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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 19:03
Lettre au secrétaire général des Verts Guadeloupe
Par David Dahomay
militant socialiste

Monsieur Le secrétaire général, 
J’accuse bonne réception de votre courriel dans lequel vous vous enquérez de connaître mon positionnement politique, en vue des prochaines élections régionales. Et je ne peux que saluer vos propos directs et votre grande franchise. Aussi, recevez pêle-mêle mon sentiment sur ce grand fatras sociétal et politique qu’est notre microcosme insulaire en ces temps troublés :

Peut-être ignorez-vous que je suis membre du Parti socialiste et que, outre mes convictions socialistes – quoi que je reconnaisse que ces valeurs socialistes devraient, à l’aube du 21e siècle, être revisitées –, j’ai pour habitude de respecter la discipline de groupe. Je crois en effet qu’il est grand temps que tous au parti nous retrouvions le sens de l’intérêt collectif, n’en déplaise à Eric Jalton. Mais ce dernier est-il toujours au PS ?

Aussi, c’est avant tout par convictions politiques que je me suis fortement impliqué avec de nombreux camarades dans l’élaboration d’un ambitieux projet de société socialiste, qui sera discuté et adopté par les militants lors de notre Convention du 6 décembre. Et si véritablement vous avez une sensibilité de gauche, croyez-moi, vous ne serez pas déçu quant au contenu de notre projet, mettant notamment la priorité sur l’exclusion des jeunes, l’économie sociale solidaire, ou encore le développement durable et les politiques de santé.

Pourtant, certains de vos propos me mettent mal à l’aise ; je vous cite : « nous entendons participer activement à cette joute électorale, sur la base d'un rassemblement qui explose les rivalités droite/gauche ». Qu’est-ce à dire, que le clivage de la science politique classique en Guadeloupe serait inopérant ? C’est en tout cas la thèse défendue implicitement par Thierry Maximin, docteur en sciences politiques, pour qui le clivage centre/périphérie a toujours façonné la vie politique de notre territoire, la césure droite/gauche étant relayée au second plan. Du moins jusqu’à l’élection de François Mitterrand en 1981. Il est vrai qu’une telle grille de lecture a de quoi séduire puisqu’elle permet en apparence de légitimer certaines alliances politiques contre nature.

Cependant, force est d’admettre que de telles alliances le sont sur la base d’ambitions  personnelles égotistes, dépourvues de tout débat d’idées, et sans réelle armature idéologique. Et c’est d’abord cela le mal profond dont souffre notre vie politique locale : l’effacement des appartenances idéologiques devant les seuls intérêts particuliers. Si tant est que pour certains il y eût à la genèse de leur engagement la moindre conviction politique. Quand l’on est tout à fait apte à passer de gauche à droite, puis vice-versa, au gré du contexte politique, ou encore de faire battre la droite contre son propre camp, tout cela en invoquant « l’intérêt supérieur de la Guadeloupe », mais de qui se moque-t-on ? Car que trouve-t-on dès lors que l’on cherche à creuser ce que recèle cet « intérêt supérieur » invoqué par les Daniel Marsin, Dominique Larifla, ou leurs rejetons ? Du vide, mais d’un vide sidéral ! Et puis surtout, qu’ont-ils fait ou proposé pour la Guadeloupe d’évocateur ? Enfin, les a-t-on  seulement entendus prendre position – et quelle que fût celle-ci –  au plus fort des 44 jours de mobilisation ? Quelle lâcheté, et quelle inconséquence ! Reconnaissez au moins sur ce point que Victorin Lurel fut l’un des rares sinon le seul à oser afficher une position nuancée, tâchant au fil des événements de discerner le juste de l’injustifiable.

Pour tout dire, j’ai infiniment plus de considérations – et bien que nous n’ayons absolument pas les mêmes convictions politiques, quoi que sur des sujets bien spécifiques nous pourrions au moins échanger – pour des personnalités comme mon ami Alain Plaisir, ou encore quelqu’un comme Luc Reinette, qui affichent en toute transparence leurs convictions politiques. L’un est marxiste et altermondialiste et l’autre indépendantiste, même s’il faut bien admettre que l’on peut être indépendantiste et marxiste, ou indépendantiste et ultralibéral. Mais n’est-ce pas là une faiblesse consubstantielle à un certain discours nationaliste antillais, qui poursuivant la chimère de la pleine souveraineté, a toujours négligé de penser en profondeur les principes politiques, les institutions et le projet de société de la Guadeloupe d’après ?

Ainsi, je persiste et je signe : le marxisme révolutionnaire, le néolibéralisme et le socialisme étatique vont façonner pour des siècles encore, à l’échelle planétaire, nos matrices de pensées politiques. Les autres problématiques ne pouvant se décliner qu’en fonction de ces principaux clivages, qu’il s’agisse par exemple de l’indépendance, de l’autonomie, ou même des questions environnementales. Non que de telles problématiques ne pourraient apparaître comme essentielles, mais l’accession à l’autonomie de notre département n’a aucun sens, si au préalable chaque famille politique n’élabore pas son projet de société, selon sa propre matrice idéologique. Le LKP, bien qu’il s’en défende, a de réelles inclinations marxistes révolutionnaires – voire même pour un certain cercle proche de son porte-parole des aspirations indépendantistes –, et souhaiterait donc instaurer par « la mobilisation sociale permanente » une société radicalement autre, quitte à s’asseoir sur la légitimité démocratique. La droite locale bien qu’apparemment divisée, soutenue par le grand patronat local et les groupements pétroliers, ne jure que par Nicolas Sarkozy. Or, la vision du président de la République pour l’outre-mer a le mérite d’être simple sinon simpliste : autonomie – mais si possible avant tout financière – sur fond de libre concurrence. Et les meurettes annoncées en grande pompe le 6 novembre ne pourront masquer l’incroyable déni des préoccupations sociales de nos concitoyens, et l’absence de tout plan d’urgence en faveur du chômage des jeunes. En outre, la conception sarkozienne de l’identité nationale, pour le moins franchouillarde, antirépublicaine et niant la composante multiculturelle de la nation française, est autant de mépris envers les ultra-marins. Et le silence de Marie-Luce Penchard dans ce débat est pour le moins assourdissant sinon complice. Mais aura-t-elle l’étoffe de démissionner en guise de protestation ? Cela relèverait en effet de la thaumaturgie.

Alors la troisième voie, celle portée par le Parti socialiste et Victorin Lurel, me semble de très loin être la plus souhaitable et la plus juste socialement pour nombre de guadeloupéens. D’autant que les socialistes n’ont pas à rougir de leur bilan à la tête de la Région durant ces six années. Contrairement à vos divagations, l’exécutif régional n’a-t-il pas mis fin au clientélisme, voire même au népotisme qui avait droit de cité sous la précédente mandature ? Pour dire vrai, Victorin Lurel en tant qu’individu a sans doute ses défauts – mais qui pourrait se targuer de ne pas en avoir ? –, mais je puis vous attester de ses exceptionnelles aptitudes et compétences politiques, au service de l’intérêt général. Et je m’étonne qu’en Guadeloupe nous ayons trop souvent tant de mal à cultiver la compétence. Pourtant, le philosophe français Pierre Rosanvallon défend avec originalité l’idée que l’élection peut aussi transparaître comme un mode de désignation des plus aptes des citoyens à servir l’intérêt collectif. Dans ce cas, de tels critères ne devraient-ils pas constituer la pierre angulaire de notre jugement dans le choix des candidats ?

J’ose donc espérer que votre parti, traditionnellement situé à gauche, ne s’égarera pas dans les méandres de la basse politique locale, faisant fi des convictions idéologiques. Vous auriez je le crains tout à perdre que d’opérer un tel revirement. C’est aussi le vœu que je formule pour le GUSR, qui constitua avec le PPDG et le Parti socialiste l’alliance de gauche qui remporta les élections régionales de 2004. Là encore, le jeune maire de Petit-Bourg tout feu tout flamme aurait tout à perdre que de suivre les conseils d’un « has been » politique dont la sphère d’influence se réduit comme peau de chagrin.

Je ne vois qu’une seule alliance capable de battre avec force la droite : celle des Verts Guadeloupe, du GUSR, du PPDG et du Parti socialiste. C’est la seule alliance qui ne serait pas contre nature. Toute autre alliance ne servirait que des intérêts particuliers égoïstes et desservirait la gauche.

Mes salutations militantes,

David Dahomay, 4 décembre 2009.
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