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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 21:32

 
CAFE DEBAT SOCIAL CLUB      
organisé par Jacky Dahomay                                                                  
    
             Eléments pour le débat.
 
 
 
Si je fais un premier bilan des différentes discussions ayant surgi depuis l’ouverture de notre café/débat et surtout après les réflexions de Patrice Ganot, j’ose ici proposer ce qui  paraît –de mon strict point de vue, bien sûr- les éléments fondamentaux qui insistent dans nos interrogations. Cela peut constituer un cadre,  non définitif, pour tous ceux qui voudraient intervenir chez nous.
 
1- le premier point est d’ordre anthropologique et historique. Il s’agit de s’interroger sur la fondation du type de société qui se met en place avec les colonies esclavagistes à l’aube de la modernité européenne, c’est-à-dire aux XVII° et XVIII° siècles. En ce sens on ne peut faire l’économie de penser la nature de l’Etat absolutiste de l’époque. Ici, les spécialistes du XVII° siècle sont mobilisés. Si traditionnellement, le fondement du lien collectif est transcendant, de nature religieuse, à partir du pouvoir absolutiste, on assiste à une tentative de désinscription du théologico-politique habituel et à une recherche d’un fondement immanent quoique non encore désinscrit de la religiosité ancestrale. Cela n’est-il pas important pour saisir les problématiques nouvelles de cet Etat qui se fait esclavagiste et colonial, pour comprendre la politique poursuivie dans les colonies ? La question demeure posée. Au-delà des impératifs économiques de domination, quelle signification profonde donner à l’élaboration du Code Noir sous le régime de Colbert ? Quel rapport ce texte entretient-il avec les problématiques juridiques de l’époque ? Les historiens du droit pourraient nous éclairer là-dessus.
 
 
A partir de là, il faut analyser le type de société qui s’instaure dans les Amériques. Le terme de créole ou de créolisation est effectivement le plus approprié. Edouard Glissant en ce domaine est incontournable. Mais ne faut-il pas aller plus loin ? Cela ne nécessite-t-il pas une plus grande mobilisation de la philosophie et de l’anthropologie politiques ? Car cette fondation anthropologique originaire détermine notre culture créole donc a des incidences certaines sur notre présent quoique nous ne puissions nous enfermer dans un quelconque déterminisme historique. Ainsi, qu’est-ce qui fonde le lien de la nouvelle société mettant en rapport maîtres et esclaves ? N’y a-t-il pas là un mode de fondation original, inconnu jusqu’ici, de nature presque postmoderne ? La créolisation vaut pour le colon car il connaît une certaine  désinscription de l’ordre idéologique, social, religieux et politique, déterminant son être-au-monde. Dans la colonie, la politique perd tout fondement transcendant et est bornée à la pure raison calculatrice. Quant à l’esclave, la rupture est encore plus forte. Certes, il investit la religion chrétienne mais ce mode d’investissement est forcément différent de ses propres traditions mythologiques ou religieuses qui déterminaient pour lui l’être-ensemble. D’abord, il subit ce que Glissant nomme le transbord, l’arrachement horrible à sa société d’origine et dans l’espace violent de l’habitation esclavagiste, il fait  l’expérience douloureuse, au plan symbolique, de la perte des repères culturels qui instituaient son monde. Marc Richir dans Du sublime en politique, en s’inspirant de Kant nomme, (mais dans d’autres circonstances) ce genre d’expérience le « sublime ». Quand sous le ciel étoilé nous éprouvons la perte de toute institution symbolique de la société, quand nous sommes renvoyés brutalement à notre être-pour-la-mort et éprouvons du même coup la condition humaine dans son universalité. On ne peut penser la créolisation du monde dans la Caraïbe sans cette dimension essentielle de violence originaire. Le livre de Laennec Hurbon sur la religion et le lien social apporte quelques éclaircissements mais dans une  optique quelque peu différente. Dans tous les cas, l’esclave, exclu de l’espace public et de l’espace politique, dans la structure de l’habitation, doit recréer du lien. Telle est l’origine fondamentale de ce que l’on pourrait appeler la culture créole. Mais ce lien ne peut viser le tout de la société, il demeure partiel, c’est-à-dire essentiellement familial et communautaire. Originairement donc, la culture créole, culture du déracinement et de la création ou de la survie dans le déracinement, entretient un lien particulier et difficile avec la chose politique. Nous pouvons espérer alors qu’historiens et anthropologues nous aident à éclaircir tous ces premiers éléments d’interrogation.
 
2- La période révolutionnaire et postrévolutionnaire en France produit une modification importante dans les colonies d’Amérique ce qui n’est pas tout à fait le cas pour les colonies anglaises de la caraïbe. Les deux abolitions de l’esclave, entrecoupées de l’épisode napoléonien, engendrent ici un repositionnement des masses quant à la question sociale et à la question politique. Il est vrai que dans la métropole aussi, la chute de la royauté et l’établissement de la république, le radicalisme politique français qui tranche avec les monarchies constitutionnelles et les empires en Europe, entraînent une spécificité de la question sociale qui n’a cessé d’interpeler Marx. (cf ; Les luttes de classes en France et Le 18 brumaire de Louis Bonaparte.) Si le XIX° siècle français est fortement travaillé par les luttes de classes, cela ne peut laisser indifférent les masses issues de l’esclavage dans les colonies d’Amérique. Mais la question sociale ici prend une tournure spécifique. En France, elle est le fait de nouveaux prolétaires issus de la paysannerie traditionnelle et concentrés dans les villes. Aux Antilles elle est un phénomène essentiellement rural qui se déroule surtout dans l’univers quasi concentrationnaire de la plantation. Dans la métropole, le libéralisme (que je prends ici dans un sens fort, libéralisme politique qui n’est pas forcément négatif) oblige l’Etat à traiter d’une nouvelle manière la population, ici, l’Etat, en raison même de sa nature coloniale, ne peut avoir les mêmes pratiques. Quant à la grande masse des travailleurs issus de l’esclavage, leur investissement dans la révolte sociale est différent, il est inséparable de la question de la reconnaissance des droits humains fondamentaux. Dans le même temps et dès 1848, les Noirs accèdent à la vie politique, ce qu’a analysé Jean-Pierre Sainton dans sa thèse : Les Nègres en politique. Mais comment appréhender plus profondément le rapport que les Guadeloupéens et les Martiniquais, dans leur immense majorité, entretiennent avec la chose politique eu égard au passé de la culture créole et de la situation inédite dans laquelle se trouve l’Etat colonial taraudé lui-même entre une aspiration républicaine et une tentation impériale ? Il me semble qu’il faut approfondir ce que certains historiens ont appelé le « républicanisme » des populations d’Outre-mer. Dans tous les cas, les luttes sociales qui sont aussi une lutte pour la reconnaissance ne pouvaient aboutir qu’à une logique intégrationniste comme s’il y avait une bonne France séparable de la France impérialiste. Mais s’inaugure aussi une tradition politique, elle aussi intégrationniste. La politique n’est jamais pensée comme pouvant être le lieu d’une fondation de la société, l’espace d’une réflexion sur le destin de nos pays. Sa seule dimension transcendantale est celle de l’intégration républicaine. Pour le reste, la politique politicienne s’enferme dans une problématique gestionnaire, utilitariste et opportuniste. Ces deux traditions, celle des luttes sociales et celle des pratiques politiques ne pouvaient aboutir qu’à une demande d’assimilation et à la loi de départementalisation de 1946 symbolisée, ce qui n’est pas rien, par Aimé Césaire. Jusqu’à cette date, il n’y a eu aucune revendication d’indépendance nationale de la part des leaders politiques et il faut vraiment relativiser le rôle d’un Valentino, ce qui me sépare peut-être de mon ami Jean-Pierre Sainton, lequel Valentino –et je rejoins Patrice Ganot sur ce point- me semble un opportuniste en politique quelles que soient les qualités qu’on ne peut lui dénier, notamment son engagement contre le pétainisme.
 
3- L’ère de la décolonisation n’a pas touché nos îles. Pourquoi ? Les mouvements indépendantistes ou autonomistes qui s’affermissent à partir des années 1960 intègrent la revendication d’identité culturelle exprimée de façon variée dans la littérature, notamment avec Césaire et Glissant. Or, la poétique césairienne n’avait jamais conduit le célèbre poète à une politique indépendantiste. C’est à peu près le cas chez Glissant. Paradoxalement, les mouvements indépendantistes semblent venir de l’extérieur, sous l’influence d’ intellectuels animés par  la problématique des luttes de libération nationale s’étant déroulées en Afrique et en Asie. Il y aura donc toujours une fracture entre les nationalismes antillais et les préoccupations réelles des masses antillaises. A un point tel que les mouvements indépendantistes ont à ce jour échoué et les peuples des Antilles-Guyane sont très frileux aujourd’hui quant au moindre changement statutaire. Il se pourrait que jamais n’ont été prises en compte, selon une analyse sérieuse ou approfondie, les différences fondamentales opposant les colonies d’Afrique et d’Asie avec les vieilles colonies d’Amérique. Ainsi, on peut noter que les colonies de la Caraïbe ayant accédé à l’indépendance ne l’ont pas obtenue suite à des luttes  de libération nationale, le nationalisme dans la Caraïbe ayant toujours été très faible. Haïti en est le premier exemple : on a eu affaire à une lutte antiesclavagiste débouchant de facto sur une indépendance. Ici, l’Etat a précédé la nation et jusqu’à ce jour cette dernière a du mal à naître. D’où la difficulté, aujourd’hui encore, qu’ont les élites politiques et intellectuelles haïtiennes de former un front uni de salut  national pour sortir leurs pays de son immense souffrance. Quant aux indépendances des îles anglaises elles sont le résultat de décisions administratives venant de l’Angleterre elle-même. Si l’idée de nation a toujours été faible dans nos régions, c’est sans doute  pour des raisons anthropologiques et historiques profondes qu’il faudrait mettre au jour si on veut penser des perspectives d’avenir dans le moment actuel. Pourquoi dans des sociétés issues de l’esclavage, l’idée forte de nation a-t-elle du mal à prendre ? Cela aussi mérite d’être pensé.
 
Néanmoins, les mouvements indépendantistes comme les problématiques littéraires de quête d’identité ont eu le mérite de lutter contre l’idéologie assimilationiste propre au républicanisme français. Tout se passe de nos jours comme si les Guadeloupéens en particulier veulent que l’on reconnaisse leur identité guadeloupéenne tout en désirant rester dans le cadre républicain français. Cette situation est-elle vraiment contradictoire, tragique ? Peut-on être authentiquement guadeloupéen tout en étant un citoyen français accompli ? La nation est-elle la seule solution politique à l’exigence d’identité ? En ces temps postmodernes et avec la mondialisation ne serions nous pas entrés dans une ère post-nationale et si, tel était le cas, nos pays n’auraient-ils pas été postmodernes avant la lettre ? Le concept de tout-monde peut-il nous éclairer ? Bref ,la Guadeloupe est-elle piégée ? J’attends avec impatience la conférence d’Alex Lollia du jeudi 13 janvier prochain. Remarquons toutefois que des écrivains comme Glissant et Chamoiseau tentent aujourd’hui de penser pour nos îles une autre forme de lien social que celui de la nation. Mais l’ontologie de Deleuze qui guide Glissant peut-elle nous aider à avancer en ce domaine ? J’en doute mais c’est là aussi matière à débats.
 
4- Le moment actuel est à la dépression en Guadeloupe (mais un peu partout dans le monde y compris dans l’hexagone). Les dernières élections ont fragilisé le LKP et une crise politique le traverse. Le lyannaj politique n’a pas été possible chez ses dirigeants. J’avais écrit au cours de l’année 2009 que les attaques répétées contre Lurel faisaient de celui-ci l’homme  politique fort de la Guadeloupe et préparaient sa victoire électorale. Ce qui fut fait. Le nationalisme de certains dirigeants du LKP les a conduits à des erreurs graves. Je me demande parfois si le nationalisme ne tétanise pas la pensée de certains intellectuels, s’il ne les rend pas bêtes. Je parle d’une forme de bêtise qui peut affecter des gens intelligents et qui les conduit à des actions produisant tout le contraire de la finalité souhaitée au départ. Ainsi, dans son journal Le Mophrasé, Frantz Succab avait publié un article très fort contre Lurel. Beaucoup de gens m’ont avoué que c’est après la lecture de cet article qu’ils sont allés voter le président de Région ! Mais au-delà des polémiques m’ayant opposé au LKP, je pense qu’il est nécessaire de saisir sa part de vérité historique. Mais cela ne peut se faire seul. Il faut un travail collectif lent et profond car c’est un moment important de notre histoire récente. J’émets une hypothèse provisoire : il se pourrait que le LKP ait conjugué une revendication sociale (au fond intégrationniste) avec une revendication identitaire (anti-assimilationiste certes mais intégrationniste tout de même). Le LKP a porté une longue tradition de luttes sociales issue de 1848 à son niveau d’achèvement. Achèvement au sens d’aboutissement ultime mais aussi comme limite ultime. Cela ne signifie pas que les luttes syndicales soient terminées (heureusement !) mais que la question sociale doit prendre un nouveau cours. Lurel est celui qui a conduit une longue tradition politique à un certain degré d’aboutissement. C’est-à-dire que là aussi, il y a achèvement, et que paradoxalement une problématique commune quoique obscure ou inconsciente, unit Lurel et le LKP et que c’est la vérité actuelle de la Guadeloupe Peut-être qu’en politique il faut faire aussi autre chose. Mais quoi ?
 
C’est ici qu’il est nécessaire de rentrer en nous-mêmes et de confronter nos points de vue afin de produire une intelligence collective de la situation et penser notre devenir. C’est pourquoi d’ailleurs j’ai eu l’idée de créer ce café/débat avec l’aide précieuse de certains de mes amis (Harry Boucard, Jean-Pierre Sainton, Dany Ducosson, franck Bardinet, Tony Albina, Patrice Ganot,  Guy Lubeth et bien d’autres). Sans leur soutien actif un tel projet eût échoué.
 
6- Enfin un dernier point un plus personnel, la pensée étant inséparable d’une expérience subjective. J’ai été militant marxiste-léniniste et indépendantiste (internationaliste et non nationaliste)  et j’ai participé à la création de l’UTA, de l’UPG et de l’UGTG. Aujourd’hui je ne suis ni marxiste-léniniste ni nationaliste et l’indépendance ne me semble pas un mot d’ordre pertinent dans le moment actuel. Dans un ancien numéro de la revue Etudes guadeloupéennes dirigée à l’époque par feu Raoul Serva, j’ai donné dans un article les raisons de mon évolution philosophico-politique liée à une expérience concrète et parfois douloureuse. Aujourd’hui, je n’aurai pas écrit le même article même si ma position est sensiblement identique. Beaucoup ne comprennent pas mon aversion pour le nationalisme et que j’aie pu écrire que l’idéologie nationaliste est toujours, en dernière instance, une dialectique de l’extermination. Pourtant le XX° siècle l’a prouvé. (Voir à ce sujet le tome 3 du livre de Marcel Gauchet L’avènement de la démocratie.) On  peut ne pas partager toutes les idées de Marcel Gauchet mais j’adhère tout à fait à son point de vue lorsqu’il considère le nationalisme comme une tentative de réintroduction dans la modernité d’une quête pré-moderne du lien social, quête au fond religieuse de l’obsession de l’Un animant même des gens se disant athées. Le stalinisme participerait aussi de cette idéocratie. Stalinisme et marxisme-léninisme maoïste comme le nationalisme ont été l’horizon de pensée de l’AGEG et des dirigeants du mouvement national guadeloupéen. Je pense que ce fut comme une catastrophe intellectuelle ayant marqué les militants de ma génération malgré l’apport incontestable de ceux-ci dans la vie syndicale. Si le stalinisme, et le nationalisme ont triomphé respectivement en Russie, en Italie et en Allemagne, c’est sans doute aussi parce que dans ces pays l’Etat était face à la société sans la médiation d’une société civile conséquente, ce qui n’était pas le cas en Angleterre et en France malgré l’épisode de Vichy. En réalité, les Lumières anglaises et françaises ont joué un rôle important dès la fin du XVIII° siècle dans l’émergence d’une société civile dans ces pays. L’obsession religieuse de l’Un en politique est ce qui a produit des catastrophes, le mal  politique, en Europe. Mais la reprise de cette idéocratie dans le Tiers-monde, si elle a animé des luttes de libération nationale qui ont triomphé, est ce qui pourrait expliquer les impasses actuelles de beaucoup de ces pays anciennement colonisés. On pourrait se demander si le sionisme ne participe pas de la même idéologie.
 
Le LKP a connu des échecs parce que ses dirigeants (essentiellement des nationalistes et des marxiste-léninistes) n’ont pas été à la hauteur du mouvement qu’ils avaient pourtant eux-mêmes déclenché. Ce que Hegel nomme « la ruse de la raison ». En se prenant pour tout le peuple dans leur obsession du peuple-un, ils n’ont pas compris le peuple et sont passés à côté de leur propre cri. Le peuple ou une de ses parties a répondu en votant massivement Lurel. Entre l’Etat et le peuple en Guadeloupe et en Martinique, il n’y a pas rien. Le développement de l’instruction publique, celui des médias et des autres moyens de communication comme internet ont contribué à un certain développement d’une opinion et d’un espace publics, touts timides soient-ils. Il y a ici une tradition électorale qu’on le veuille ou non mais l’idéocratie marxiste-léniniste et nationaliste déteste le processus électoral. En intervenant dans l’enceinte du Conseil général pour interdire une réunion des élus guadeloupéens, le LKP commettait une erreur grave que nous avons eu raison de dénoncer fermement. C’était méconnaître toute l’histoire du Conseil général depuis 1848 et la tradition des élections dans notre pays. Il est facile de se moquer des élus. Mais ils sont les représentants de la société actuelle. Seule une évolution de la société civile pourra produire une autre pratique politique et surtout l’élaboration d’un projet de société susceptible d’entraîner l’adhésion du peuple.
 
Sortir de la vision unitariste du peuple, c’est accepter la division du social, sa diversité, c’est accroître la puissance de la société civile. Jamais le peuple ne sera un et heureusement d’ailleurs. Ce qu’il y avait de plus grand dans le mouvement déclenché par le LKP c’était précisément la forte mobilisation, comme une tentative inédite de repositionnement de la société civile. Ce repositionnement de la société civile est ce qui méritait d’être approfondi car il a aussi une portée internationale. Si je ne suis plus marxiste-léniniste je demeure opposé au capitalisme néolibéral dominant la planète à l’ère de la mondialisation. Or, ce qui est frappant, c’est la tétanie qui frappe les peuples, notamment en Europe, face à cette domination inacceptable. En France, les luttes sociales affichent leur impuissance. En ce sens le LKP a été aussi un espoir pour d’autres peuples du monde en ces temps de crise grave du capitalisme mondialisé.
 
Mais si on considère comme Marx que la superstructure est dominante, même en dernière instance pour parler comme Althusser, on rate l’importance de la société civile. Si on estime que le peuple est un et n’a pas besoin de médiations, on produit la même erreur. Gramsci, pourtant marxiste, s’est opposé à cette théorie marxiste car pour lui la superstructure est déterminante car étant le lieu où la société se réfléchit et peut se projeter dans le futur d’où le rôle qu’il attribue aux intellectuels. Ce qu’il y a de nouveau en ces temps postmodernes, c’est que le système de domination mondiale produit une modification de la subjectivité des citoyens donc une paralysie qui leur fait accepter l’inacceptable. Cela entraîne aussi un épuisement de la vie politique et syndicale. S’il y a une vérité du LKP c’est d’avoir montré indirectement la voie vers d’autres formes de mobilisation de la société civile, vérité à côté de laquelle il est passé.
 
En ce sens on pourrait dire que le moment actuel n’est plus celui de l’obsession statutaire qui fatigue la population mais bien celui du renforcement de la société civile, dans tous les domaines, surtout si la thèse avancée : moment d’achèvement de toute une tradition des luttes sociales comme aussi celui le la tradition de la vie politicienne, est pertinente. Mes propos ne sont que des hypothèses ou des interrogations qui me traversent, loin de  tout dogmatisme. Je dessine ici les cadres du débat et je suis ouvert à toute autre proposition. Que ceux qui veulent intervenir dans nos cycles de conférences le fassent savoir. On peut penser que l’heure est venue de rentrer en soi-même, de produire une distance avec soi-même, pour mieux nous repositionner comme acteurs de notre propre histoire. Les cafés-débats que nous organisons ne sont qu’une timide contribution à cet effort étant entendu que si la société guadeloupéenne doit bouger cela ne peut être le fait des seuls intellectuels. Si nous nous débarrassons des idéologies erronées du passé, il se pourrait que la Guadeloupe puisse connaître un développement de la production dans tous les domaines, intellectuel bien sûr, mais aussi concernant la production dans le domaine économique (Les interventions de Louis Thédore et d’Alex Bandou de l’UPG, lors d’un précédent café/débat ont été éclairantes), dans le domaine artistique et culturel au sens le plus large du terme car là aussi les productions sont paralysées aussi bien par l’ethnocentrisme occidental dominant les médias de la planète que par  l’idéologie identitariste délétère régnant chez nous .Je sens la Guadeloupe plus interrogative que les années précédentes. Pouvons-nous espérer dans un futur proche une Renaissance culturelle, une sorte de période des Lumières pour les Antilles ? Paroles optimistes pour saluer la nouvelle année. Cette année 2011 que je souhaite bonne à tous est pour moi la quarantième et dernière année d’enseignement. Si la santé le permet, je pourrai dans quelques mois être plus disponible pour être votre serviteur.
 
Rejoignez-nous donc au café/débat de la Casa del tango pour enrichir une réflexion collective et surtout, dans l’immédiat, venez écouter jeudi Alex Lollia.
 
                                                                                                                                                      Jacky Dahomay.
 
Remarque : certains parmi vous me demandent pourquoi j’organise des rencontres théoriques aussi sérieuses dans une Casa del tango, lieu réservé à la danse. L’explication est simple : passionné de tango sous le ciel étoilé quoique muet (expérience du sublime ?), j’ai soutenu Anne Amélie Céceille dans la création de ce lieu. Du même coup, je l’utilise aussi pour des activités culturelles diverses. Vous me dîtes que cette explication est trop simple, qu’il doit y avoir un lien inconscient entre le tango et mes activités intellectuelles, que je crois comme disait Nietzsche que le philosophe de l’avenir sera danseur, que je tangue ou tangotte aussi bien dans la rencontre des corps que dans ceux de l’esprit, que j’invente une manière postmoderne de pratique théorique en utilisant une danse née de la créolisation des Noirs et de Blancs du Rio de la Plata, danse ayant un succès certain dans la mondialisation actuelle ou dans le cadre du Tout monde de Glissant. Là je me tais et  ne peux que vous laisser dans le délire de vos imaginations.
 
 

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André-Jean Vidal
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commentaires

toto de bahia 11/01/2011 18:50


Moi,je crois le LKP plus "yayatiste" qu'autre chose.L'explication est simple,j'ai dénombré plus de t-shirt de Lauriette dans les rues en fevrier 2009 :et ce n'etait surement pas à cause du seul
carnaval.


dj 11/01/2011 12:35


Jacky, une petite erreur les dirigeants du lkp ne son pas marxistes leninistes mais TROTSKISTES attention à ne pas confondre "KOKO" et zabricots et même de deux lignes différentes depuis que la
cgtg est entre les mains des combattants ouvriers donc ligne lutte ouvrière et ligne lcr.
C est aussi un lyannaj contre nature à ce niveau ..


dj 11/01/2011 12:02


Aimé CESAIRE poéte et philosphe martiniquais va rentrer au Pantheon. Pour la Guadeloupe nous avons deux candidats ALEX et JACKY,à votre avis lequel va gagner??
Alex l homme à la minerve et ami du facteur a sans doute un petit avantage!!


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