut décidé et
construit par des êtres humains, tels que feu les membres néolibéraux de
l’université de Chicago. Dans un état qui désire sincèrement devenir
démocratique (ce qui n’est pas une voie facile), il ne faut pas tenter de cacher
les choix politiques de la nation. De tels choix exigent un esprit de débat public,
ouvert, contradictoire, afin que les citoyens puissent décider en connaissance
de cause. Les élites peuvent vouloir contourner la démocratie, qui est une
contrainte, qui n’est pas parfaite, mais qu’il faudrait mieux tenter d’améliorer,
en tant que processus à adapter, toujours à réformer, et non une donnée
établie pour l’éternité ; en tant que faisceau d’éléments à entretenir sans fin,
selon l’époque, et non un objet monolithique à adorer.  La démocratie peut
reculer comme elle peut avancer. C’est un choix. Des choix.
Dans le sillage du néolibéralisme naufragé, qui n’est pas adapté aux eaux
dangereuses vers lesquelles il avait été dirigé, vers lesquelles nous avons été
dirigés, il devrait avoir une période de débat, intense, ouvert, national.  
Durant le débat autour du Traité dit ‘constitutionnel’ (2005) les citoyens
français se sont montré capables de débat intense, de discussion
encourageante d’un point de vue démocratique. Il y a une alternative au
néolibéralisme. Il existe des alternatives. Les idées discréditées doivent être
mises à l’épreuve, mises au défi. De nouvelles idées doivent être créées. De
nouveaux projets, de nouvelles actions, sortiront des nouvelles idées. La
communauté universitaire est l’un des plus importants fabricants d’idées.
Nous avons un rôle à jouer maintenant.
Et puisque l’élection d’un Président ne peut pas être considérée comme un
chèque en blanc, d’autant plus dans les circonstances actuelles, très
différentes de celles de 2007, et comparable par certains aspects à une
situation d’urgence nationale, le débat national devrait être suivi par le choix
par la nation d’un programme approprié de gouvernement, qui serait peut-être
le début d’une meilleur réponse à la crise, qui peut représenter une opportunité
non pas de détruire, mais de recréer, au-delà de la communauté universitaire,
la communauté imaginée qu’est la nation.
 

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André-Jean Vidal
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