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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 22:59

DISCOURS PRONONCÉ PAR JACQUES GILLOT LORS DU CONGRÈS DES ÉLUS SUR L'INSÉCURITÉ

 

Monsieur le Président du Conseil Régional, Président du Congrès,

Mesdames et messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux et généraux,

Mesdames et messieurs les maires

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Chers invités,

Mes chers compatriotes,

Nous nous réunissons aujourd’hui afin d’aborder une problématique qui interpelle et concerne chaque citoyen guadeloupéen au premier chef.

Une problématique qui convoque l’évolution de la société guadeloupéenne, traversée par de nombreuses mutations qui ont affecté ses équilibres fondamentaux.

Car chacun en convient mes chers collègues :

Les familles ne sont plus ce qu’elles étaient.

L’école n’est plus ce qu’elle était.

La vie sociale n’est plus ce qu’elle était.

L’individu lui-même n’est plus ce qu’il était !

Naturellement, loin de moi l’idée de reprendre le chœur des nostalgiques ressassant naïvement les sentences éculées telles que « tout était mieux avant » ou « avant chacun pouvait dormir la porte ouverte ».

Au, contraire, je crois qu’il nous appartient de regarder résolument le présent en face et de tenir compte des nombreuses pathologies qui rongent notre corps social au point d’en faire, à bien des égards, un corps souffrant.

Au nombre de celles-ci, il convient de citer en premier lieu l’insécurité et la violence.

Et en parlant d’insécurité, je crois qu’il nous faut garder à l’esprit la différence entre l’insécurité et le sentiment d’insécurité :

Ce que nous savons mesurer aujourd’hui c’est bien le sentiment d’insécurité, amplifié tous les jours par les média dans la colonne des faits divers qui à force d’être ressassés deviennent des faits de société.

Quand tous les soirs, le journal télévisé s’ouvre sur un fait divers,

Quand chaque matin la une de votre quotidien est barrée par la narration d’un acte violent et horrible,

Quand la perte d’une vie humaine est banalisée,

Alors oui mes chers collègues, vous finissez par vivre dans un climat d’insécurité !

Or, nous savons que ce phénomène est sans doute aussi dangereux  que l’insécurité elle même.

C’est la prégnance du sentiment d’insécurité qui conduit à mettre l’accent uniquement sur le tout sécuritaire,

C’est ce sentiment d’insécurité qui conduit à se renfermer sur soi, à mettre de côté ces valeurs d’entraide et de partage qui sont le fondement même de notre identité créole,

C’est ce sentiment d’insécurité qui pousse à stigmatiser l’autre, et parfois tel ou tel élu, telle ou telle collectivité .

Et de la même manière mes chers compatriotes, quand nous parlons de combattre la violence, notre vision doit se détourner des tentations faciles de l’angélisme ou de la stigmatisation,

La violence est par excellence une maladie du corps social qui engendre non seulement l’insécurité collective mais, pire encore, l’angoisse collective.

Diverses causes peuvent être citées, elles seront approfondies dans quelques instants.

Il y a la fragilisation des liens familiaux.

Il y a le taux anormalement élevé du chômage, en particulier celui des jeunes.

Il y a l’affaiblissement des valeurs morales.

Il y a le désir effréné d’une consommation perçue comme valorisante.

Il y a aussi les formes d’exploitation et les tentations qu’offre toute la panoplie de la délinquance et d’une révolte existentielle qui ne dit pas son nom.

Il appartient certes aux spécialistes de préciser la liste des causes,

Mais une chose est certaine : la montée des actes de violence nous concerne tous et réclame de nous tous, là où nous sommes, des questions et des réponses en vue de renforcer la sécurité des personnes et des biens.

C’est la raison pour laquelle le Congrès des élus départementaux et régionaux a jugé nécessaire et urgent de traiter de cette problématique qui relève pour une large part des compétences de l’Etat.

Et c’est surtout pourquoi nous devons en premier lieu nous attacher à bâtir une réponse résolument équilibrée

Une réponse équilibrée entre les différents acteurs qui doivent, chacun dans leur domaine de compétences, assumer la totalité de leur responsabilité.

 

Je pense ici à l’Etat, qui doit assumer encore davantage et autrement cette mission Régalienne de sécurité des biens et des personnes, sans laquelle il ne peut y avoir de vivre ensemble.

Je pense aux collectives territoriales : Région, Département et Communes qui doivent coordonner encore davantage leurs efforts pour renforcer le lien social.

Je pense aux associations qui démontrent chaque jour leur attachement au Pays et qu’il convient d’accompagner,

« La plus belle harmonie, ce n’est ni l’accord des tambours, ni l’accord des xylophones, ni l’accord des trompettes, c’est l’accord des hommes. »

Voilà ce que dit dans sa sagesse, l’auteur ivoirien Ahmadou Kourouma.

Alors oui, mes chers collègues, mes chers compatriotes,

Nous avons le devoir de nous inquiéter !

Oui, nous avons le devoir de prendre nos responsabilités, sans nous cantonner dans l’attitude passive des spectateurs car nous sommes comptables de la qualité de notre présent et des bienfaits de notre avenir.

Oui, nous avons le devoir de prendre à bras le corps cette importante et inquiétante question de l’insécurité parce que nous croyons fermement que la politique n’est qu’un instrument au service du social.

Oui, nous avons le devoir d’ajouter les intelligences aux intelligences pour tenter de trouver les solutions adéquates.

 

Certes, de nombreux moyens ont été mis en œuvre par les collectivités et la société civile.

Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le conseil général a pris toute sa part de responsabilités dans cette construction collective, en dépit des habituelles critiques des donneurs de bonnes leçons, et même si l’on peut toujours faire plus.

Notre cœur de mission consiste en effet à contribuer à la restauration de la Cohésion sociale de ce Pays,

Le cœur de notre ambition, c’est affirmer encore et encore que la Solidarité entre les générations, entre les familles, entre les milieux professionnels doit être le ferment, le levain de toutes nos politiques.

Solidarité entre les familles tout d’abord, qui ne peuvent totalement s’exonérer de leur part de responsabilité dans l’évolution de notre société.

C’est ainsi que nous accompagnons des partenaires comme l’association FORCES, animée par Mme Gaspard Méride, dans son travail quotidien d’aide aux Parents à travers le Réseau d’Ecoute, d’Appui, et d’Accompagnement des Parents.

C’est ainsi que nous avons initié une véritable coordination entre les associations et les institutions concernées par l’élaboration d’une charte départementale de la médiation familiale, qui permet de capitaliser les bonnes pratiques, et favorise les échanges entre les différents acteurs…

Apporter une réponse équilibrée mes chers compatriotes, c’est aussi harmoniser tous les dispositifs qui permettent la prévention de la délinquance dans ce Pays.

Prévenir, cela suppose en premier lieu d’identifier tous les acteurs, structures, associations, bénévoles qui œuvrent quotidiennement à cette démarche fondamentale.

 

C’est en ce sens que notre collectivité à initié l’élaboration de la cartographie des acteurs de la prévention de la délinquance que nous vous présenterons en fin de journée.

Prévenir mes chers compatriotes, cela suppose aussi de  progresser sans cesse dans la connaissance des phénomènes de violence en Guadeloupe.

Et c’est à ce titre que la collectivité départementale a réalisé un diagnostic de la délinquance juvénile dont les conclusions sont édifiantes, en particulier sur la question des phénomènes de gangs, qui peu à peu s’étendent des grandes agglomérations jusqu'à nos petites communes rurales…

Prévenir enfin, c’est mailler le territoire, fédérer les énergies, rassembler les acteurs, et en particulier l’ensemble des maires de Guadeloupe que nous avons sollicité, autour d’une charte départementale de prévention de la délinquance qui sera très prochainement cosignée avec l’Etat.

Apporter une réponse équilibrée, dans le domaine de compétences du conseil général, c’est aussi œuvrer à renforcer la cohésion sociale en soutenant des associations d’aide aux victimes telles que l’AGUAD et le CIDF, ainsi que celles qui accompagnent la réinsertion des sortants de prison et des personnes sous main de justice.

Il ne s’agit pas bien sur de renvoyer dos à dos victimes et bourreaux, mais bien de réaffirmer que la cohésion sociale, c’est d’abord s’attacher à aider tous ceux qui en ont besoin.

 

Apporter une réponse équilibrée mes chers compatriotes, c’est enfin réaffirmer que le phénomène de violence ne peut être déconnecté des autres maux de la société Guadeloupéenne.

Peut on débattre de la violence en Guadeloupe sans corréler ce phénomène au chômage endémique qui ronge notre corps social, qui réduit notre jeunesse à la désespérance ?

Peut on traiter du phénomène de la violence en Guadeloupe, sans enraciner ce débat dans une vision de la société Guadeloupéenne qui reste encore à construire ?

Il est donc évident que nous devons mobiliser toutes nos énergies, toute nos connaissances, toutes nos compétences,

Il est évident que nous devons mobiliser tout notre amour du Pays, le mot n’est pas trop fort, en direction d’un objectif majeur :

Combattre pied à pied la violence et l’insécurité en construisant une architecture de réponses susceptibles de renouveler la cohésion sociale.

Il y va du contrat social !

Il y va du vivre ensemble !

Il y va tout simplement de la Guadeloupe !

C’est pourquoi, il me plaît de penser que la vraie solution ne réside pas seulement dans un catalogue de mesures bien intentionnées.

La vraie solution requiert de questionner notre mode de vie pour redonner du sens à l’existence, pour projeter un idéal.

La vraie solution consiste à ré-enchanter l’avenir…

La vraie solution réside dans notre aptitude, individuelle et collective, à imaginer la Guadeloupe de demain en élaborant un projet de société qui fédère l’essentiel des ambitions de chaque citoyen,

Oui mes chers compatriotes, il y a, dans la nuit égoïste de la modernité, des lumières à allumer, voir à inventer, pour que brille la solidarité.

Elles concernent l’éducation. Elles concernent la formation.

Elles concernent l’insertion. Elles concernent la réinsertion.

Elles concernent la ré-humanisation de ceux que l’on a déshumanisés.

Elles concernent la remise en question des modèles dégradants et la valorisation des modèles exaltants.

« Aucune société ne peut prospérer et être heureuse, dans laquelle la plus grande partie des membres est pauvre et misérable » dit Adam Smith.

Et il convient à cet égard d’interroger le concept de pauvreté qui ne se limite pas à la pauvreté matérielle mais suppose une autre forme de pauvreté plus insidieuse, plus perverse, plus dangereuse :

Je veux parler de la pauvreté de la citoyenneté.

Il est patent que ce sont les femmes, les jeunes, les exclus de tous bords, les chômeurs, les fragilisés, qui sont à la fois les plus victimisés et parfois les plus enclins à la violence parce qu’ils sont les plus démunis.

En disant cela, j’exprime aux femmes victimes toute ma compassion et toute la force de ma solidarité.

En disant cela, je me refuse à stigmatiser notre jeunesse trop malmenée par les préjugés et le chômage.

C’est pourquoi il nous appartient de tout mettre en œuvre pour réhabiliter nos compatriotes les plus malheureux comme citoyens, comme personne humaine et comme membre à part entière de notre communauté sociale.

C’est pourquoi il nous appartient d’enseigner l’effort qu’il faut faire sur soi-même pour dépasser les passions, pour écouter les autres afin que le dialogue remplace la violence,

Et c’est surtout pourquoi nous avons la responsabilité historique de penser le réel Guadeloupéen en nous inscrivant dans le particulier afin de nous élever vers l’universel

C’est cela l’option politique que je préconise, mes chers collègues !

Celle qui ferait de nous, non pas un agrégat de solitudes en désarroi mais une communauté porteuse d’un projet collectif qui restitue à chacun sa dignité et son espérance.

La violence, à tout prendre, n’est qu’un cri de désespoir !

Vous l’aurez compris mes chers compatriotes ! Je refuse les fatalités mortifères !

Et c’est pourquoi, j’approuve totalement l’ambition de ce Congrès, même si nous sommes tous conscients qu’un congrès ne saurait à lui seul régler définitivement la question!

Bien au contraire, ce congrès est l’aiguillon qui doit nous inciter à retrousser nos manches, à faire taire les égoïsmes pour entendre une autre voix que la sienne…une autre voix qui pourrait être celle de la volonté générale

Ce congrès doit nous conduire à interpeller l’Etat dans ses domaines de compétences, mais pas chercher à faire à sa place,

Ce congrès doit nous pousser à bannir les effets d’annonce en adoptant des mesures financées et opérantes,

Il nous impose de Penser Guadeloupe sur le long terme en  instituant des instances de suivi de nos résolutions,

Il nous convie solidairement à cette belle ambition d’une Guadeloupe qui réapprenne à se respecter, à se parler, à se comprendre et au final, à s’entendre.

Je vous remercie de m’avoir écouté !

 

 

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