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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 23:21

ALERTE aux MICROPOLLUANTS
Morceaux choisis
extraits de l’ouvrage du même nom paru en 2011
aux Presses polytechniques et universitaires romandes
par Nathalie Chèvre et Suren Erkman.

Les extraits sont en italique et les commentaires et ajouts sont en charactères droits.

0 – Où sont documentés les problèmes des polluants à faible concentration et le manque de connaissances sur leurs effets :
    •    Même pour les substances relativement bien connues (celles qui ont reçu une Autorisation de Mise sur le Marché), il se révèle très difficile d’en déterminer les risques.
    •    Les analyses actuelles des échantillons prélevés dans l’environnement ne permettent de n’identifier qu’une toute petite partie de la pollution par les micropolluants.
    •    Il serait illusoire, voire trompeur, d’affirmer qu’une substance peut ne présenter aucun risque pour l’environnement à une concentration donnée.
    •    Les effets de mélanges sont rarement mesurés, et les législations environnementales en vigueur ne tiennent guère compte des conséquences réelles des « cocktails » de produits chimiques.
    •    A l’exception des médicaments, la toxicité des substances chimiques pour les humains n’a jamais été systématiquement évaluée.
    •    Depuis 2006 la directive européenne REACH impose une évaluation de la toxicité, et notamment du risque de cancérogénicité et des effets endocriniens de la plupart  des composés mis sur le marché en Europe…Mais cette directive ne concerne pas les produits phytosanitaires.
    •    De nombreuses questions restent  ouvertes sur les effets toxiques à long terme d’expositions chroniques aux pesticides.

1 – La menace invisible des micropolluants.-
    On peut caractériser un micropolluant comme étant une substance présente en faible concentration dans l’environnement, résultant en partie au moins de l’activité humaine, et qui, malgré cette faible quantité, peut entraîner des effets nocifs pour les organismes vivants.
    On entend par faibles concentrations des valeurs de l’ordre du microgramme ou du nanogramme, par litre ou par kilogramme.
    On dénombre environ 100 000 substances chimiques autorisées (dont 400 pesticides), qui, une fois introduites dans l’environnement, ne restent pas toutes forcément stables. Elles peuvent se dégrader ou se transformer par différents processus :
    •    sous l’action des microorganismes, notamment les bactéries,
    •    par la lumière du soleil (photolyse),
    •    par des réactions en milieu aqueux (photolyse).
 Chaque substance peut ainsi donner naissance à de nouvelles molécules, qui se révèlent plus toxiques que la molécule-mère. Il en va ainsi du malathion, un insecticide, dont l’un des produits de dégradation, le malaoxon, manifeste une toxicité 60 fois supérieure à la molécule de départ. Chaque substance peut ainsi être la source de 5, 10, voire 20 nouvelles substances, plus ou moins dangereuses.
En conséquence, on peut estimer que plusieurs millions de substances chimiques d’origine industrielle se trouvent disséminées dans l’environnement. Or même pour les substances relativement bien connues (celles qui ont reçu une Autorisation de Mise sur le Marché), il se révèle très difficile d’en déterminer les risques. Leurs effets conjugués sur les organismes vivants demeurent mal compris et les données manquent, concernant aussi bien leur toxicité (pour les humains) que leur écotoxicité (pour les écosystèmes).
Pour les milieux scientifiques comme pour les autorités, cette situation constitue un défi majeur à court et moyen terme. Au cours des prochaines années, il faudra concevoir, soutenir et conduire des études de grande envergure pour mieux comprendre le devenir de ces substances chimiques dans l’environnement et leurs effets sur les humains et les écosystèmes. Il sera nécessaire d’évaluer les risques et de prendre des mesures appropriées pour leur utilisation.
2 – La délicate évaluation du risque environnemental.-
    La population veut savoir quels polluants se cachent dans les eaux  (et dans l’air) et quels risques ils présentent. Et quels sont les risques dissimulés dans la nourriture.
    Si pour certaines substances comme les médicaments le risque pour l’homme fait l’objet d’études depuis plusieurs années, les méthodes d’analyse sont encore relativement nouvelles en ce qui concerne les périls pour l’environnement.
    La détermination des concentrations de polluants dans l’environnement constitue une première étape pour évaluer le risque d’une substance chimique,… mais les analyses actuelles des échantillons prélevés dans l’environnement ne permettent de n’identifier qu’une toute petite partie de la pollution par les micropolluants.
    Concernant les valeurs de NOEC (acronyme pour Non Observable Effects Concentration, concentration sans effets observables), on observe des différences flagrantes entre les espèces. Comment alors définir le risque pour un écosystème entier,  où l’altération ou la disparition d’une espèce occupant une niche écologique en interaction avec les autres peut conduire à des désastres, surtout pour les écosystèmes fragiles ? Il serait donc illusoire, voire trompeur, d’affirmer qu’une substance peut ne présenter aucun risque pour l’environnement à une concentration donnée. Il existe de nombreux exemples où de nouvelles études plus récentes ont montré la dangerosité de substances chimiques réputées sûres.
    Jusqu’à maintenant, nous avons parlé du risque causé par des produits chimiques considérés de manière isolée. En réalité, les différentes espèces qui vivent dans un écosystème donné sont exposées à un cocktail de substances. Il y a quelques années, des chercheurs anglais ont publié à ce sujet un article au titre évocateur : « Something from nothing (quelque chose à partir de rien) ». Ils démontrèrent qu’un mélange de substances chimiques à des concentrations négligeables, et sans effets toxiques connus à titre individuel, pouvait engendrer un effet important sur les organismes. Ce phénomène s’explique par des interactions synergétiques entre les composants du mélange.
    Nous comprenons donc qu’il importe d’évaluer le risque des substances, non seulement individuellement, mais en mélange. Cependant… ces effets cocktails sont rarement mesurés, et les législations environnementales en vigueur ne tiennent guère compte des conséquences réelles des mélanges de produits chimiques.

3 – Les risques pour les humains.-
Maintes manifestations toxiques de substances chimiques, et notamment les effets des faibles concentrations à long terme ne sont pas documentées avec précision. A l’exception des médicaments, la toxicité des substances chimiques pour les humains n’a jamais été systématiquement évaluée (On se contente en général d’essais sur des animaux de laboratoire. C’est ainsi d’ailleurs qu’on définit la Dose Journalière Admissible (DJA)). Depuis 2006 cependant, date qui marque l’entrée en vigueur de la directive européenne REACH, des règles officielles imposent une évaluation de la toxicité, et notamment du risque de cancérogénicité et des effets endocriniens de la plupart  des composés mis sur le marché en Europe…Mais cette directive ne concerne pas les produits phytosanitaires.
La DJA ne s’intéresse qu’à une seule substance à la fois. Elle ne tient pas compte des effets de « cocktail ». Il est donc urgent d’entreprendre des études plus systématiques des répercussions possibles des mélanges.
Une étude très récente menée conjointement par  l’Université d’Aston et Antidote  Europe montre que la combinaison de la présence de trois fongicides dans la nourriture de cellules neuronales et gliales multiplie par 10 l’effet de chaque fongicide seul, et cela au bout de 48 heures.
La question la plus brûlante est certainement celle liée à l’évaluation des effets à très long terme, et même sur plusieurs générations, d’une exposition à de faibles doses chimiques.
4 – Les pesticides.-
    Récemment rebaptisés par un euphémisme apaisant « produits phytosanitaires ».
    L’arrivée sur le marché de nouvelles substances, tendant à remplacer les anciennes, se révèlent plus actifs : il suffit de quantités plus faibles pour obtenir une efficacité similaire. De ce fait, ils sont souvent plus toxiques que les anciennes substances. L’impact sur l’environnement se révèle en fin de compte tout aussi dangereux.
    C’est ainsi par exemple que les nouveaux herbicides sulfonylurés s’appliquent à des doses plus faibles que leur prédécesseur (le foramsulfuron). Mais alors que ce dernier se révèle peu toxique pour les algues, les poissons et les microcrustacésqui tolèrent une concentration de 1 mg/litre, les nouveaux venus exercent des effets toxiques dès 0,4 microgrammes/litre (soit un rapport de 1 sur 2 500 000 !) sur les plantes aquatiques.
    Nous ne savons quasiment rien des conséquences à long terme d’une exposition chronique, régulière, sur de longues périodes. Ajoutons les conséquences particulières de ce que nous avons appelé l’effet « cocktail ». Plusieurs études suggèrent qu’une exposition durable pourrait jouer un rôle sur la baisse de la fertilité observée ces dernières années chez les hommes ou encore dans l’augmentation de certains cancers humains.
    De nombreuses questions restent  ouvertes sur les effets toxiques à long terme d’expositions chroniques aux pesticides.

Le Moule, le 21 octobre 2012
Jean-Marie Abillon



   


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