Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 23:18
Chlordécone : le « monstre chimique » des Antilles
Une rapport sur Les pesticides aux Antilles a été présenté, hier, aux parlementaires.
Des parlementaires réclament un renforcement de l'expertise scientifique sur les impacts sanitaires et environnementaux de la chlordécone, un pesticide utilisé pendant près de 20 ans aux Antilles et qualifié de « monstre chimique" »
De 1972 à 1993, cette molécule d'origine américaine a été épandue au sol pour protéger les bananes des charançons, en particulier après les fortes pluies ou le passage des ouragans.
Sa persistance dans les sols — jusqu'à sept siècles — et le risque de contamination des aliments ont justifié en 2008 l'adoption du Plan Chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, prévu sur deux ans pour évaluer l'importance de la pollution, ses impacts et comment s'en protéger.
Pour Catherine Procaccia, sénateur UMP du Val-de-Marne et Jean-Yves Le Déaut, député PS de Meurthe-et-Moselle, qui présentaient mardi leur rapport sur Les pesticides aux Antilles, bilan et perspectives d'évolution au nom de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, ce Plan devra absolument être poursuivi au-delà de la date initiale.

20% des surfaces agricoles contaminées
Selon eux, « au moins 20% des surfaces agricoles utiles » des deux îles sont contaminées par cette molécule ultra-robuste et résistante aux très fortes chaleurs.
« Bien qu'elle soit très peu soluble dans l'eau, la chlordécone part avec les sédiments auxquels elle est accrochée en cas de ruissellement », indique M. Le Déaut, docteur en biochimie. « En cas de très forte contamination, le mieux est de ne rien cultiver, sauf la banane », ajoute-t-il. Car la chlordécone n'inflitre les plantes par la racine que jusqu'à un mètre au-dessus du sol.
Mme Procaccia a tenu à souligner que l'eau du robinet était hors de danger, car le système de distribution a été équipé de filtres à charbon. Mais pour les deux rapporteurs, il est indispensable de pousser l'expertise sur la contamination des sols, et d'engager l'analyse des nappes phréatiques et surtout des milieux marins.
« La cartographie a été mal faite sur terre, les données n'ont pas été référencées ni numérisées, et elle n'a pas été faite du tout en mer. Or certains poissons et crustacés peuvent être contaminés », a-t-elle estimé en rappelant que ces protéines marines sont présentes dans l'alimentation quotidienne des Antillais.
Pour M. Le Déaut, « le système d'analyse en cours aux Antilles est trop lent et trop coûteux » qui implique d'envoyer les échantillons en métropole. « Il faut renforcer la science, la mise en place d'un pôle scientifique d'expertise aux Antilles ».
Les deux rapporteurs ont conduit leur mission pendant 18 mois et procédé à plus de 200 heures d'auditions auprès de plus de 120 témoins et experts.
« Cette molécule est un monstre chimique. Dans certains sols, sa rémanence est totale », conclut M. Le Déaut, qui appelle à pousser la recherche sur le traitement et la dépollution des sols.
Pour autant, cette pérennité n'implique pas d'évidence des conséquences sanitaires, jugent les rapporteurs.




Timoun et Karuprostate
Deux études épidémiologiques sont en cours: l'une, Timoun, s'intéresse aux conséquences neurologiques de l'imprégnation à la chlordécone. L'autre, Karuprostate, concerne l'éventuel lien entre imprégnation du sang par la chlordécone et cancer de la prostate; elle sera publiée en juillet.
Un cancérologue, le Pr Dominique Belpomme, avait publié récemment une étude alarmiste, mise en doute par ses pairs. Mais il a refusé d'être auditionné par les parlementaires, a regretté M. Le Déaut.

Partager cet article

Repost 0
André-Jean Vidal
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de André-Jean Vidal
  • : Revue de l'actualité politique locale
  • Contact

Texte Libre

Recherche

Liens