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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 19:14

CONTRIBUTION DE M. AMEDEE ADELAIDE

Président de COHESION SOCIALE ET LIBERTES REPUBLICAINES

AU CONGRES DES ELUS DE GUADELOUPE

DU 07 Novembre 2011 


Monsieur le Président,

J'ai entendu les critiques qui vous ont été faites à propos de la tenue de ce Congrès. Le légaliste convaincu que je suis, les comprend. Et cependant j'ai accepté de répondre à votre invitation car je considère que  les deux thèmes que vous voulez aborder aujourd'hui sont au cœur des préoccupations quotidiennes des Guadeloupéens. Nos concitoyens est-il besoin de le dire,  se sentent agressés de manière permanente, sur le lieu de travail, dans la rue et jusque dans leur domicile, de jour comme de nuit, en leur absence, comme en leur présence. Dès lors, il est urgentissime, avant même des questions de formes, d'encourager les élus locaux qui souhaitent réfléchir ensemble aux solutions à mettre en œuvre. Et cela d'autant plus que, en fin d'exercice, les collectivités concernées auront, chacune en ce qui la concerne, à mettre en œuvre les solutions que vous auriez dégagées de ces débats.

Vous avez bien voulu nous communiquer votre Rapport de Synthèse des Auditions Préparatoires accompagné d'un document Annexe reprenant l'intégralité des auditions.Ces documents intéressants, sont venus s'ajouter aux conclusions de nos Universités d'été des 27 et 28 aout  dernier et qui seront publiées prochainement, en fin de mois, dans un fascicule intitulé « Un Contrat Social pour la Guadeloupe ». Vos documents, sont riches de l'expérience de professionnels institutionnels ou du monde associatifs, et apportent de nombreuses pistes de réflexions, même si nous contestons fermement certaines hypothèses, comme le fait que, je cite : « La société guadeloupéenne est née de la violence. Elle est issue du traumatisme de l'esclavage colonial, de l'arrachement des Noirs d'Afrique, de leur déportation, de leur asservissement dans les plantations coloniales.... La société guadeloupéenne est encore empreinte de cette violence fondatrice ». Nous rejetons fermement ces assertions. Sans nier que tel ou tel individu puisse être marqué par cet héritage, constatons qu'elle ne peut s'appliquer à l'ensemble de la société guadeloupéenne. D'abord parce que celle-ci est multiraciale, multiculturelle, très largement et de plus en plus métissée, et que ses composantes ethniques qui échappent à ce métissage sont infimes en nombre très et minoritaire. Parce qu'il faudrait en conclure, que de par le monde, toutes les sociétés, (européennes, américaines ou autres) qui ont connues l'esclavage ou la violence, subissent le même sort. Et qu'à contrario, toutes celles qui n'ont pas connues l'esclavage ne connaissent pas le même type de violence. Enfin parce que cette hypothèse, reste une hypothèse qui n'est confirmée par aucune étude vraiment scientifique.

En dehors de cela, les constations et propositions qui sont faites restent à regarder de près, même si en cette période de crise et de restrictions budgétaire elles font appel à davantage de moyens financiers notamment.

Le premier constat que l'on doit faire est que l'insécurité est réelle. Une délinquance importante affecte le département. Elle est dirigée autant contre les biens que contre les personnes.
Spolier les honnêtes gens des fruits de leur travail est pour eux, extrêmement choquant, frustrant et démotivant.
L'auto défense étant proscrite dans nos sociétés, le traitement de ce problème repose essentiellement sur les pouvoirs publics, qui le traitent généralement comme un épiphénomène de notre société.
Il n'est pas inintéressant pour nos débats, de s'arrêter quelques instants sur la vision globale, actuelle des pouvoirs publiques, du moins telle que nous, citoyens, pouvons la comprendre au travers de l'action publique.

On parler alors de :
- Nocivité, à propos des délinquants
- Dangerosité pour ce qui concerne les criminels.

En matière de délinquance, la caractéristique, c'est le passage à l'acte
L'extrême nocivité est liée au passage à l'acte répété.
La nocivité rédhibitoire est liée à la récidive après sanction. Ce dernier type de délinquance justifie des mesures de sureté qui n'existe pas  dans notre législation. Comment justifier qu'un délinquant puisse revenir plus de trente et quarante fois devant un tribunal après de multiples condamnations.
En matière de dangerosité, on retrouvera la même classification d' extrême dangerosité et de dangerosité rédhibitoire.

L'objectif étant d'obtenir rapidement une amélioration de la situation, quels sont les moyens qui seront envisagés et mis en œuvre avec plus ou moins de bonheur :

-    Premier moyen : augmenter la pression policière, enquêtes, arrestations, réunion de preuves de nature à entraîner la décision du tribunal.
-    Deuxième moyen: accroître la répression pénale. La plupart des magistrats estiment qu'en s'en tenant à la législation actuelle, ils ne peuvent pas aller au-delà, sachant de surcroit que les possibilités carcérales sont limitées.
-    Troisième moyen : améliorer les dispositifs législatifs en matière pénale. Cette action impose un consensus qui n'existe pas dans le monde politique et pas même dans le monde judicaire ou dans les barreaux.
-    Quatrième moyen: augmenter le nombre de place dans le domaine pénitentiaire. Mesure très efficace à court et moyen terme, dès quelle est mise en place. Mais sa mise en œuvre implique un consensus politique qui là encore n'existe pas en France, en raison même du coût.
-    Cinquième mesure : recourir à des mesures  sociales, préventives (avant les faits) ou curatives (pendant la peine, ou d'accompagnement après la peine).

Toutes ces mesures dira-t-on, concerne le pouvoir central. Mais elles sont essentiellement curatives. Et l'on voit bien, insuffisantes à long terme pour faire baisser durablement l'insécurité.

En réalité, rien ne sera vraiment possible en cette matière, tant que l'on n'aura pas admis que l'insécurité dépend de manière indissoluble, de trois acteurs incontournables : l'Etat en tant que pouvoir central, les collectivités locales, et le citoyen.
Quelques soit les efforts matériels et financiers que feront les pouvoirs publics pour faire dresser des barrières de protections entre les délinquants et les honnêtes gens, on voit bien que la vraie solution sur la durée n'est pas là.

La vraie solution se trouve à l'évidence dans la reconstruction de notre société et cela passe par plusieurs pistes. En voilà quelques unes des plus importantes.

La Famille et l'enfant 
On semble aujourd'hui avoir oublié que la famille est le premier lieu d'éducation de l'enfant.

Cette cellule de base de notre société a littéralement explosée sous l'action conjuguée :

-    De différentes évolutions législatives qui ont contribuées à la perte de l'autorité parentale. A titre d'exemple, sous prétexte de la protection de l'enfant, on a généralisé et fait une lourde publicité autour de l'apparition dans notre législation, de lois qui permettent à n'importe quel enfant de porter plainte contre ses parents. Cette responsabilité là ne devrait être déléguée qu'à des adultes de son entourage (famille, voisins, éducateurs, etc..), pas à des êtres, par essence même, encore immatures.
-    Dans l'enseignement public, les mêmes dérives ont vu le jour. Non seulement on a rendu ésotérique pour les parents du contenu et de la pédagogie de l'enseignement a cloisonné ce service public, et du coup, enlevé toute responsabilité et donc toute autorité aux parents, tout en annihilant celle des enseignants.
-    Il faut aussi se souvenir qu'un cadre moral hérité de l'histoire et de la religion guidait les individus depuis leur enfance. Le recul des religions aboutit à laisser cette fonction en déshérence. Tant qu'une éthique républicaine solidement charpentée n'aura pas pris la relève, les difficultés persisteront.

L'Enfant et le Savoir
L'archivage et la transmission du savoir sont les traits les plus caractéristiques de la nature humaine.
Un homme, par son expérience de la vie, acquiert la connaissance de son environnement. Connaissance qu'il utilisera pour satisfaire ses besoins personnels vitaux d'abord et de confort ensuite. S'il transmet cette connaissance à ses enfants, ceux-ci du coup acquerront ainsi un savoir. A leurs enfants, ils transmettront à leur tour un savoir fait de celui que leur a transmis leur père, abondé de leur propre connaissance. C'est ce que l'on appelle le progrès.Tout le problème de l'humanité a été la conservation et la transmission du savoir.
Eh bien ! Je crois profondément que le problème d'aujourd'hui est l'acquisition du savoir par nos enfants.
« L'ignorance est la mère de tous les crimes ». disait Honoré de Balzac (La cousine Bette).

L'habitat et l'urbanisation
Ce sont deux facteurs reconnus par tous, en Guadeloupe, comme générateurs de violence et donc d'insécurité.

En particulier on pourrait citer : la construction de logements sociaux sans prendre en compte les besoins des jeunes (terrains de sport, lieux de rencontre....), un type d'habitat collectif concentrationnaire sans équipements sociaux et commerciaux. Rappelons nous le temps où chaque commune disposait non d'une mais de places publiques avec terrains de foot et de basket. Les enfants n'avaient alors que quelques centaines de mètres, au plus, à parcourir, pour retrouver une aire collective de jeux. De longue date, je suis convaincu que ces dispositions, vivement critiqués en leur temps, pour être soi-disant responsable du surendettement des communes, participait en fait au maintien de la cohésion sociale ainsi qu'a faire de la Guadeloupe, ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire une terre de champions.

Les équipements structurants et l'Emploi
La difficulté de trouver de l'emploi est évidemment une source de violence. Or  une politique d'aménagement du territoire et la création d'équipements structurants sont des facteurs essentiels du dynamisme économique. Ils nous font cruellement défaut à l'heure ou nous parlons.

Pour exemple, la seule création d'une voie rapide, si non d'une autoroute, qui relierait Pointe à Pitre à Anse-Bertrand, serait génératrice de développement économique et donc d'Emploi dans une région déshéritée.

Nos institutions
Faut-il le rappeler ici, le moyen de la déstabilisation est inscrite dans les proclamations ou professions de foi de certaines organisation dites syndicales ou politiques, come moyen d'obtenir une évolution statutaire de notre département. Notons au passage que cette déstabilisation outre quelle soit déjà un acte de violence, n'exclue pas le recours direct à la violence pure et dure.

 Or les guadeloupéens on le sait, et parce qu'ils l'ont exprimés à plusieurs reprises dans les urnes, notamment en décembre 2003, sont opposés, dans leur immense majorité, à toute sortie du droit commun institutionnel. Ils le sont, parce qu'ils estiment que seul le droit commun institutionnel peut nous sortir de la période d'instabilité institutionnelle ouverte par la réforme de la constitution du 28 mars 2003. Ils le sont, parce qu'ils estiment à juste raison que la stabilité institutionnelle est le seul chemin qui puisse nous conduire à la stabilité politique. Le seul chemin qui puisse nous conduire au développement économique et social.

Voilà pourquoi, notre association COHESION SOCIALE ET LIBERTES REPUBLICAINE, soutiendra toutes les organisations politiques qui se prononceront clairement pour le maintien du droit commun institutionnel.

 

 

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