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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 14:48
L'exode de Cuba se poursuit 15 ans après la "crise des balseros"

Quinze ans après que 37.000 Cubains se furent lancés à la mer à bord d'embarcations précaires, nombre d'entre eux qui, comme "Amigo", ont survécu à un naufrage accrochés à une bouée, sont encore prêts à risquer leur vie pour émigrer aux Etats-Unis.

Assis sur le palier de sa maison humide de Cabañas, un village de pêcheurs à 55 km de La Havane, Alexander "Amigo" (ami) raconte qu'à l'âge de 15 ans, il avait réussi à convaincre ses parents de ne pas suivre ceux qui défiaient la mer pour rejoindre les Etats-Unis, au plus fort de la grave crise économique qu'a souffert Cuba à la chute de l'URSS en 1991.
Douze ans plus tard, le 23 décembre 2006, fatigué d'une vie de privations, il tentait lui-même de prendre la fuite à la faveur de la nuit avec son épouse Yunié et dix autres personnes.
"J'avais 27 ans et j'avais beaucoup entendu parler (des Etats-Unis). Je n'avais pas de travail et je voulais tenter ma chance", dit-il.
A 10 km de la côte, la barque a chaviré. Seule Yunié portait un gilet de sauvetage. "Je me suis mis en caleçon dans l'eau. J'ai beaucoup vomi et me suis déshydraté. J'ai cru que j'allais mourir".
Dix personnes, accrochées à des bouées, allaient être sauvées. Les deux autres n'ont jamais refait surface. "On nous a repêchés au matin. Je me rappelle chaque jour l'horreur de cette nuit", dit Alexander.

« C'était fou ! »

Située près du port de Mariel, point de départ de 125.000 Cubains en 1980, la localité de Cabañas a été au coeur de la "crise des balseros" qui a éclaté après une manifestation le 5 août 1994 à La Havane, la plus violente depuis la Révolution de 1959.
Une semaine plus tard, Fidel Castro ordonnait aux gardes-frontières de ne plus s'opposer aux départs clandestins, accusant Washington de les encourager. Ce qui avait provoqué un bouillonnement d'activités à Cabañas.
"C'était fou. On vendait de l'eau, de la nourriture, des gris-gris pour les gens qui voulaient partir. On échangeait des motos, des voitures et des maisons contre un radeau", se rappelle Antonia Falcon, une retraitée de 66 ans.
Son mari Pedro, 70 ans, critique lui "ces aventuriers qui ont oublié ce que la Révolution leur a donné". "Beaucoup sont arrivés à bon port, mais beaucoup d'autres reposent dans le fond de la mer", dit-il.
Certains ont été transportés aux Etats-Unis ou sont retournés à Cuba après avoir été interceptés en mer par la marine américaine et transférés par milliers sur la base navale américaine de Guantanamo (est de Cuba).

« J'ai voulu revenir »

Un homme de 42 ans, qui refuse d'être identifié, affirme avoir passé huit mois sur la base de Guantanamo. "Je ne suis pas parvenu aux Etats-Unis, j'ai donc voulu revenir", raconte-t-il en affirmant avoir réussi à s'enfuir de la base en franchissant un champ de mines qui la sépare du territoire cubain.
Pour résoudre la crise, Washington et La Havane ont conclu en 1994 un accord migratoire qui prévoit chaque année l'octroi de 20.000 visas américains.
Mais l'exode des Cubains se poursuit et quelque 21.000 d'entre eux ont été interceptés depuis 1995, selon des chiffres officiels américains.
Les autorités cubaines accusent les Etats-Unis d'encourager ce dangereux exode en octroyant un permis de résidence à tout Cubain qui touche son sol.
Un homme qui répond au surnom "del Moro" dit avoir essayé de fuir en 2006, 2007 et 2008. "Je veux travailler à Miami. Le salaire est ici de 15 ou 20 dollars et tout est cher. Je me sens prisonnier et je veux une vie normale. Avec Fidel ou Raul Castro, rien ne va changer", estime cet Havanais de 33 ans qui dit construire une embarcation pour tenter de fuir de nouveau.
Alexander "Amigo" travaille lui dans une cantine mais se demande parfois à quel point "sa vie aurait changé" s'il avait réussi à gagner les Etats-Unis.

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André-Jean Vidal
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