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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 13:09
ALLIANCES MODE D’EMPLOI
 
par Michel EYNAUD


Les élections régionales approchent. Les grandes manœuvres s’accélèrent. Les listes vont enfin être connues… mais les électeurs ont parfois de mal à comprendre comment on arrive à les composer. Voici quelques règles plus ou moins conseillées ou utilisées…

       
La constitution d’une liste à soumettre au suffrage universel n’est pas simple. La preuve : la plupart des candidats attendent le dernier moment, en raison des tractations de dernière minute, des surprises ou des manipulations à ne pas éventer, des trahisons qu’il faut confirmer ou éviter. C’est assez opaque pour l’électeur de base, mais il y a quand même quelques repères connus. Attention, certains leaders peuvent utiliser plusieurs ressorts pour doser leurs alliances…

Les idéologues

D’abord il y a les cas faciles. Ce sont les dogmatiques. Ils sont inféodés à une idéologie assez figée, assez imperméable à l’évolution de la société ou aux enjeux du moment. Ce sont les bons vieux « révolutionnaires », qui ont tout prévu depuis Marx et ses successeurs (au choix Mao, Trotski, Staline, Lambert ou quelques autres). La lutte des classes est la cause de tout, la dictature du prolétariat la solution de tout (et  parfois même la « solution finale » comme au Cambodge…). Ils n’ont quasiment jamais d’élus car à part quelques nostalgiques ou quelques apparatchiks, personne ne croit vraiment dans un système qui a fait long feu.  De toutes façons ils ne croient pas à l’intérêt des élections, qu’ils appellent souvent à boycotter, et ne les utilisent que comme occasion de dénoncer les limites d’une démocratie qu’ils condamnent comme « bourgeoise ». Mais au moins, avec eux c’est clair : ils ne s’allient qu’entre eux, rabâchent, enfermés dans leur « noyau dur », et s’étiolent doucement malgré la virulence de leur rhétorique,

Les séducteurs

Il n’est pas non plus très compliqué d’analyser la démarche des individualistes. Là il s’agit de personnes déçues des partis politiques, ou alors qui n’ont pas pu y trouver de place. Il faut dire que la haute idée qu’ils se font d’eux même les empêche d’imaginer qu’ils n’y aient pas la première place…Ils sont donc condamnés à se constituer leur propre « mouvement » ou « rassemblement ». La recette est simple : un chef charismatique cherche des individus à séduire. Le chef a besoin d’exister grâce à ses idées, son influence ou parfois les contributions financières de ses disciples.  Les membres sont repérés au cours de rencontres fortuites ou organisées, ou bien dans des structures associatives, ou encore grâce à des publications appropriées, livres ou hebdomadaires. Ils sont déçus ou idéalistes, en tout cas prêts à faire confiance et à sortir des sentiers battus. Ils sont peu politisés, et on camoufle leur inexpérience en les qualifiant de « membres de la société civile ». La liste qui en résulte est une alliance d’individus, fédérés par un leader, et elle n’est souvent qu’un feu de paille.

Les professionnels

Pour ceux-ci, la politique est un métier. Elle les nourrit : psychiquement en alimentant leur narcissisme, physiquement en les nourrissant de petits ou grands avantages. Leurs alliances sont fondées sur les aléas du clientélisme : il faut essayer de se trouver du côté des plus forts, qui auront peut-être le pouvoir, il faut promettre tout et n’importe quoi pour agréger le maximum de clients intéressés. La recette de ce type de liste, c’est la convergence d’intérêts, la fidélité transitoire qu’on achète, les dettes qu’on crée ou rappelle opportunément. On y rassemble aussi des notables. Pour les insérer dans cette liste magique qui sera peut-être l'échelle du pouvoir, il faut d'abord soupeser ces notables : combien "pèsent-ils " de voix ? Quelle honorabilité viendront-ils étaler sur des alliances manifestement artificielles et de circonstance ?

Le mandat y est surtout vécu comme un gâteau dont on veut la plus grosse part, et qu’on distribuera au fil des faveurs qu’on espère pouvoir distiller… si on achète assez de soutiens… et si on ne se divise pas entre anciens alliés dès qu’on est élus. Avec eux l’alliance est de circonstance, la trahison est programmée, les revirements inévitables. Etant perpétuellement à vendre ou à acheter, ils ont beau renouveler l’habillage idéologique de leurs discours, ils sont souvent réduit à s’affirmer par leur soumission à leurs nouveaux maîtres et leur opposition à leurs anciens amis.

Les opportunistes

Leur priorité, c’est rassembler les mécontents. On les constitue en association ou en mouvement "spontané". On bat le rappel des frustrés, des girouettes, des opportunistes. On utilise ses mandats électoraux ou ses éventuelles fonctions gouvernementales pour faire miroiter les avantages que le peuple pourrait rêver d'en tirer. On ne sait pas trop ce qu’ils veulent, et eux non plus. Pour faire miroiter les ailleurs inconnus où ils veulent nous entraîner, leurs listes parlent souvent de « autrement », « changement », « renouveau », etc. Comme leurs idées paraissent un peu vagues, ils les pimentent en lâchant dans les médias des « dossiers », des "affaires ». Ils attaquent beaucoup, promettent vaguement, proposent peu.

Les « accros »

Hommes et femmes, ils ont près de 80 ans. Intouchables, ils ont rempli la vie politique de la Guadeloupe. Ils ont même partagé le pouvoir avec des ententes contre nature. Ils  pourraient prendre leur retraite, et laisser de plus jeunes préparer un avenir qui ne leur appartient plus. Dans l’ombre comme dans la pénombre, ils  sont trop attachés, trop dépendants du plaisir de faire et défaire des élus, d’organiser et renouveler des manœuvres. Leurs alliances ne peuvent s’envisager qu’autour du cercle des derniers fidèles survivants et de leurs« juvéniles créatures ». Ils  ne peuvent plus  se passer du pouvoir, direct ou par procuration. Le perdre c’est mourir, et les alliances faites sont celles d’une survie à n’importe quel prix.

Les calomniateurs

Ils n’ont rien à dire pour la Guadeloupe, mais sont intarissables sur les défauts réels ou supposés des autres. Ils alimentent les cancans, diffament. En tentant de salir leurs adversaires, ils ne font que livrer leur vacuité et s’abaisser eux-mêmes. Ils critiquent l’âge de leurs concurrents, mais ce n’est pas parce qu’on a 80 ans qu’on est forcément mauvais : c’est sur son bilan qu’on doit être condamné ! Et ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on est dynamique : c’est parfois pour sa soumission et son inexpérience qu’on est choisi ! Ils dénoncent les choix sexuels, réels ou supposés, de tel leader, mais l’homophobie n’est pas une opinion : c’est un délit, puni par la loi. Comme est un délit toute position visant à la discrimination fondée sur le sexe, l’apparence (y compris la couleur), la croyance, l’état de santé, etc. Malheureusement certains sont friands de ces turpitudes, colportées avec un mélange de complaisance et de dégoût. Il est vrai que certains citoyens sont plus avides de dénigrement scandaleux que de comptabilité publique…

Les fédérateurs

Toutes les alliances ne sont pas des stratégies bancales. Le mouvement social  a montré qu’on pouvait fédérer solidement des syndicats, des partis, des associations culturelles, unies dans la protestation sans renoncer à leur identité, ce qui se traduit maintenant par des positions très diverses à l’occasion des élections. L’union n’est pas la fusion. S’unir contre la « pwofitasyon » reste un beau succès et un beau projet, surtout quand il réussit à éviter la violence (et la xénophobie). Il reste encore le défi de réussir à s’unir pour un projet. De s’unir pour la Guadeloupe. Le slogan d’une des principales listes, « tous pour la Guadeloupe », ne devrait pas rester un simple slogan, ni même l’exclusivité du président de Région sortant, mais bien le cri de ralliement de tous ceux qui aspirent à une nouvelle citoyenneté.

Rassembler ou unir ?

Rassembler n'est pas unir. On rassemble ce qui est éparpillé, différent. On juxtapose, on empile des images et des histoires qui sont pour le moins hétéroclites et mouvantes. Le résultat est instable et ne dure qu'un moment. Le rassemblement est courtisé : il donne l’apparence de transformer l'instabilité, l'opportunisme et la faiblesse  en un semblant d’évolution. Il fait croire que la fidélité et la persévérance sont de l'immobilisme. La valeur qu'il proclame est celle des individus, en privilégiant l'incertitude des stratégies personnelles aux dépens de la rigueur des bilans, des projets, des programmes. Et condamne l'électeur à constater dans l'après-coup quelle était la véritable motivation des participants au rassemblement.

Certes, le rassemblement permet la convergence. Mais s’il s'agit d'additionner des intérêts contradictoires qui vont se potentialiser réciproquement, il constitue une bonne arme de guerre, de revanche, mais sûrement pas une machine à gouverner. D'ailleurs, dès le feu de la bataille éteint, surgit l'épreuve de la réalité. Complexe, la réalité appelle des réactions diverses, qui se transforment vite en divergences. Et les divergences éclateront inéluctablement, en l'absence d'ennemi contre qui se rassembler...

Les rassemblements illusoires et les  mariages contre nature sont l'antichambre de la stérilité et du divorce ! Plutôt que de rassemblements hétéroclites de  circonstance, la Guadeloupe a besoin d’UNION. L'union n'est pas juxtaposition, mais mise en commun. Elle exige la cohérence du projet pour assurer l'harmonie de l'action. L'union n'est jamais une compilation d'intérêts mais plutôt la capacité d'exprimer l'unité de conception qui respecte la diversité des formes d'expression et l’identité de ceux qui y souscrivent.

Pour s'unir il faut renoncer à la dictature des magouilles personnelles au profil de l'avènement du projet commun, dont la solidité dépend essentiellement des valeurs partagées. Voulons-nous la perpétuation de dynasties monopolisant le pouvoir et l’avenir,  confisquant la Guadeloupe, ou préférons-nous l’union de ceux qui pourront accompagner le mouvement de construction d’une Guadeloupe  ouverte à tous ceux qui veulent y contribuer ? Une Guadeloupe forte, solidaire, écologique, responsable.
 «La  Gwadloup sé tannou », et non pas « sé tanmwen »…









Progrès Social daté du 19 février 2010, p PAGE   \* MERGEFORMAT 3




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André-Jean Vidal
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