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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 16:28

Première nuit en rythme
Après le départ magistral offert aux nombreux spectateurs hier au large de Saint-Malo, les 85 solitaires de la Route du Rhum - La Banque Postale sont entrés dans leur course, profitant de conditions clémentes et d'une navigation au portant pour assurer une transition entre terre et mer. La sortie de Manche s'est effectuée sans encombre et cette première nuit aura été placée sous le signe de la veille de chaque instant et de la surveillance du trafic à la Pointe Bretagne. En toute logique, les Ultimes impriment un rythme appuyé dans une houle qui s'installe de manière significative. C'est à Thomas Coville (Sodebo) que reviennent les honneurs de ce premier matin, quand Roland Jourdain (Veolia Environnement) mène la danse chez les Imoca. Lionel Lemonchois (Prince de Bretagne), Andrea Mura (Vento di Sardegna) et Yvan Noblet (Appart' City) sont, quant à eux, les premiers leaders dans leurs catégories.
 
Se mettre dans le rythme, évacuer la pression du départ et entrer en mode solitaire... les premières heures de course d'une transatlantique ne sont jamais une simple formalité et à plus forte raison quand on parle de la Route du Rhum - La Banque Postale. C'est en effet chargés d'une émotion et d'un stress mêlés que les 85 solitaires ont fait leur entrée en scène au large de Saint-Malo. Il leur a fallu se défaire de leur statut de terrien, de la clameur montant du public à terre et sur l'eau pour débuter leur histoire avec l'Atlantique. La nuit tombant, les côtes nord de la Bretagne sont devenues le théâtre des premières empoignades. Dans un vent fraichissant, offrant aux skippers du portant d'abord puis une navigation au vent de travers ensuite, et une houle d'ouest s'intensifiant au fur et à mesure de la nuit, chacun a pu poser ses premières cartes et se placer selon les stratégies décidées avant le départ. Devant les étraves des protagonistes de cette nouvelle histoire, une première épreuve et cette négociation toujours si délicate des côtes nord de la Bretagne, mais aussi et surtout du trafic des cargos au large de Ouessant. Concentrés à l'extrême, l'œil rivé sur l'AIS (système de positionnement des navires), les plus véloces se sont frayés un chemin dans cette zone minée. Pour les autres, le cap reste encore à franchir dans la journée.
 
Humidité et secousses !
 
En tête chez les Ultimes, Thomas Coville gardait un positionnement relativement centré après le passage au large de la pointe Finistère, quand Sidney Gavignet (Oman Air Majan) jouait plus au Nord, au plus près de la route directe, et que Franck Cammas (Groupama 3) plongeait d'avantage. Si les points de vue affichaient une certaine divergence, tous devaient pour autant composer avec une mer relativement inconfortable, malmenant les hommes et les machines, et rendant les manœuvres délicates. Humide et secoué, Lionel Lemonchois ne venait pas démentir le tableau. Leader chez les Multi50, le tenant du titre avouait un départ prudent du haut de sa trajectoire nordiste. Même son de cloche chez les monocoques 60 pieds dont le leadership était ce matin occupé par Roland Jourdain, devant Michel Desjoyeaux (Foncia) et Armel Le Cléac'h (Brit Air). Joint à la vacation du matin, ce dernier se réjouissait de constater que la bagarre était d'ores et déjà d'actualité dans cette catégorie disputée. En Class 40, Yvan Noblet profitait de la nuit pour prendre l'ascendant d'une courte tête sur la concurrence, quand Olivier Singelin (Gonser Group Cambio) faisait son retour en course après un retour au port hier. Enfin, en catégorie Rhum, Andrea Mura confirmait tout le bien que ses concurrents pensaient de lui avant le départ et prenait confortablement les devants.
 
Pour tous, les prochaines heures vont générer un rythme nouveau, un flux d'Ouest montant progressivement pour imposer une navigation au près, mais aussi donner lieu à des raisonnements stratégiques cruciaux pour la suite de la course et la négociation de l'Anticyclone qui leur barre la route. De quoi agiter de belles tempêtes sous les capuches !
 
Ils ont dit :
 
Thomas Coville (Sodebo), 1er des Ultimes au classement de 4 heures
"Ca s'est bien passé même si j'ai fait deux petites erreurs dans les manœuvres, ce n'est jamais très agréable. En début de nuit, j'ai trois de mes petites camarades qui ont disparu, je ne sais pas trop ce qu'ils sont devenus. J'étais avec Sidney sur Oman Air Majan aussi ; mais je l'ai perdu. Je suis tout ça en même temps.
On a une grosse houle qui ne rend pas les manœuvres faciles et la vitesse irrégulière. Le vent a bien fraîchi, c'est bien rentré mais sinon tout va bien. Je viens de me faire un petit déjeuner nickel, et un petit changement de tenue car j'étais bien trempé ! Ca va assez vite, je suis à 28 /29 nœuds. J'ai un peu raté mon départ, j'étais un peu timoré, j'aurai dû envoyer le gennaker dès le départ. En arrivant au Cap Fréhel, j'ai retrouvé les autres. Avec Gitana 11 on a tourné Nord pour s'échapper de la foule de bateaux. On a perdu du temps. On se demandait comment on allait trouver un passage pour s'en sortir et puis je suis revenu dans le match dans la soirée.
Au départ, c'était super dangereux et chaud de trouver sa place. Avec ce gros bateau quand il faut manœuvrer les gens ne se rendent pas compte de la vitesse à laquelle on arrive, en même temps je les comprends. J'espère qu'il n'y a pas eu d'accidents. 
Ma stratégie n'est pas encore complètement définie, je ne sais pas très bien où sont les autres. Je n'ai pas reçu les positions. Tout va vraiment dépendre des prochains fichiers du matin pour savoir comment articuler la suite. J'essaye de continuer ma route Sud-Ouest un peu medium, avec la possibilité de choisir ce qu'on va faire. On aura surement tous pris notre décision d'ici la fin de l'après-midi.
En tout cas, merci pour le départ car ça n'a pas dû être facile à organiser ce bordel, bravo ! "
 
Lionel Lemonchois ( Prince de Bretagne), 1er des Multi50 au classement de 4 heures
"C'est plutôt humide et un peu secoué, mais ça ne va pas trop mal. Je n'ai pas pris un très bon départ. C'était incroyable le nombre de gens qu'il y avait ! Les conditions n'étaient pas très dures donc c'était facile, mais il fallait quand même faire attention car il y avait vraiment beaucoup de bateaux ! Je n'ai aucune position de mes concurrents donc je fais ma route. Pour la suite, ça ne va faire que refuser ; on va faire du près et passer surement quelques jours inconfortables".
 
Armel Le Cleac'h ( Brit Air), 3ème Imoca au classement de 4 heures
"On a eu de bonnes conditions pour sortir de la Manche, là c'est un peu plus houleux. On est au travers avec une houle Nord-Ouest assez formée. On est en train de passer les rails de cargos, assez chargés. On est de veille parce qu'il y a pas mal de trafic.
Je me suis un peu reposé après Ouessant, on a eu pas mal de manœuvres et de changements de voiles, donc je me suis allongé 5 minutes pour souffler un peu et manger un bon repas chaud. Je suis en standby, il y a pas mal de vent, une vingtaine de nœuds, je fais des bonnes moyennes entre 16 et 20 nœuds. Sur le pont ca mouille et on a un vent qui va un peu tourner a l'ouest, on va finir au près.
Le vent est rentré progressivement, on a eu de quoi faire en terme de manœuvres, on est dans la course, on a la cartographie, on est assez proches avec les concurrents, il y de la bagarre qui commence. Tout le monde est à fond, c'est sympa !
Je regarde ce qui se passe en général autour de moi. Les prochains jours vont se décider dans la journée, la route à prendre et peut-être une ou deux options possibles. Il faut surveiller les infos météo qui arrivent tout à l'heure. Faire un check du bateau, se reposer quand le vent sera plus stable pour enchainer derrière".
 
Bernard Stamm ( Cheminées Poujoulat), 5ème des Class 40
"C'est un peu mouvementé, je n'ai pas réussi à descendre la chaussette de spi, c'était coincé. C'était chaud, j'ai réussi à l'enlever mais juste avant les cailloux, donc je me suis fait une petite montée d'adrénaline.
Je suis rentré dans la course direct, mais ma figure a vraiment duré un moment et je pensais avoir perdu plus de temps. Là je sais qu'ils sont plus descendus dans le vent, mais je fais ma route. Aujourd'hui, je vais faire de la navigation avant de récupérer les fichiers, après je ferai des manœuvres car le vent va encore refuser.
Je me suis posé pour une micro-sieste mais c'est devant l'ordinateur que je me suis endormi, je ne sais pas combien de temps, peut-être 5/10 minutes".

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André-Jean Vidal
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