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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 02:28
TRIBUNE

Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques

Il s’est passé le jeudi 7 mai à Basse-Terre quelque chose de grave que nous, citoyens guadeloupéens, ne pouvons tolérer et qu’il faut éclaircir.

Le président du Conseil Général, Jacques Gillot, avait décidé de réunir en Congrès les élus de la Guadeloupe en invitant aussi de nombreux acteurs de la société civile dont Elie Domota et le LKP. Voulant apparemment tenir compte des critiques souvent adressées aux élus, Monsieur Gillot –du moins telle était son intention clairement exprimée- espérait « donner la parole aux citoyens » les invitant à « construire ensemble un projet guadeloupéen de société », selon les termes même de l’invitation adressée à tous. Il s’agissait, selon le Président du Conseil Général, d’élaborer ensemble une méthode. Il précisait qu’il recherchait là une démocratie plus « participative ».

Quoi qu’on puisse penser de l’opportunité d’un tel congrès, de ses visées politiques voire politiciennes –et nous signataires de cette déclaration ne sommes pas tous d’accord avec l’option politique des  présidents Gillot et Lurel- nous tenons à affirmer solennellement que les représentants politiques démocratiquement élus du peuple guadeloupéen ont parfaitement le droit d’élaborer, comme ils l’entendent, leur stratégie politique. Leur refuser ce droit c’est porter atteinte aux libertés démocratiques du peuple guadeloupéen. Or, c’est exactement ce qui s’est passé à Basse-Terre : un acte dont la nature profonde a consisté à refuser aux élus le droit d’exercer leur mandat électif. Mais ce fut subtil. Subtil, car cet acte s’est déguisé pour éviter qu’il ne soit perçu pour ce qu’il est : une atteinte à la démocratie qui s’apparente à une insurrection. Les habits du déguisement ? Un certain usage du temps et de l’ordre : agir avant la tenue du congrès et faire mine de ranger la salle (prétendument occupée symboliquement) pour échapper au soupçon de l’antidémocratisme. Cette occupation tumultueuse  avec intimidation du personnel administratif et déplacement de sièges et de matériels nécessaires à l’organisation de la séance excluait de fait les participants. Un débat serein pouvant difficilement être conduit dans de telles conditions, l’annulation du Congrès par le Président du Conseil général s’imposait

Le LKP joue avec le feu sur une poudrière. Envahir le Palais du Conseil Général, lieu emblématique de l’exercice de la démocratie et cela depuis les lendemains de l’abolition de l’esclavage, en affirmant lancer un « avertissement » aux élus, constitue bel et bien une remise en cause de la légitimité électorale. Nous ne pouvons qu’attirer l’attention sur l’ambigüité du terme avertissement : prévention ou menace ?

Les dirigeants du LKP se justifient en déclarant qu’ils sont pèp-la, que c’est la rue qui gouverne et avouent qu’ils veulent remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe sous prétexte que la première serait « en panne ». Si en effet le vote n’est pas le tout de la démocratie, il en est le passage obligé, insuffisant certes, mais nécessaire. La question rectrice que nous posons au LKP : de quel droit ? La défense des travailleurs ne doit en aucun cas être attentatoire à la vie de la démocratie. Quand il décide d’envahir le palais du Conseil Général sous prétexte que la démocratie serait en panne, le LKP s’octroie un droit que le peuple souverain ne lui a pas confié. Il s’agit là d’un coup de force. Penser que la démocratie représentative est en panne est une opinion. On peut la partager ou pas. Envahir le palais du Conseil Général est un acte qui appelle une qualification. Commettre l’acte en s’autorisant de sa seule opinion est démocratiquement dangereux. Confondre imprudemment la foule et le peuple, prétendre incarner le peuple sans aucune médiation et sans aucune procédure collectivement élaborée et approuvée, voilà ce qui nous semble gravissime. Le cahier de revendications du LKP n’est pas la Constitution guadeloupéenne.

Beaucoup d’entre-nous avons soutenu les revendications sociales exprimées par le LKP et, aujourd’hui encore, on peut estimer que les revendications des travailleurs sont pour l’essentiel légitimes. Mais, avec ce triste événement de Basse-Terre, on est passé d’une revendication sociale et sociétale soutenue par une majorité de Guadeloupéens à une posture politique du LKP. Cette posture joue avec les principes fondamentaux de la démocratie et nous, simples citoyens guadeloupéens, soucieux de l’évolution positive de notre pays, quelles que soient les options politiques de chacun d’entre nous, unissons ici nos voix pour déclarer que ce jeu est dangereux. Il constitue une remise en cause voilée de ces principes démocratiques.

Donc, une ferme mise au point s’impose. Elle s’impose d’autant plus que cette remise en cause s’est avancée masquée dans l’hémicycle du palais du Conseil Général. Nous déclarons être profondément attachés aux principes démocratiques devant structurer la vie publique, l’exercice de la citoyenneté, toutes choses pour lesquelles nos ancêtres se sont battus. Seuls ces principes peuvent permettre non seulement un débat constructif et pacifique au sein de la société guadeloupéenne, mais plus important encore, sa propre survie.


Pour nous, la démocratie, c’est aussi bien la possibilité  de la liberté d’expression de toutes les opinions, fussent-elles minoritaires, le débat public, la représentation politique exprimée par le vote, ce qu’on appelle la démocratie représentative, que le droit aussi de manifester dans la rue son mécontentement. Mais un pouvoir social manifesté légitimement dans la rue –et quel que soit son succès- s’il peut renforcer positivement les choix politiques des élus, ne peut tenir lieu de pouvoir politique sauf bien sûr quand les conditions d’une vie politique démocratique ne sont pas réunies, ce qui n’est pas le cas dans la Guadeloupe d’aujourd’hui. Autrement, nous entrons dans une logique où l’autorité charismatique du leader ou du groupe l’emporte sur celle de la loi commune.

En conclusion, même si nous reconnaissons le droit qu’a LKP de faire avancer ses revendications, sans doute légitimes, nous condamnons fermement sa double prétention
 1- sa prétention à incarner à lui seul le peuple, tout le peuple, et ainsi à parler en son nom
 2- sa prétention à détenir un pouvoir directement issu de la rue et ainsi disqualifier la représentation politique. Cette disqualification ayant pour fonction de nier du coup la légitimité par le vote. Cette double prétention est grosse de toutes les dérives y compris celle de nous orienter vers le cycle mortifère de la violence et de la guerre civile ou affrontements graves entre Guadeloupéens. Est-ce l’intérêt de la Guadeloupe ? Assurément, non !

Parce que nous soutenons les luttes sociales tout en étant fermes sur les principes fondamentaux de la démocratie dans notre pays, nous tenions à mettre en lumière ce qui fait la gravité de l’événement de Basse-Terre.

Première signatures par ordre alphabétique :

Albina Tony (enseignant) ; Boucard Harry (enseignant) ; Boutin Raymond (historien) ; Cazimir-Jeanon René (Journaliste Honoraire) ; Comper Gaelle (universitaire) ; Dahomay David (enseignant) ; Dahomay Jacky (enseignant) ; Deriau-Reine Sonia (enseignante) ; Diman Delile (cadre à l’INSEE) ; Ducosson Dany (psychiatre) ; Hermantin Fred (Président de la ligue des Droits de l’homme de la Guadeloupe) ; Hermantin Evelyne (enseignante) : Lubeth Guy (enseignant) ; Maragnes Daniel (enseignant) ; Morton Claude (enseignant) ; Rolle William (Présidente le la ligue des droits de l’homme de la Martinique) ; Rovelas Jorge ; Reinette Pierre (Directeur des services au Conseil Général) ; Saad Christian (universitaire) ; Savanah Charles (enseignant) ; Toomiche Paul (ancien syndicaliste) ; Toumson Roger (universitaire)


Soutenons les luttes sociales mais défendons les principes démocratiques.



Il s’est passé le jeudi 7 mai à Basse-Terre quelque chose de grave que nous, citoyens guadeloupéens, ne pouvons tolérer et qu’il faut éclaircir.

Le président du Conseil Général, Jacques Gillot, avait décidé de réunir en Congrès les élus de la Guadeloupe en invitant aussi de nombreux acteurs de la société civile dont Elie Domota et le LKP. Voulant apparemment tenir compte des critiques souvent adressées aux élus, Monsieur Gillot –du moins telle était son intention clairement exprimée- espérait « donner la parole aux citoyens » les invitant à « construire ensemble un projet guadeloupéen de société », selon les termes même de l’invitation adressée à tous. Il s’agissait, selon le Président du Conseil Général, d’élaborer ensemble une méthode. Il précisait qu’il recherchait là une démocratie plus « participative ».

Quoi qu’on puisse penser de l’opportunité d’un tel congrès, de ses visées politiques voire politiciennes –et nous signataires de cette déclaration ne sommes pas tous d’accord avec l’option politique des  présidents Gillot et Lurel- nous tenons à affirmer solennellement que les représentants politiques démocratiquement élus du peuple guadeloupéen ont parfaitement le droit d’élaborer, comme ils l’entendent, leur stratégie politique. Leur refuser ce droit c’est porter atteinte aux libertés démocratiques du peuple guadeloupéen. Or, c’est exactement ce qui s’est passé à Basse-Terre : un acte dont la nature profonde a consisté à refuser aux élus le droit d’exercer leur mandat électif. Mais ce fut subtil. Subtil, car cet acte s’est déguisé pour éviter qu’il ne soit perçu pour ce qu’il est : une atteinte à la démocratie qui s’apparente à une insurrection. Les habits du déguisement ? Un certain usage du temps et de l’ordre : agir avant la tenue du congrès et faire mine de ranger la salle (prétendument occupée symboliquement) pour échapper au soupçon de l’antidémocratisme. Cette occupation tumultueuse  avec intimidation du personnel administratif et déplacement de sièges et de matériels nécessaires à l’organisation de la séance excluait de fait les participants. Un débat serein pouvant difficilement être conduit dans de telles conditions, l’annulation du Congrès par le Président du Conseil général s’imposait

Le LKP joue avec le feu sur une poudrière. Envahir le Palais du Conseil Général, lieu emblématique de l’exercice de la démocratie et cela depuis les lendemains de l’abolition de l’esclavage, en affirmant lancer un « avertissement » aux élus, constitue bel et bien une remise en cause de la légitimité électorale. Nous ne pouvons qu’attirer l’attention sur l’ambigüité du terme avertissement : prévention ou menace ?

Les dirigeants du LKP se justifient en déclarant qu’ils sont pèp-la, que c’est la rue qui gouverne et avouent qu’ils veulent remplacer la démocratie représentative par la démocratie directe sous prétexte que la première serait « en panne ». Si en effet le vote n’est pas le tout de la démocratie, il en est le passage obligé, insuffisant certes, mais nécessaire. La question rectrice que nous posons au LKP : de quel droit ? La défense des travailleurs ne doit en aucun cas être attentatoire à la vie de la démocratie. Quand il décide d’envahir le palais du Conseil Général sous prétexte que la démocratie serait en panne, le LKP s’octroie un droit que le peuple souverain ne lui a pas confié. Il s’agit là d’un coup de force. Penser que la démocratie représentative est en panne est une opinion. On peut la partager ou pas. Envahir le palais du Conseil Général est un acte qui appelle une qualification. Commettre l’acte en s’autorisant de sa seule opinion est démocratiquement dangereux. Confondre imprudemment la foule et le peuple, prétendre incarner le peuple sans aucune médiation et sans aucune procédure collectivement élaborée et approuvée, voilà ce qui nous semble gravissime. Le cahier de revendications du LKP n’est pas la Constitution guadeloupéenne.

Beaucoup d’entre-nous avons soutenu les revendications sociales exprimées par le LKP et, aujourd’hui encore, on peut estimer que les revendications des travailleurs sont pour l’essentiel légitimes. Mais, avec ce triste événement de Basse-Terre, on est passé d’une revendication sociale et sociétale soutenue par une majorité de Guadeloupéens à une posture politique du LKP. Cette posture joue avec les principes fondamentaux de la démocratie et nous, simples citoyens guadeloupéens, soucieux de l’évolution positive de notre pays, quelles que soient les options politiques de chacun d’entre nous, unissons ici nos voix pour déclarer que ce jeu est dangereux. Il constitue une remise en cause voilée de ces principes démocratiques.

Donc, une ferme mise au point s’impose. Elle s’impose d’autant plus que cette remise en cause s’est avancée masquée dans l’hémicycle du palais du Conseil Général. Nous déclarons être profondément attachés aux principes démocratiques devant structurer la vie publique, l’exercice de la citoyenneté, toutes choses pour lesquelles nos ancêtres se sont battus. Seuls ces principes peuvent permettre non seulement un débat constructif et pacifique au sein de la société guadeloupéenne, mais plus important encore, sa propre survie.


Pour nous, la démocratie, c’est aussi bien la possibilité  de la liberté d’expression de toutes les opinions, fussent-elles minoritaires, le débat public, la représentation politique exprimée par le vote, ce qu’on appelle la démocratie représentative, que le droit aussi de manifester dans la rue son mécontentement. Mais un pouvoir social manifesté légitimement dans la rue –et quel que soit son succès- s’il peut renforcer positivement les choix politiques des élus, ne peut tenir lieu de pouvoir politique sauf bien sûr quand les conditions d’une vie politique démocratique ne sont pas réunies, ce qui n’est pas le cas dans la Guadeloupe d’aujourd’hui. Autrement, nous entrons dans une logique où l’autorité charismatique du leader ou du groupe l’emporte sur celle de la loi commune.

En conclusion, même si nous reconnaissons le droit qu’a LKP de faire avancer ses revendications, sans doute légitimes, nous condamnons fermement sa double prétention
 1- sa prétention à incarner à lui seul le peuple, tout le peuple, et ainsi à parler en son nom
 2- sa prétention à détenir un pouvoir directement issu de la rue et ainsi disqualifier la représentation politique. Cette disqualification ayant pour fonction de nier du coup la légitimité par le vote. Cette double prétention est grosse de toutes les dérives y compris celle de nous orienter vers le cycle mortifère de la violence et de la guerre civile ou affrontements graves entre Guadeloupéens. Est-ce l’intérêt de la Guadeloupe ? Assurément, non !

Parce que nous soutenons les luttes sociales tout en étant fermes sur les principes fondamentaux de la démocratie dans notre pays, nous tenions à mettre en lumière ce qui fait la gravité de l’événement de Basse-Terre.

Première signatures par ordre alphabétique :

Albina Tony (enseignant) ; Boucard Harry (enseignant) ; Boutin Raymond (historien) ; Cazimir-Jeanon René (Journaliste Honoraire) ; Comper Gaelle (universitaire) ; Dahomay David (enseignant) ; Dahomay Jacky (enseignant) ; Deriau-Reine Sonia (enseignante) ; Diman Delile (cadre à l’INSEE) ; Ducosson Dany (psychiatre) ; Hermantin Fred (Président de la ligue des Droits de l’homme de la Guadeloupe) ; Hermantin Evelyne (enseignante) : Lubeth Guy (enseignant) ; Maragnes Daniel (enseignant) ; Morton Claude (enseignant) ; Rolle William (Présidente le la ligue des droits de l’homme de la Martinique) ; Rovelas Jorge ; Reinette Pierre (Directeur des services au Conseil Général) ; Saad Christian (universitaire) ; Savanah Charles (enseignant) ; Toomiche Paul (ancien syndicaliste) ; Toumson Roger (universitaire)



Pour signer la pétition, allez sur : link
www.mediapart.fr/club/blog/david-dahomay/110509/soutenons-les-luttes-sociales-mais-defendons-les-principes-democratiq#

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André-Jean Vidal
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