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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 16:49
Les habitants de l'outre-mer attendent une autre politique
par Michel Delberghe (Le Monde)

Les incidents qui ont agité la Nouvelle-Calédonie au début du mois d'août à propos d'un conflit social entre les dirigeants de la compagnie aérienne Aircal et les militants de l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (Ustke) en sont une nouvelle illustration. Les relations restent fragiles entre l'Etat et ses territoires d'outre-mer. Toute amorce de tension peut se transformer en poudrière.

Après la crise qui, au début de l'année, a paralysé les Antilles, le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait cru pouvoir sortir du conflit en ouvrant un large débat sur l'avenir de l'outre-mer. De cette consultation, il attend des pistes et orientations pour tenter de faire émerger de nouvelles relations qui ne soient plus fondées sur la traditionnelle politique d'assistance.
Lancés en avril, les Etats généraux de l'outre-mer sont parvenus à une étape intermédiaire. La phase de concertation, organisée autour de huit thèmes - le coût de la vie, la valorisation des productions locales, la gouvernance, les grands projets, le dialogue social, l'égalité des chances, l'environnement régional, l'identité et la mémoire - auprès des élus, des organisations patronales et syndicales, des associations et des enseignants s'est achevée à la fin du mois de juillet. Un peu plus de 120 000 contributions ont été déposées sur les forums du site Internet (www.etatsgenerauxdeloutremer.fr), dont 25 000 émanant de la seule Guadeloupe, malgré les consignes de "boycott" lancées par le LKP d'Elie Domota.
A l'issue de cette première étape, Richard Samuel, délégué général à l'outre-mer, chargé de la coordination de ces Etats généraux, par ailleurs préfet originaire de Guadeloupe, dispose désormais d'un catalogue de propositions et d'initiatives émanant des ateliers qui ont planché dans les différents territoires. Il lui revient d'en évaluer la pertinence en prévision d'une synthèse nationale, prévue le 1er octobre à Paris. Exercice inédit, une consultation spécifique a été organisée auprès des ultramarins de métropole - ils sont plus d'un million - via notamment leur réseau très dense d'associations.
A l'issue de ce processus, le gouvernement devrait, lors d'un conseil interministériel en octobre, préciser ses orientations et les moyens qu'il entend mettre en oeuvre pour assurer un développement durable pour ces territoires qui s'estiment trop souvent négligés. L'exercice n'est pas sans risques, tant l'attente à l'égard de l'Etat reste forte. Elle l'est d'autant plus qu'après le "limogeage" d'Yves Jégo, l'ancien secrétaire d'Etat à l'outre-mer et son remplacement par Marie-Luce Penchard, le gouvernement n'a pas eu l'occasion de développer ses priorités.
S'il en était besoin, les Etats généraux ont confirmé une évidence : il ne peut y avoir de politique et de statut unifiés pour l'ensemble de l'outre-mer. Les anciens "confettis de l'empire", selon une expression héritée de la colonisation, attendent des mesures spécifiques qui tiennent compte de leur réalité et de leur localisation géographique dans les différents océans.
Pour les Antilles et la Réunion, cette diversité s'exprime dans le respect de l'identité créole, avec la reconnaissance de la langue, de son enseignement et de sa diffusion dans des projets culturels ou dans les programmes des radios et des télévisions. A Mayotte, dont la population est en grande majorité musulmane, la demande porte sur l'inscription de l'arabe comme langue étrangère dans le cursus scolaire.
Le centre culturel Jean-Marie Tjibaou en Nouvelle-Calédonie est un symbole pour le peuple kanak. La Réunion, Mayotte, la Guadeloupe, la Guyane, souhaitent également pouvoir ancrer leur histoire et l'identité des peuples dans des lieux de mémoire qui soient aussi d'études, de recherche et d'échanges.
S'il veut réduire les inégalités à l'origine des tensions sociales, l'Etat va devoir s'attaquer à quelques bastions établis. Le collectif contre la "profitation" (LKP), en Guadeloupe, avait dénoncé le monopole de quelques grands groupes de la distribution. La consultation des Etats généraux a, parallèlement, rouvert la polémique sur la place et le statut des fonctionnaires métropolitains, dont les avantages salariaux contribuent à maintenir un niveau des prix très élevé.
Pour l'Etat, cette remise en cause va de pair avec la nécessité de faciliter l'accession des ultramarins aux postes à haut niveau de responsabilité, dans le privé comme dans le public. Pour assurer cette forme "d'égalité des chances", le gouvernement devra aussi renforcer considérablement ses efforts en matière de formation et d'enseignement supérieur.
Lors de son déplacement en Martinique et en Guadeloupe, le 26 juin, le président de la République a relancé le débat institutionnel sur l'organisation des territoires. Il a aussi annoncé la préparation d'un référendum dès 2010. Le renforcement de l'autonomie des collectivités a paru satisfaire les élus. Il ne saurait en revanche être la seule réponse aux besoins économiques et sociaux de territoires gangrenés par le chômage de masse des jeunes générations. En ce sens, la consultation des Etats généraux a favorisé une prise de conscience : les habitants de l'outre-mer attendent désormais de l'Etat une autre politique que la distribution de crédits d'urgence pour apaiser les crises.

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André-Jean Vidal
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toto de bahia 19/08/2009 17:35

quelques remarques

-les 40% de vie chère concernent tous les fonctionnaires actifs.
-Le chomage est une réalité sociale tres ancienne, bien avant la départementalisation des hommes et des femmes trimaient pour avoir un travail stable et suffisamment rémunérateur pour s'assurer une vie décente.
-La tenue des états généraux a été une réponse politique-tardive et inadéquate- a des revendications sociales et économiques ponctuelles ,habilement récupérées par un aéropage d'auto- crates clandestins.
-Le peuple de guadeloupe n'est pas uniforme; comme toute société de peuplement,nous avons chez nous un éventail de communautés cimentées par des moeurs et habitudes créoles. Pour autant peut on oser dire qu'elles regardent l'avenir dans la meme direction: "la guadeloupe cé tan nou"allez le dire a un saintois

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