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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 15:37

LE DEFI DE L'ENGAGEMENT
L’engagement n’est plus une vertu sociale. La nécessité peut encore pousser à des mobilisations en réaction à des situations inacceptables, et le 1°MAI en est un bon exemple partout en France. Mais globalement, les syndicats sont en déclin, les partis politiques se fragmentent, les paroisses se dépeuplent, les associations reposent sur quelques individus. Pourtant, le changement et le progrès maîtrisés ne peuvent exister sans engagement.

« Tout engagement génère des compromis, et il est évidemment beaucoup plus facile de rester soi-même en ne faisant rien » (Ethan Hawke). Face à un monde complexe imposant des souffrances d’autant plus importantes que les individus sont impuissants à le changer (et parfois même à le comprendre), la tendance est au repli. Repli sur la famille, repli sur les acquis, repli sur le passé. Repli identitaire aussi. Quand ce n’est pas repli communautariste, sectaire. On est bien entre soi, parfois en se ménageant un petit espace de sécurité, le plus souvent en essayant de défendre ou de conquérir une fragile stabilité. C’est bien compréhensible dans le chaos de la précarité et de l’insécurité sociales, qui s’imposent trop souvent aux portes de nos foyers, mais il n’est pas sûr que ce soit la meilleure solution pour en sortir définitivement.

Victime ou responsable ?

Chacun est insatisfait, beaucoup se sentent victimes. On râle, on proteste, mais on a du mal à s’engager dans une stratégie durable. Au lieu de tenter de changer activement ce qui est insatisfaisant, on se rassure entre proies plus ou moins consentantes : on s’en remet à la fatalité d’un éternel recommencement, aux faveurs d’un chef de clan clientéliste, aux promesses d’un leader charismatique, à la croyance dans un au-delà lointain, à la réassurance d’idéologies dogmatiques closes. Et on continue de subir.

Le groupe ou la croyance, le chef, rassurent mais enferment. Leurs réponses toutes faites apaisent les angoisses mais entretiennent la passivité et écartent la possibilité du changement. Il est donc peut-être temps de réhabiliter l’engagement, autrement que comme la souscription aveugle à des aliénations consenties prenant le pas sur des aliénations subies.

Il nous faut plutôt concevoir l’engagement comme un processus consistant à s’impliquer activement et à prendre des responsabilités. Mais aussi comme un mouvement où il est primordial d’anticiper pour ouvrir l’avenir à l’action. La paralysie du développement de notre société ne doit pas sans cesse être mise au compte d’un passé qui ne pourrait que se répéter, identique à lui-même, ou dans une réaction en miroir. Nos problèmes et leurs solutions ne doivent plus être exclusivement projetés sur des facteurs extérieurs à nous-mêmes : même quand ils sont opérants, ceux-ci ne sont qu’une partie d’un système auquel nous participons aussi, y trouvant parfois des bénéfices, même minimes.

L’engagement, c’est d’abord se lier à soi-même, dans le présent et encore plus dans le futur, par rapport à ses propres actes. C’est donc à la fois une façon de se positionner, un style de conduite, mais surtout des actes que l’on pose et que l’on assume.

L’engagement comme conduite

La tendance au repli conduit souvent à devenir spectateur. Le monde n’est qu’un théâtre mis en scène par le journal télévisé, ou quelques orateurs au rôle attendu. Or l’engagement réussi nécessite avant tout de se sentir impliqué et concerné par la situation : « la Gwadloup sé tannou » doit demeurer le cri de ralliement de l’engagement social réussi, pourvu qu’il ne soit pas réduit à l’ambigüité que certains lui ont conférée, celle de la possibilité d’une exclusion « dermique ».

Assumer activement la situation et vouloir y prendre toute sa part, permet de reprendre à son compte cette situation, avec ses aspects négatifs ou positifs, ses potentialités et ses limites. On ne peut pas se contenter de dénoncer la situation qui déplaît ou qui blesse, car il faut aussi s’y considérer comme éventuellement dépositaire d’une part de responsabilité. C’est alors à ce prix que l’on peut développer et enchaîner ses actions, visant à reprendre l’héritage du passé et les réalités du présent, pour tenter de modifier l’avenir en l’orientant dans une autre direction.

La stagnation et l’injustice naissent et sont entretenues par les positions commodes de l’indifférence ou du retrait, parfois en rapport avec une réelle inconscience de la situation, mais plus souvent alimentée par la facilité de la non participation drapée dans l’indignation de la projection victimaire. Quand elles ne sont pas carrément cultivées au fil du Kokanyaj improvisé au quotidien… Le défi de l’engagement est de proposer à la place implication, responsabilité, anticipation de l’avenir, dans toutes les occasions de notre vie personnelle ou sociale.

Les actes de l’engagement

L’engagement est trop facilement réduit à l’engagement dans une organisation (on s’engage à l’armée, dans la légion, dans une milice, dans un syndicat, etc). Ce type d’engagement est limité à un champ circonscrit, pour une durée limitée, connue à l’avance. Il s’agit d’un choix instrumental. Plus large est l’engagement idéologique, ou au service de valeurs. Il devient alors général, sinon global, et engendre un style de vie qui influence toutes les actions. Mais il enferme à son tour dans une sphère de pensée limitée.

Il ne faut pas non plus oublier l’engagement qui se conclut envers une personne. Il s’agit alors d’une forme de promesse, le plus souvent d’un don, et si possible d’un don mutuel, à un moment donné mais surtout dans le futur. Cet engagement fait espérer une fidélité durable à la promesse, à défaut d’une réelle fidélité à la personne, et l’avenir y est totalement incertain. Mais rien n’est plus solide que la fidélité à soi-même, et c’est encore l’action concrète qui la permet le mieux.

Lorsque l’engagement se traduit en actes, c’est qu’une décision est passée par là. En décidant d’agir l’individu se lie à lui-même, en se liant profondément à son propre projet et à son propre futur. En visant un objectif, en se lançant dans une direction, en explicitant ses buts, les actes que nous posons nous engagent totalement en condensant des potentialités qui sinon resteraient des désirs sans lendemains, des fantasmes ou des regrets stériles, des frustrations. C’est l’action qui engendre l’avenir, qui n’est jamais totalement prévisible, demeure toujours un peu incertain, mais peut néanmoins être orienté.

Réussir

Pour réussir il ne suffit pas de passer à l’acte. C’est même assez dangereux si ça n’est pas assez réfléchi! Le mieux est de tenter d’allier les diverses composantes de l’engagement, instrumentales, idéologiques, et personnelles. Il nous faut donc des compétences, c’est-à-dire des connaissances obtenues autant par la formation que par l’éducation ou l’expérience, par la transmission ou par le partage. Mais pas seulement : il nous faut aussi des valeurs, pour dépasser ce qui ne serait sinon que recettes figées ou techniques déshumanisées, et les mettre en œuvre au profit d’une finalité porteuse de lien autant que de sens. Et surtout il nous faut envisager de le faire avec nos semblables, dans la relation et dans l’échange, et non dans la confrontation ou la soumission.

Et puis il faut savoir que ce que l’on sème ne pousse pas toujours, car nul ne peut contraindre l’autre à changer malgré lui, nul ne peut prévoir tous les événements qui peuvent survenir. Il faut cependant essayer, avec la conviction que si nos actions n’ont pas toujours d’effet sur notre environnement, notre engagement a systématiquement une influence sur nous-mêmes. Et c’est déjà pas mal, d’autant que cela peut finir par devenir « contagieux »…

S’il n’y a pas de recette de la réussite du changement désiré, il existe au moins des facteurs favorisants : réfléchir pour agir, expliciter clairement ses objectifs (la confiance aveugle dans le hasard, le voisin, ou l’Etat ne mène généralement pas très loin), débrider son imagination tout en déployant systématiquement une organisation structurée, etc. Et aussi être prêt à recommencer si les circonstances n’ont pas été aussi favorables que prévues.

Contractualiser

Quelque soient les « plans » que l’on peut échafauder pour faire progresser notre société, nul ne peut réussir tout seul, et encore moins contre la majorité de ses semblables. Pour que nos engagements réussissent, il faut que nous les partagions, et qu’une majorité adhère à un projet commun, aux valeurs qui le sous-tendent et le justifient, et aux actions nécessaires pour le concrétiser. Pour avancer ensemble, il faut que les liens qui nous relient à nous-mêmes et aux autres membres de la société soient forts. Et la meilleure façon de s’assurer de la solidité de cette « reliance », c’est de l’établir par le contrat.
Comme disent les juristes, « le contrat fait la loi des parties » : lorsque l’on contracte, on se soumet volontairement au contrat que l’on choisit d’accepter, par l’exercice d’un libre-arbitre qui exprime son autonomie de pensée et de choix, sa liberté, sa responsabilité. Pire encore que de ruser avec des pouvoirs extérieurs que l’on s’échine à contourner (tout en laissant subsister leurs injustices), nous devons arrêter de tricher entre nous, et encore plus de ruser avec nous-même.

Le temps de l’engagement, c’est surtout celui de la promesse. Et les promesses doivent être tenues. Toutes les promesses. Bien sûr celles de l’Etat, qui doit montrer l’exemple de l’équité, du respect de la parole donnée et le chemin de la protection impartiale. Bien sûr celles des élus, qui doivent se dépouiller de leurs oripeaux électoralistes, pour devenir les vrais tisserands des fils du contrat social. Mais surtout les promesses que l’on se fait à soi-même, et que l’on honore dans la durée. L’engagement social réussi ne peut pas se contenter de flamboyer le temps d’un slogan, d’un hymne, d’une manifestation, d’une réaction. Parions donc sur un engagement durable, conclu à travers un nouveau contrat social, et tenons toutes nos promesses, notamment celle de la fraternité !

Michel EYNAUD

(article publié dans l'hebdomadaire guadeloupéen Le Progrès Social daté du 1er mai 2010)

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André-Jean Vidal
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Aimar 03/05/2010 15:58


Qui a confiance dans les syndicats ?
Les hommes politiques auraient perdu la confiance des électeurs. Ils ne sont plus crédibles.
Pourquoi les salariés auraient confiance dans les syndicalistes ? Sont-ils crédibles ?
13 syndicats ont rassemblé 3 000 manifestants dans les rues étroites de Basse-Terre. Cela fait une moyenne de 230 syndiqués par syndicat.
Personnels politiques non crédibles.
Syndicalistes non crédibles.
Drôle de situation.


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