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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:34
53 940
Le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A inscrits à Pôle
emploi s’établit à 49 100 en Guadeloupe fin mai 2009. Ce nombre
augmente de 1,2 % par rapport à fin avril 2009 (soit +590). Sur un
an, il est en hausse de 7,7 %. Le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C inscrits à Pôle emploi s’établit à 53 940 en Guadeloupe fin mai 2009. Ce nombre croît de 1,5 % (soit +800) au mois de mai. Sur un an, il augmente de 6,3%. 

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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 01:33
TRIBUNE LIBRE
En ma qualité de citoyenne guadeloupéenne, de membre de la société civile, je m’interroge et interpelle les autres citoyens de mon péyi Guadeloupe.
    •    Pourquoi ce congrès ?!
Je retiens  de ce dernier :
    •    10 heures de débat,
    •    40 intervenants et beaucoup de blablabla, de « m’as-tu-vu ?»,
    •    Porte-blocs en cuir, stylos et clés USB pour tous les élus, invités, journalistes…
    •    à l’heure des résolutions,  plus des deux tiers des élus n’y sont plus. Yo ja pati !!!

    •    Pourquoi leur faut-il DIX HUIT MOIS pour préparer un projet pour la Guadeloupe !!!
    •    Que font nos élus  des résultats des Etats Généraux ?
    •    Que font nos élus de la plate-forme de revendications du LKP ?
    •    Que font nos élus de toutes les doléances de leurs administrés au sein des mairies et autres Collectivités ?
    •    KA YO KA Fè ?

    •    Pourquoi veulent-ils ENCORE nous endormir ?                                                                                         Deux  questions sont à poser aux citoyens dans les plus brefs délais :
    •    Faut-il  dans l’immédiat une assemblée unique (pour au moins réduire les frais de fonctionnement et augmenter les investissements de la nouvelle collectivité) en attendant de POSER la question institutionnelle ou le changement statutaire ?
    •    Faut-il reporter les élections régionales à fin 2010 ?
Nous en avons assez de payer, de payer, et de payer : taxes, impôts, redevances, cotisations…   La Guadeloupe  doit être prête pour affronter les nouveaux défis à la sortie de la crise internationale, pour un développement endogène qui  tienne compte de tous ses atouts.
    Nous voulons donc maintenant des réponses.  Doivent-elles venir :
    •    Des élus, déjà au pouvoir depuis, 6, 12, 18 ans et plus ?
    •    Des citoyens au sein ou non de partis ?
    •    De la Société Civile ?
    •    De la rue ?
    •    Ou de l’Autre ?
Michelle MAKAIA-ZENON, Commune de Morne-à-l’Eau
PS : Morne-à-l’eau doit-elle intégrer la communauté des communes du Nord Grande-Terre ou doit-elle s’insérer  dans celle qui inclut la ville des Abymes ? Nous souhaitons ouvrir le débat.
Morne-à-l’eau, le 25 juin 09.
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 14:04

RESOLUTION DU CONGRES DES ELUS DEPARTEMENTAUX ET REGIONAUX


O B J E T :  PROJET GUADELOUPÉEN DE SOCIÉTÉ

Le Congrès des élus départementaux et régionaux, réuni le 24 JUIN 2009 ;
Vu  le Code  Général  des  Collectivités  Territoriales, notamment  son  Livre  IX  et  ses  articles L 5911-1 et suivants,
Vu la délibération du Conseil Général n° 2009-10/1ère R du 17 Mars 2009 portant réunion des Elus Départementaux et Régionaux en congrès,
Vu  l’arrêté n° : D 09/18/PCG  du  Président  du  Conseil  Général  convoquant  le  Congrès  le  07 Mai 2009,
Vu le rapport introductif du Président du Congrès,
Considérant le contexte de crise économique mondiale exacerbée, dont l’impact au niveau national se fait durement ressentir à l’échelon local,
Considérant les revendications d’ordre économique, social, identitaire et plus largement sociétal, issues du mouvement social qui a traversé la Guadeloupe en début d’année,
Considérant la nécessité de doter la Guadeloupe d’outils et de moyens de tous ordres propres à permettre l’émergence de réponses adaptées au traitement des difficultés et  dysfonctionnements affectant la cohésion sociale et territoriale de l’archipel,
Considérant l’aspiration réitérée du peuple guadeloupéen à être l’acteur premier de sa propre destinée,
Considérant l’impérieuse nécessité pour y parvenir, de déterminer démocratiquement les voies et moyens devant conduire à l’élaboration d’un projet guadeloupéen de société partagé,

PROPOSE

ARTICLE 1 /  Les instances d’élaboration du projet de société
De mettre en place les instances suivantes, en vue de procéder à une large consultation de la population guadeloupéenne et faire émerger un projet guadeloupéen de société :




1°) Le  comité guadeloupéen du projet, clé de voûte du dispositif comprend 60 membres désignés par leurs instances représentatives, ainsi répartis :
-10 représentants de la société civile, (leaders d’opinion, média, université, églises, associations cultuelles et philosophiques…)
-10 représentants des partis politiques,
-10 représentants des syndicats de salariés,
-10 représentants des syndicats patronaux,
-20 représentants  du monde associatif dont :
    -3 membres d’associations de jeunes et d’étudiants,
    -3 membres d’associations sportives,
-3 membres d’associations culturelles,
-3 membres des associations de personnes âgées et handicapées
    -2 membres d’associations de protection de l’environnement,
    -2 membres d’associations de consommateurs,
    -2 membres d’associations de parents d’élèves, ;
    -2 membres d’associations de défense des familles,

2°) Le comité communal du projet, qui associe à ses travaux  tous les citoyens et forces vives de la commune, est animé par 32 membres désignés par les différents collèges composant le comité guadeloupéen du projet, selon la répartition suivante : 
-5 représentants de la société civile, (leaders d’opinion, média, université, églises, associations cultuelles et philosophiques …)
-5 représentants des partis politiques,
-5 représentants des syndicats de salariés,
-5 représentants des syndicats patronaux,
-12 représentants  du monde associatif dont :
    -2 membres d’associations de jeunes,
    -2 membres d’associations sportives,
-2 membres d’associations culturelles,
-2 membres d’associations de personnes âgées et handicapées,
    -1 membre d’associations de protection de l’environnement,
    -1 membre d’associations de consommateurs,
    -1 membre d’associations de parents d’élèves, ;
    -1 membre d’associations de défense des familles,

Ce comité met en place un bureau de cinq membres qui assure la permanence de son action.
3°) Le comité de territoire du projet, est pour sa part constitué de deux membres du bureau de chaque comité communal relevant de sa circonscription.

ARTICLE 2 / Les Etapes de la concertation
D’adopter, pour réaliser cette consultation, la méthode suivante :
Le comité guadeloupéen définit et valide les thématiques à traiter.
Chaque thématique ou pilier du projet est débattu au sein des comités communaux.
 A l’issue de ces débats, chaque comité communal transmet ses synthèses au comité de territoire dont il relève, en sorte d’établir une cohérence en fonction des bassins de vie. Après validation, le comité guadeloupéen élabore une synthèse thématique globale.
Les synthèses thématiques globales sont ensuite communiquées au Congrès et deviennent alors des résolutions constitutives du projet guadeloupéen de société que les Conseils Régional et Général sont chargés après adoption, de transmettre au Gouvernement.

ARTICLE 3 / Le Calendrier
Les instances prévues à l’article 1 sont installées par le président en exercice du Congrès avant la fin de l’année, dans les conditions suivantes :
-Installation du comité guadeloupéen du projet d’ici  fin septembre 2009,
-Installation des comités communaux et des comités de territoire d’ici  fin décembre 2009.
Afin de tenir compte de la période électorale liée au scrutin régional de mars 2010, un délai  de 18 mois est préconisé pour la finalisation du projet de société à compter de ce jour.
 
 ARTICLE 4 / Disposition transitoire
De demander à l’Etat de n’engager ni d’imposer de modification institutionnelle ou statutaire qui ne serait pas compatible avec le projet de société élaboré par le peuple guadeloupéen dans ce délai de 18 mois.


    LE PRESIDENT DU CONGRES DES ELUS
    DEPARTEMENTAUX ET REGIONAUX
Président du Conseil Général


    Jacques GILLOT

   

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 14:01
Monsieur le Président du Conseil régional,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le Président de l’Association des Maires
Mesdames et messieurs les membres du congrès,
Mesdames et messieurs les personnalités invitées,
Chers compatriotes,

C’est avec un profond sentiment de responsabilité que j’ouvre les travaux de ce congrès des élus départementaux et régionaux.

Toute la Guadeloupe a été témoin des faits particulièrement graves qui se sont déroulés dans cette enceinte chargée d’Histoire le 7 mai dernier, empêchant la tenue de nos travaux.

Nous avons dénoncé ces agissements en ce qu’ils bafouaient la démarche de démocratie ouverte que nous entendons initier avec ce congrès.

Nous les avons dénoncés en réaffirmant notre volonté de faire émerger une Guadeloupe qui apprenne à se regarder dans les yeux et à débattre en respectant la différence de l’autre.

Au moment de démarrer nos travaux, je veux donc redire solennellement que nous laisserons toujours la porte ouverte à celles et ceux qui respectent la démocratie et la personne humaine.

La porte sera toujours ouverte aux filles et aux fils de Guadeloupe, et à tous ceux qui ont fait le choix de contribuer à développer cette terre.
La porte sera toujours ouverte à toutes celles et tous ceux qui, sincèrement, sans arrière pensée ni paravent, sont prêts à construire cette nouvelle Guadeloupe que tous nous appelons de nos vœux.

Mes chers compatriotes,

Hasard du calendrier, nos travaux interviennent dans un contexte marqué par la visite officielle du Président de la République qui sera accompagné par la nouvelle secrétaire d’Etat à l’outremer, la guadeloupéenne Marie-Luce PENCHARD.

Cette nomination d’une ressortissante de l’outremer à ce poste constitue effectivement une première.

Nous lui souhaitons, naturellement, un plein succès dans cette nouvelle mission, en formant surtout le vœu que cette nomination soit véritablement le gage d’une efficacité accrue au service des intérêts de la Guadeloupe et plus largement de l’outremer.

En tout état de cause, nous saurons demeurer vigilants pour faire avancer les dossiers du pays en obtenant des engagements concrets de ce nouveau Gouvernement.

Et c’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que nous saisirons l’opportunité de sa visite en Guadeloupe pour interpeller à nouveau le Président de la République sur des sujets fondamentaux et d’une brûlante actualité.




Je veux parler de la mise en œuvre effective du plan d’urgence pour l’emploi et la formation des jeunes, en particulier au bénéfice des jeunes de 16 à 25 ans,

Je veux parler des finances des collectivités locales dont la situation alarmante appelle un effort particulier de l’Etat, au moment où elles se voient confrontées à la problématique de la pérennisation des contrats aidés,

Je veux parler de l’urgence d’un plan santé spécifique pour l’outremer après concertation avec les professionnels du secteur,

Je veux parler de notre forte inquiétude face à des licenciements qui se multiplient dans l’hôtellerie et dans le commerce,

Je veux parler de ces conflits sociaux qui perdurent, même si les avancées favorables observées depuis hier, à la Maison Départementale de l’Enfance comme dans le conflit des pompiers de l’aéroport, nous donnent des raisons d’espérer.

Oui mes chers compatriotes, tous ces sujets interpellent notre responsabilité politique car ils sont les symboles d’une société qui va mal.

Et, précisément, notre congrès intervient dans un contexte marqué par des mouvements sociaux qui ont exprimé avec force des inquiétudes, des interrogations et des protestations face à la crise profonde que connaît la Guadeloupe depuis plusieurs années.

Crise sociale assurément !

Crise identitaire inévitablement !

Mais surtout crise du sens dans la mesure où, par-delà les revendications contre la vie chère, l’on pouvait deviner l’appel à une refondation globale de notre société.

Les racines de cette crise sont bien antérieures au 20 janvier dernier.

Et c’est bien parce que nous sommes conscients de cette situation que dès mon discours de politique générale de mars 2008, j’avais annoncé mon intention de réunir le congrès des élus départementaux et régionaux sur cette question, en accord avec la majorité du conseil régional.

Car nous le mesurons tous au quotidien mes chers compatriotes, le malaise est profond.

Le malaise est dans l’ascenseur social en panne depuis plusieurs années,

Il est dans la crise des institutions et de leur représentativité,

Le malaise est dans les yeux des exclus et de ces mères de familles qui peinent à joindre les deux bouts,

Le malaise est dans notre jeunesse en partie désocialisée,

Il est dans l’échec scolaire, et dans une jeunesse diplômée mais sans emploi,

Dans la multiplication des faits de délinquance,
Dans ce sentiment tenace d’une incapacité des guadeloupéens à bâtir ensemble.
 
Ce malaise ronge les meilleures volontés.

Ce malaise fait obstacle au changement.

Je sais que la réforme n'est pas une fin en soi, mais je sais aussi qu’il y a des moments où elle devient indispensable à condition qu’elle soit mise au service d’un projet qui cimente notre société.

Et bien, mes chers compatriotes, nous sommes précisément appelés aujourd’hui à un engagement commun au service de cette solidarité.

Et cet appel là, nous avons le devoir de l’entendre et d’y rechercher les réponses appropriées.

Il y a deux manières d’aborder une pareille situation.

L’une consiste à faire la sourde oreille et à s’enfermer dans une sorte d’autisme totalement suicidaire.

L’autre invite à s’ouvrir, à percevoir le message et à comprendre que l’enjeu politique fondamental c’est tout simplement d’avoir la force de regarder l’avenir avec une conscience claire des objectifs à atteindre.

L’enjeu politique fondamental, c’est la volonté de construire une Guadeloupe non seulement plus juste mais encore davantage soucieuse d’assumer sa culture, son identité créole et son vouloir être.
L’enjeu politique fondamental c’est d’avoir l’audace d’éradiquer les vieilles pesanteurs coloniales ou néocoloniales.

En affirmant cela, je me rends compte de la singularité du défi que nous avons, toutes et tous, à relever.

C’est un défi colossal mais c’est aussi un défi exaltant car il replace la politique au cœur même de l’ambition collective.

En un mot, il s’agit de subir les évènements ou d’agir mieux.

Il ne s’agit plus de colmater les brèches.

Il ne s’agit plus de résoudre les fractures multiples avec de vieux onguents.

Il s’agit de les transcender en faisant preuve d’imagination, de courage et de lucidité.

Et à 48 heures de la venue en Guadeloupe de Nicolas SARKOZY, je veux réaffirmer solennellement ici que la Guadeloupe attend de la République qu’elle bannisse définitivement la vision jacobine et étriquée qui a trop longtemps caractérisé sa relation à l’outremer.

Oui mes chers compatriotes, c’est une véritable refondation de notre société que nous appelons de nos vœux.

Cette refondation ne se fera pas en calquant purement et simplement un modèle d’évolution administrative imaginé pour la France hexagonale qui consiste à fusionner région et département sans moyens supplémentaires, nous nous y opposerons !
Cette refondation ne se fera pas à la faveur d’une vision uniforme de l’outremer, car nous considérons que c’est à chaque peuple qu’il appartient de déterminer le rythme et les modalités d’évolution de ses institutions !

Cette refondation, nous ne la ferons pas seuls, et nous ne l’accomplirons pas dans le cadre de ce seul congrès, mais tous ensemble, avec toute la Guadeloupe.

Et en m’adressant à nous mêmes, mes chers compatriotes, je veux dire que l'avenir de la Guadeloupe, le modèle de société que nous voulons, ce n'est pas que l'affaire de quelques-uns, ce n'est pas que l'affaire de quelques experts.

Ce n'est pas que l'affaire des seuls hommes politiques.

C'est l'affaire de tout le corps social, de tous les citoyens et de toute la Guadeloupe.

Et parce que c’est l’affaire de tous, nous ne pouvons pas nous contenter de compter sur les autres.

Il nous faut compter d'abord sur nous-mêmes en créant les conditions du débat dans chaque commune, dans chaque section, dans chaque quartier, dans chaque foyer.

C’est la raison pour laquelle il m’a paru nécessaire de réunir le Congrès, non pas pour débattre du contenu d’un projet pour la Guadeloupe, mais pour rechercher les voies et moyens, les stratégies, et la méthode les plus efficaces pour mettre en chantier l’élaboration de ce projet de société fédérateur.

En effet, mes chers compatriotes, un projet ne se décrète pas.
Un projet suppose une large consultation, une grande participation, une belle adhésion et pour finir une forte mobilisation de toutes les intelligences.

Alors me dira t-on, pourquoi ne pas passer par les urnes ?
Elles sont le lieu privilégié de l’expression citoyenne !

Je répondrai que nous savons très bien qu’il arrive aux urnes de bégayer, précisément lorsqu’elles sont confrontées à un manque de clarté, à l’impression de suivre un chemin imposé, au sentiment de n’avoir pas participé non pas seulement à la réponse mais à l’élaboration de la question posée.

Ce fut le cas de la consultation sur l’évolution de nos institutions qui a débouché sur un non cinglant il y a près de 6 ans.

Il convient de prendre toute la mesure de ce « non ».

Pour ma part, je pense que le peuple guadeloupéen a répondu non, pour des raisons qui sont liées à sa perception à la fois du texte et du contexte.

Une raison de forme et trois raisons de fond, qui se rejoignent.

Il a répondu non, raison de forme, parce que les enjeux d’un projet élaboré pendant deux ans par les élus et les experts et qui lui était soumis en deux mois lui étaient illisibles. 



Les Guadeloupéens ont répondu non parce qu’ils ont craint que cette évolution ne les dépossède de la maîtrise de leur destin.

Ils ont répondu non parce qu’ils ont craint qu’un modèle de société ne leur soit imposé qui ne soit pas le modèle de société auquel ils adhèrent. 


Ils ont répondu non parce qu’ils ont eu peur de perdre leur identité.

Une raison politique, une raison sociale, une raison identitaire. 


Nous avons su tirer les enseignements politiques de cette situation.

Et c’est précisément cette profonde volonté de respecter le verdict du 07 décembre 2003 qui nous a poussé à initier avec le Président LUREL une synergie entre nos deux assemblées.

Une synergie sans complaisance qui n’a pour seule boussole que l’intérêt général,

N’en déplaise aux détracteurs et à certains observateurs souvent peu éclairés, cette synergie a fait ses preuves dans des domaines aussi divers que la gestion de l’eau, les transports, le logement, la problématique des déchets, la gestion du foncier agricole, même s’il reste encore beaucoup à faire.

Cette synergie a encore fait ses preuves en plein cœur du mouvement social de ces derniers mois dont certains voulaient qu’il contribue à fissurer notre unité.

Mais il n’en a rien été ... et nous sommes encore là, unis dans notre combat pour faire avancer les grands dossiers de la Guadeloupe.

Nous avons toujours fait face. Nous l’avons fait en guadeloupéens convaincus, en responsables conscients, en partenaires solidaires des souffrances.

Nous avons fait face en organisant des assises et en élaborant des schémas directeurs qui préfigurent la Guadeloupe des 5, 10, 15 prochaines années dans de nombreux domaines et qui constituent de précieuses contributions au débat.

Et nous faisons encore face en levant la tête pour élargir la perspective et dégager l’horizon.

Nous faisons face en réunissant ce Congrès pour permettre à la Guadeloupe d’être au rendez-vous d’elle-même, pour elle-même.

Alors non, mes chers compatriotes, l’heure n’est pas aux urnes !

L’heure est à la réflexion, au débat et à l’action pour trouver en nous-mêmes les bonnes solutions, car c’est le destin de la Guadeloupe qui est en jeu.

Un destin dont le passé est lourd, dont le présent est inconfortable mais dont l’avenir peut être digne, responsable et respectable.

Nous autres, les élus, nous sommes souvent stigmatisés, invectivés et même parfois discrédités.

C’est le résultat d’une incompréhension manifeste et d’une sorte de surestimation de nos pouvoirs réels dans le cadre actuel.
Prisonniers des lois, disposant de marges financières étroites, confrontés à des surenchères incessantes, vécus comme les bénéficiaires d’un système, bousculés par la pression sociale,

Nous sommes parfois contraints de gérer le quotidien, en subissant les événements dans le périmètre restreint de nos compétences.

Alors oui, mes chers compatriotes c’est le moment de nous regarder dans les yeux, de se parler et d’agir ensemble.

C’est maintenant qu’il faut œuvrer à ce que les Guadeloupéens soient un peuple plus solidaire, plus soudé, plus fraternel,

C’est maintenant qu’il faut agir pour offrir à nos enfants un avenir ouvert au lieu de leur léguer nos dettes.

Tous, nous avons la Guadeloupe en partage.

Et je veux le dire avec force, ce n'est pas par la confrontation et le conflit mais par le dialogue et le débat démocratique que nous ferons évoluer notre pacte social.

C'est précisément la démarche que nous avons suivie en nous attelant à la préparation de ce congrès.

Un congrès, je le répète, qui n'a qu'un seul et unique objectif : jeter les bases d’une méthode qui permette à chaque citoyen guadeloupéen de participer à la construction d’une nouvelle Guadeloupe.


Ce chantier a été préparé à la faveur d’une concertation approfondie qui a permis d'obtenir la contribution de dizaines et de dizaines de Guadeloupéens, leaders d’opinion, responsables d’associations, élus, syndicalistes, partis politiques, patrons, journalistes.

Et au moment où cette démarche est débattue devant la représentation politique de la Guadeloupe, il m’appartient de réaffirmer que la démarche que nous initions avec ce congrès n’est aucunement concurrente de celle des Etats Généraux.

Les Etats généraux constituent à mes yeux la réponse du gouvernement aux urgences posées par le mouvement social, tandis que l’élaboration d’un projet de société est une démarche à beaucoup plus long terme.

Une démarche à beaucoup plus long terme qui doit notamment nous permettre d’aborder sans tabou des questions de fond.

Je veux notamment parler de notre rapport au travail, de l’individualisme qui gangrène notre société, de notre rapport au territoire, de notre relation à l’autre, des rapports sociaux et de notre relation à notre passé douloureux.

Autant de questions de fond qui doivent être abordées en toute sérénité, en dehors du calendrier des Etats Généraux, de toute consultation électorale et notamment des élections régionales.

Autant de questions de fond qui nécessitent le temps du débat dans chaque commune, dans chaque section, dans chaque quartier,  dans chaque foyer,
Mes chers compatriotes, je voudrais aussi vous dire que ce congrès n’est pas un coup politique et qu’il n’est pas non plus le congrès de l’évolution institutionnelle ou statutaire.

L’Histoire nous a en effet enseigné qu’il faut d’abord partir d’un projet voulu, pensé et construit par les guadeloupéens eux mêmes avant d’envisager les outils institutionnels qui le serviront.

En un mot, ce qui importe c’est avant tout l’élaboration d’un projet de société qui rassemble l’immense majorité des guadeloupéens.

Nous ne sommes en compétition avec quiconque mes chers compatriotes.

Nous ne cherchons à invalider aucune approche.

Nous souhaitons simplement avancer pas à pas en évitant les deux redoutables écueils de la précipitation et de l’immobilisme.

Ni lièvre, ni tortue, nous prenons simplement nos responsabilités de manière à organiser l’expression vraie d’un vouloir collectif, car le peuple nous regarde et nous attend.

Mes chers compatriotes, vous l’aurez compris la réforme que nous engageons avec cette méthode renouvelée ne favorise pas une catégorie de Guadeloupéens au détriment d'une autre.

Elle est faite pour donner la parole à tous les citoyens, sans ostracisme, dans leur intérêt commun.

Et Face à cet enjeu d'intérêt général, il ne saurait y avoir ni vainqueur, ni vaincu, car si chacun prend sa part de l'effort de tous, c'est le pays rassemblé qui gagnera.

Nous aurons à expliquer, à convaincre, à encourager, mais aussi à empêcher, mes chers compatriotes.

Il nous faudra ainsi imposer la coopération contre l'esprit de clocher, le respect mutuel contre la domination, la solidarité et le partage contre le repli sur soi, le souci de l'avenir contre les calculs à court terme.

Et notre premier devoir sera sans doute de créer les conditions d’un débat serein en donnant nous-mêmes le bon exemple dès aujourd’hui.

C’est d’ailleurs dans cet esprit que nous avons convié un panel de personnalités représentatives de la société civile guadeloupéenne à porter leur contribution à nos travaux.

Qu’il s’agisse des partis politiques, des leaders d’opinion, des syndicats patronaux et ouvriers, du LKP, des universitaires, des experts, et du mouvement associatif, chacun pourra participer au débat, même si le nombre élevé des intervenants impose un exercice de concision des propos.

Oui mes chers compatriotes, le débat et l'expression des différences sont légitimes, ils sont même nécessaires dans une démocratie.



Mais en cet instant où il est possible d'abandonner, ne serait-ce qu'un moment, l'âpreté des compétitions politiques, j'en appelle à la cohésion de notre pays pour affronter les problèmes du temps.

Je le dis comme je le pense : rien d'efficace ne se fera sans la mobilisation de chacun !

Et dans ce contexte, les medias, les journalistes et les leaders d’opinion auront une responsabilité accrue.

C'est par l'implication de tous les citoyens que nous réussirons à donner un nouvel élan à la solidarité, qui est au cœur de notre engagement sur la base de trois valeurs fondamentales : L'espérance, la fidélité, et le courage,

Espérance dans la capacité du peuple guadeloupéen à s’inventer un nouvel avenir,

Fidélité aux idéaux de la République, garants des libertés individuelles pour rendre la parole au peuple guadeloupéen,

Courage, enfin. Car il faut un immense courage pour se battre, à l'heure où la pensée unique, la peur et la résignation semblent régner partout.

Réformer le pays, c'est renouer les fils de la solidarité.

Ce n'est pas dresser les Guadeloupéens les uns contre les autres, salariés contre patrons, secteur public contre secteur privé, citoyens contre élus.


Et il ne saurait être question de laisser se perpétuer en Guadeloupe un climat de tensions, de rivalités, d'antagonismes.

Cela demandera, nous le savons, beaucoup d'efforts et surement beaucoup de temps.

Chacun devra faire sa part du chemin, tenir ses engagements, accepter des compromis.

C'est seulement à ce prix que, dans un futur que nous souhaitons proche, nous parviendrons à faire en sorte que tous les citoyens guadeloupéens, puissent vivre paisiblement et en bonne intelligence.

A nous de faire en sorte que notre congres soit le début d'un processus destiné à se poursuivre et à s'amplifier.


A nous de mettre en place, d’ici la fin de l’année, les structures et les mécanismes permanents qui assureront la conduite et le suivi de ce chantier colossal.
 
A nous, surtout, d’impulser la construction des différents piliers de notre projet de société.

Oui, mes chers compatriotes, c'est une part de l'avenir de la Guadeloupe qui repose collectivement sur nos épaules par-delà nos origines, nos convictions personnelles, nos engagements.

Ce qui doit nous rassembler, c'est le sentiment de former une Nation, c'est-à-dire la conscience de partager la même histoire, l'adhésion aux mêmes principes.
C’est le fait de parler une même langue, la fierté d'avoir accompli de grandes choses ensemble, et la certitude d'avoir à en accomplir beaucoup d'autres encore.

Nous devons tous aborder l'avenir avec le plus grand esprit de responsabilité.

Alors faisons ensemble le choix de la confiance, du respect et de l'écoute.

L'avenir est à construire mes chers compatriotes.

Tous ensemble, Ici et Maintenant.




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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 13:59


VIIIème CONGRES DES ELUS DEPARTEMENTAUX ET REGIONAUX
24 juin 2009
Discours de Victorin LUREL – Député, Président du Conseil régional


Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du Conseil général, président du Congrès,
Mesdames et messieurs les conseillers généraux et régionaux,
Mesdames et messieurs les maires et les conseillers municipaux,
Mesdames et messieurs ici présents,
Mes chers compatriotes,

Presque deux mois après un premier congrès annulé pour cause d’envahissement de cet hémicycle, nous voici donc réunis pour enfin nous pencher sur une proposition de méthode d’élaboration d’un projet guadeloupéen pour l’avenir de notre archipel.

Dans le texte du discours que j’aurais dû prononcer le 7 mai dernier et que j’ai tenu malgré tout à rendre public, je qualifiais ce congrès d’exercice « nécessaire, mais singulier et délicat ». J’observais, en effet, en guise de paradoxe, que nous, les représentants élus du peuple, nous nous réunissions pour discuter d’un projet guadeloupéen, alors qu’il apparaissait clairement que les Guadeloupéens avaient encore beaucoup de mal à se parler entre eux, dans un espace démocratique apaisé et dans une atmosphère sereine.

J’avais écris cela sans savoir que notre réunion serait finalement annulée, faute de pouvoir se tenir dans une atmosphère précisément sereine et apaisée. Sept semaines après cet épisode douloureux pour moi, douloureux pour Jacques Gillot et douloureux j’en suis sûr pour un très grand nombre de nos compatriotes attachés au respect des institutions démocratiques, il n’y a pas grand-chose dans l’analyse que je comptais faire alors que je retrancherais aujourd’hui.

Des conflits sociaux se poursuivent dans plusieurs entreprises et autres services publics. Nous sommes même dans une semaine de mobilisation des syndicats en soutien aux différentes grèves perlées qui perdurent. Et, comme de bien entendu, alors que nous nous réunissons ici, un défilé se déroule en ce moment même dans les rues du chef lieu.

Les outrances verbales de certains leaders du collectif n’ont pas cessé et j’en sais quelque chose pour avoir tour à tour été qualifié de voleur, de bwa-bwa, puis tout simplement d’assassin…  Quant aux personnalités de la société civile qui ont eu le tort de désapprouver publiquement l’envahissement du Conseil général, ils sont devenus dans un tract très récent : « de prétendus intellectuels du haut de leurs diplômes et de leurs savoirs usurpés ». Ces outrances vont jusqu’à empêcher la tenue du comité de suivi des accords du 4 mars que nous avions pourtant acté afin de faire un point régulier sur les engagements pris pour sortir du conflit… Non, mes chers collègues, à mon grand regret, le respect entre Guadeloupéens n’a guère fait de progrès notables ces dernières semaines.

Cet accord du 4 mars aurait pourtant dû marquer la sortie de la crise sociale des premiers mois de l’année, mais force est de reconnaître que les tensions demeurent vives, souvent entretenues, et c’est aujourd’hui toute la Guadeloupe qui peine à se redresser et à se remettre au travail.

Pourtant, la simple évocation de la situation dans laquelle se trouve notre économie devrait suffire pour prendre la mesure de l’urgence qu’il y a à nous reprendre, et vite, car tous les voyants ont viré au rouge :

Le chômage explose =>  ils sont 5.000 demandeurs d’emplois de plus rien que sur les mois de mars et d’avril ; nous pourrions dépasser de nouveau la barre des 50.000 chômeurs avant la fin de l’année, alors que nous avions réussi il y a quelques mois à descendre en dessous de 40.000.
Les importations, tout comme les exportations, sont en chute libre (-40%) sur un an ;
La consommation de ciment a reculé en mai de 11,6 % et elle est en baisse sur les 5 premiers mois, tout comme sur les 12 derniers mois ;
Les trafics portuaires et aéroportuaires affichent des baisses supérieures à 20% ;
Les Guadeloupéens en interdits bancaires, en surendettement ou qui font l’objet d’un retrait de leur carte bancaire sont pour leur part plus nombreux chaque mois ;
Cinq de nos plus grands hôtels sont fermés et l’ensemble du secteur touristique de notre île est sinistré ;
Quant aux collectivités locales, elles voient s’effondrer leurs recettes (octroi de mer, octroi de mer régional, taxe sur la consommation de carburant, taxe d’embarquement des passagers), car elles sont indexées sur l’activité économique. Ce sont aujourd’hui, au bas mot, pas moins de 30 millions d’euros que les communes, la Région et le Département ont perdu et qu’elles ne retrouveront probablement pas d’ici la fin de l’année, alors qu’il a fallu dans le même temps financer les mesures de l’accord du 4 mars, ce qui a provoqué une augmentation importante des dépenses.

Je sais qu’établir ce diagnostic sans fard est généralement ressenti par les syndicalistes du collectif comme une agression, comme une volonté de discréditer le mouvement qu’ils ont initié. Je sais qu’il est commode de mettre des œillères pour éviter de voir que des centaines de nos compatriotes ont marché et déboulé pour l’accord BINO et ont trouvé le Pôle Emploi au bout de leur chemin, et non les 200 euros qu’ils étaient en droit d’espérer. Je pense à eux le cœur serré, car le désenchantement est la pire des désespérances.

Pour autant, s’il y a une posture qui consiste à tenir les syndicats pour seuls responsables de notre situation d’aujourd’hui, elle n’est pas tenable, et ce n’est en aucun cas la mienne. Je l’ai dit à plusieurs reprises, le combat mené durant 44 jours était juste, à bien des égards.  En revanche, la posture qui consiste, comme ils le font désormais, à minimiser les dommages collatéraux du mouvement ou, pire, à s’en laver les mains et à rejeter systématiquement la faute sur d’autres, est tout simplement mensongère et dramatiquement irresponsable. Il faut avoir le courage de se remettre en question et de remettre en cause certaines méthodes. Et il n’y a aucune raison pour que cette introspection soit réservée aux seuls responsables politiques que nous sommes.

Aujourd’hui, face à la situation dans laquelle nous nous trouvons, il n’est plus tellement temps ni d’intenter à l’infini des procès en responsabilité, ni de vouloir faire perdurer une instabilité économique et sociale qui, on le sait, sert des objectifs inavouables et qui sont, d’ailleurs, inavoués. Il est temps de savoir quelle Guadeloupe nous voulons pour demain. Et nous sommes ici précisément pour en discuter.

« Face à la crise, la grève ne suffit pas », soutiennent trois auteurs martiniquais qui appellent de leurs vœux « une saison de nouveaux commencements, une définition d’un autre rapport collectif à nous-mêmes ».

Nous devons, tous, ôter nos œillères et faire l’effort de regarder nos cœurs et de sonder nos âmes. Car, tout comme je crois avec force que nous possédons en nous-mêmes les ressources qui doivent nous permettre de sortir de la crise dans laquelle nous sommes plongés, je crois aussi qu’une part non négligeable de nos difficultés relève d’abord de notre responsabilité.

Est-il d’ailleurs possible de toujours accuser « l’autre » de nos propres turpitudes ? L’autre pouvant être, au choix, le voisin, le zindien, le patron, l’Haïtien, le Dominiquais, le Chinois, le Béké, le métropolitain, pour ne pas dire le blanc…

Est-il possible, dans nos diatribes contre « les pwofitasyons », de questionner un instant le profiteur qui somnole « an ba fèy » en chacun d’entre nous et qui nous transforme si facilement en champion du « ban mwen an favè » ?

Est-il possible de nous libérer du passé esclavagiste qu’il faut commémorer et sur lequel nous devons méditer, mais qui ne peut servir d’excuse systématique pour justifier nos renoncements ou nos échecs ?

Est-il possible de nous interroger sur notre rapport difficile à l’autorité ?

… sur notre indiscipline sur les routes qui génère des records de morts et de blessés ?
… sur notre très faible participation aux élections ?
… sur notre culture de la grève ?
… sur notre absentéisme au travail ?
… sur notre délinquance hélas florissante et récurrente ?
… sur notre consommation de champagne ?
… sur notre lien social si faible qu’il nous classe 20ème région française sur 26 quand nous sommes à la 20ème place pour la performance économique, soit devant des régions hexagonales bien plus développées que la nôtre ?

Est-il possible de glorifier d’autres figures que celles des résistants qui peuplent fort heureusement, mais quasi exclusivement, notre Panthéon ?

Est-il possible de soumettre les pères de famille que nous sommes à l’examen de nos responsabilités envers nos enfants que, trop souvent, par nos absences, nous livrons à eux-mêmes ? Il a fallu du courage à ce Barack Obama que nous admirons tous pour oser cette question en pleine campagne électorale…

Est-il possible de s’interroger sur la prégnance et même sur la pertinence du modèle familiale de la matrifocalité, ou plus justement de la matrilinéarité, faisant de nos femmes, poto mitan, les seuls chefs de famille.

Est-il d’ailleurs possible de poser ces questions sans apparaître aussitôt comme un décérébré qui n’aimerait pas le peuple dont il est issu et qui, ainsi, pratiquerait la haine de soi ?

Oui, mes chers collègues, est-il possible de réfléchir à un projet guadeloupéen en faisant l’impasse sur ces interrogations ?

Ces problématiques sont en effet au cœur de ce qui constitue notre pacte social et, plus encore, notre cohésion sociale. Ce vivre-ensemble, ce vouloir vivre-ensemble qui est aujourd’hui si malmené chez nous et qui risque, si nous n’y prenons garde, de finir en lambeaux au terme de cette séquence qui aura vu nombre de Guadeloupéens se dresser les uns contre les autres.

Aujourd’hui, je crois plus que jamais nécessaire et possible de rassembler les Guadeloupéens autour d’un nouveau pacte social qui fonde une société donnant autant d’importance aux devoirs qu’aux droits des citoyens. Car, ce sont les devoirs qui fondent les peuples responsables.

L’élaboration d’un projet guadeloupéen qui nous réunit aujourd’hui peut contribuer à ce rassemblement. Mais, pour cela, il est essentiel de définir les valeurs primordiales que ce projet portera.

Si j’avais à esquisser en quelques mots le projet tel qu’il vibre en moi, je dirais qu’il doit d’abord rassembler l’ensemble des communautés qui font qu’aujourd’hui la Guadeloupe est une terre multicolore, multiconfessionnelle et multiculturelle où une formidable créolisation est à l’œuvre.

Des indiens aux békés et aux blancs « péyi » et aux nègres ; des Syriens, des Libanais aux Italiens, aux Africains ; en passant par les asiatiques, les pieds-noirs, ou ceux que les hasards de la vie ou de l’Histoire ont conduit à faire souche ici… tous, nous sommes la Guadeloupe dès lors que nous sommes prêts à bâtir ensemble, à nous investir et à nous sentir liés à cette communauté de destins que nous formons. Nous ne disons pas la Guadeloupe « sé tan nou », dans une sorte d’appropriation frénétique… Nous disons la Guadeloupe « sé nou ! » Et « sé nou tout’ ! ».

Oui, mes chers collègues, la Guadeloupe n’est pas un bien que l’on se partagerait pour en exclure certains au motif qu’ils n’auraient pas la bonne couleur ou, même, parce qu’ils penseraient ou agiraient différemment de la majorité.
Oui ! Nous sommes la Guadeloupe ! Et pour construire cette Guadeloupe plus solidaire, plus juste, aux rapports sociaux plus apaisés, nous avons besoin de toutes les bonnes volontés, de toutes les énergies, de toutes les idées et de tous les apports.

Cette main tendue que peut constituer ce projet doit essayer d’atteindre jusqu’aux poings les plus fermés. Et c’est pourquoi je n’ai jamais désespéré et je ne désespère pas encore qu’un jour Elie DOMOTA et ses camarades dirigeants du LKP l’acceptent pour qu’ensemble nous sortions de ces affrontements stériles et parfois sordides entre Guadeloupéens…, pour qu’ensemble nous bannissions la volonté que certains expriment de « déconstruire ce semblant de pays de Guadeloupe », comme si cette volonté démiurgique de déconstruire était autre chose qu’une périphrase signifiant « détruire ».

Non, la Guadeloupe n’est pas un « semblant de pays ». C’est un pays et pas un paysage. C’est un territoire en devenir, avec d’incroyables atouts, avec une jeunesse dynamique et volontaire dont le niveau d’éducation s’accroît chaque année et qui atteint de plus en plus de filières d’excellence.

C’est un territoire pour lequel  nous avons élaboré, depuis 2004, Région, Conseil général, Etat, communes, avec les partenaires sociaux qui ont bien voulu travailler avec nous et les citoyens qui ont participé à nos assises territoriales, une cinquantaine de plans et de schémas pour penser et construire la Guadeloupe de demain. Cette somme considérable de travaux d’analyses, de prospective, de propositions et de plans d’action dessine les contours de notre territoire à l’horizon 2030, voire même 2050.

Nous en avons effectué une synthèse que nous remettons aujourd’hui au Congrès et qui présente les différentes orientations retenues et, pour la plupart, validées par le Congrès ou par nos assemblées respectives. Ces documents stratégiques décrivent une Guadeloupe qui choisit résolument la voie d’un développement durable et solidaire, qui place l’homme et la femme guadeloupéens au centre de sa stratégie de développement, qui est poreuse au souffle du monde, mais cherche à développer ses moyens propres de production, qui fait de l’éducation et de la formation une priorité absolue, car c’est là notre richesse essentielle.

Investir dans nos enfants, investir en l’Homme, tel est – nous le croyons – le primum movens du développement et de la modernisation.

Plus qu’un projet de société dont certains rêvent, dont d’autres parlent et que nous avons là déjà élaboré de façon très concrète, ces travaux sont à la base de ce que je préfère appeler une société de projets. C’est-à-dire que la Guadeloupe, plutôt que de s’enfermer dans une planification autoritaire de son avenir, dont on sait qu’elle résiste rarement aux aléas du monde, offre à chacun la possibilité de mener à bien son projet, sa contribution au développement du pays.

Oui, nous voulons construire et investir dans un nouvel humanisme, une nouvelle façoon « d’être au monde ».

La Guadeloupe n’est pas « un semblant de pays ». C’est un territoire aujourd’hui inscrit dans la République française, mais qui peut décider demain – si son peuple l’accepte – d’évoluer sereinement vers un statut plus autonome, voire vers l’indépendance. 

En effet, la France n’est plus en Guadeloupe dans une logique coloniale. Je ne cesserai de le répéter, car le gouvernement actuel et le chef de l’Etat ne feront jamais obstacle à une éventuelle volonté d’évolution exprimée par notre peuple à l’occasion d’une consultation. Et si tel est notre choix, le champ des possibles selon la Constitution est vaste :  du statu quo institutionnel à la séparation ou à la sécession pure et simple ; en passant par l’assemblée délibérante commune avec maintien des deux collectivités existantes dans l’article 73, ou par une collectivité unique résultant de la fusion de la région et du département, toujours dans le cadre de l’article 73 ; ou encore l’autonomie dans le cadre de l’article 74 ; sans oublier l’option d’un préambule à la Calédonienne, qui prévoirait un référendum d’autodétermination à horizon de 20 ans…

Cette question, vous le savez, est peut-être celle qui peut nous diviser le plus aujourd’hui. Mais, les choses sont remarquablement balisées par la Constitution qui laisse aux élus et au peuple la maîtrise de notre avenir institutionnel et statutaire. C’est pourquoi, je dirai ce vendredi au chef de l’Etat que les Guadeloupéens ne laisseront personne penser ou décider à leur place en la matière, ni de Paris, ni de Fort-de-France, ni de Cayenne.

Pour ce qui me concerne, vous connaissez mon sentiment qui consiste à privilégier un calendrier réaliste, qui nous laisse le temps de faire le travail de pédagogie nécessaire pour tenter d’emporter la conviction. Un calendrier, si possible, déconnecté des échéances électorales et donc, d’éventuelles arrière-pensées que le peuple décrypte d’ailleurs assez aisément.

C’est pourquoi je reste fidèle à mes options de toujours et à un calendrier qui respecte le temps des élections à venir et qui permet à chaque parti politique de bâtir d’ici 2010, avec ses militants et ses alliés, un programme dans lequel il fera figurer à la place de son choix sa formule d’évolution institutionnelle. Les élections sont le meilleur moment pour recueillir l’adhésion du peuple sur des bases claires et précises. A charge pour ceux qui auront été élus en 2010 et en 2011 de se donner deux ans pour proposer, dans le cadre d’un Congrès, une proposition d’évolution sur laquelle la population aura à donner son consentement en 2013 ou en 2014. A Saint-Martin, où la problématique était pourtant nettement moins complexe, il s’est écoulé 4 ans entre la consultation et l’élection de la nouvelle COM.

En somme, ce n’est donc pas là, selon moi, la priorité du moment car l’urgence aujourd’hui est à l’évidence économique et sociale. Et, il nous suffit d’observer le cas de certains autres territoires ultramarins pour comprendre que les statuts plus autonomes que le nôtre ne sont pas pour autant prémunis contre les pwofitasyons. Seule cette démarche est de nature à enclencher un processus de retour de la confiance.

L’enjeu d’aujourd’hui, je le répète, est de rassembler. De rassembler les Guadeloupéens sur de nouvelles bases. De leur proposer un nouveau pacte. Nous disions, nous, la « Guadeloupe pour tous » en 2004. Nous nous sommes attelés à concrétiser cette promesse d’une Guadeloupe mise à la portée de tous. Mais, compte tenu des urgences et des efforts que chacun doit fournir, nous devons dire désormais « Tous pour la Guadeloupe », retrousser nos manches  et devenir frères en bâtissant ensemble une tour, comme disait Antoine de Saint-Exupéry.




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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 02:40
Pris à partie, M. Lurel répond à Mme Marc

Pris à partie, le prΘésident de la Région Guadeloupe, Victorin Lurel, fait part de sa stupéfaction après les propos du député-maire de Deshaies, Jeanny Marc, rendant la Région Guadeloupe responsable du déficit important de la commune « en ayant le cran de remonter à une subvention vieille de 7 ans. Je comprends le désarroi de ma collègue Jeanny Marc et sa volonté de chercher des responsables à sa lourde responsabilité dans la mauvaise gestion de sa commune. La Région a le dos large, mais elle ne peut pas être le bouc émissaire des défaillances d'un maire. D'autant que dans le cas de Deshaies, la commission permanente de la Région a accordé 130 000 euros il y a quelques semaines au titre de la dotation des 4% d'octroi de mer et c'est un total de 665 000 euros qui ont été versés à la commune depuis 2004. Nous avons par ailleurs effectué un travail titanesque pour rouvrir l'Hôtel Fort Royal qui a redynamisé le tourisme à Deshaies et dans sa région, de sorte que la municipalité a pu compter sur la création de nombreux emplois et sur des recettes fiscales plus dynamiques. Enfin, nous avons multiplié les travaux routiers sur le réseau desservant Deshaies avec, dernièrement, le giratoire de Grande Anse, pour un montant total de 1,2 million d'euros. Et, quand il s'est agi de cofinancer la station d'épuration à Bas-Vent, la Région a immédiatement mobilisé 90 000 euros. Je regrette vivement cette mauvaise polémique. »
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 02:31


Victorin Lurel désigné en tant que membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale

Victorin Lurel, vice-président du groupe Socialiste chargé de l'outre-mer a été désigné par son groupe politique pour siéger à la prestigieuse commission des Finances de l'Assemblée nationale.

Après sept années passées à la Commission des lois, Victorin Lurel a accueilli avec beaucoup de plaisir cette promotion dans la plus demandée des commissions de l'Assemblée nationale où il retrouvera notamment ses collègues Didier Migaud  François Hollande, Pierre Moscovici, Claude Bartolone ou encore Michel Sapin.

Il aura à cœur d'y défendre l'équité fiscale ainsi que les finances des collectivités locales, en particulier celles d'outre-mer ainsi, naturellement, que les crédits affectés au budget de l'outre-mer.

Dès lundi prochain, à l'occasion de la discussion du projet de loi de règlement de la loi de finances pour 2008, il interviendra ainsi à la tribune de l'hémicycle pour demander des comptes sur l'annulation par Bercy de 118 millions d'euros d'autorisation d'engagement dans le budget de l'outre-mer proposée dans l'article 4 de ce projet de loi.

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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 02:22
Congrès des élus régionaux et départementaux du 24 juin 2009,
Conseil Général de Basse-Terre
Intervention publique
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les élus,
Cher-e-s Concitoyen-ne-s,
 
Je souhaiterais soumettre à votre jugement, en tant que jeune intellectuel engagé – même si j’emploie ici le mot intellectuel avec beaucoup de circonspection et de modestie – ces réflexions critiques que m’inspire le thème de ce Congrès :

Vous me permettrez je l’espère ce détour, car je souhaiterais m’attarder un instant sur quelques questionnements liés au statut départemental de nos territoires insulaires, et à ses conséquence économiques et sociales. En effet, on peut lire et entendre ici ou là ces jours-ci, des opinions s’exprimant aussi bien au niveau local qu’à l’échelon national, et reflétant à peu près la même idée : La départementalisation aurait été une erreur historique ; soixante après elle serait un échec ; elle aurait engendré une société de l’hyperconsommation et de l’assistanat.  
Je considère pour ma part qu’il est sain et même salutaire pour le devenir de nos fragiles sociétés insulaires, que de tels questionnements et débats aient lieu, que notre mode d’appartenance à la République française soit réinterrogé. Aussi, permettez-moi présentement d’y ajouter mon grain de sel :

C’est dans un contexte historique particulier – au sortir de la Seconde guerre mondiale – que les éminents représentants de nos territoires d’outre-mer – Gaston Monnerville, Raymond Vergès et surtout Aimé Césaire – déposent une proposition de loi demandant l’égalité en droits avec la métropole. Ainsi, la loi du 19 mars 1946 érigeant nos anciennes colonies en départements français, est adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. La départementalisation a donc été un choix conscient de nos concitoyens de l’époque, au travers de leurs représentants élus, et non un choix imposé depuis Paris. J'y vois sur ce point, une certaine continuité de l'Histoire, dans la mesure où toutes les luttes menées par les esclaves pour leur liberté, et leurs descendants par la suite – notamment après 1848 – auront tourné peu ou proue autour des revendications d'égalité en dignité et en droit, et la revendication du statut de citoyen à part entière.

Pourtant, dès 1948, Aimé Césaire lui-même s’inquiète et dénonce la mauvaise foi du pouvoir exécutif à vouloir pleinement appliqué ce nouveau statut départemental. Je le cite : « Une loi votée depuis mars 1946, …, n’a encore reçu le moindre commencement d’exécution, et cela, au mépris du vœu constamment exprimé par les populations que nous représentons, comme au mépris du vœu exprimé par le Parlement. De tels atermoiements sont inadmissibles et ne peuvent que porter préjudice au prestige de la France et de la République. »

De Gaulle traînera des pieds dans les années 50-60 avant de faire appliquer les lois et décrets découlant en outre-mer de ce nouveau statut départemental. Et l’on ne peut passer sous silence les nombreuses fraudes électorales qui eurent lieu durant cette période, avec la complicité passive ou quelques fois délibérée des représentants de l’Etat en Guadeloupe. Et l’on ne peut non plus passer sous silence les nombreuses violations des droits de l’homme perpétrées par les forces de répression, mai 1967 étant de ce point de vue l’événement le plus emblématique. Et l’on ne peut taire enfin le fait que dans les DOM le SMIC ne sera aligné sur la métropole qu’en 1996, et le RMI seulement en 2002.

Pour paraphraser à nouveau Aimé Césaire : « Citoyens entièrement à part, plutôt qu’à part entière. »

L’histoire récente de la départementalisation pourrait ainsi se résumer, certes de façon caricaturale, à un lent aboutissement, avec ses contradictions et ses déceptions, de l’égalité en droits et en dignité. Et l’on pourrait s’interroger sur la portée symbolique de l’accord Jacques Bino concernant l’augmentation de 200 euros des bas salaires, l’Etat y contribuant à hauteur de 100 euros. Ne pourrait-on pas y voir là un mouvement intégrationniste dans le fond, malgré son expression identitaire ?

Mais arrêtons-nous un instant sur cet accord Bino. Certes, cet accord est précaire car il ne garantit la part de l’Etat que pendant 3 ans. Et la part des collectivités elle, n’est garantie que pour un an. Alors que ferons-nous dans un an ou 3 ans ? Demanderons-nous aux salariés ayant perçu ces 200 euros d’y renoncer du jour au lendemain ? Cela serait injuste socialement, voire même insoutenable. C’est pourquoi l’idée d’un « SMIC DOM », supérieur à celui de la métropole car tenant compte du niveau des prix ici, doit être sérieusement envisager, quitte à ce que ne soient concernés que les salaires inférieurs à 1,4 SMIC. D’autant que cette revalorisation du SMIC peut se faire par simple décret. Et puis cela permettrait aussi de réparer une injustice flagrante entre les salaires du public majorés de 40%, et ceux du privé qui ne bénéficient pas tous du 13ème  mois, loin de là.  C’est donc une revalorisation par le haut qui doit être envisagée, et non un nivellement par le bas.

Pour ceux qui s’inquièteraient à juste titre des conséquences pour les entreprises d’une telle revalorisation, je citerai un simple exemple : En 1996, lorsque le SMIC a été aligné sur la métropole, et à la seule charge des entreprises locales, a-t-on observé une récession économique ? Non, bien au contraire, il y a eu un regain d’activité économique à partir de cette période. Simplement parce que lorsque vous augmentez les bas salaires, une part substantielle de cette revalorisation est directement réinjectée dans le tissu économique, les bas salaires ayant toujours du mal à épargner.

Et pour ceux qui au sein de l’administration centrale s’inquiètent du niveau très élevé des transferts de fonds publics vers nos départements, je voudrais tordre le cou à de fausses évidences : Sachez que la dépense publique est en retard dans les DOM par rapport au niveau moyen français ; les niveaux de biens publics adressés à chaque habitant restent encore éloignés de la moyenne hexagonale. Voir sur ce point certaines études de l’INSEE.

Et pour ceux qui enfin voudraient en finir avec « l’assistanat »  – y compris d’ailleurs au sein du LKP, le RSTA ayant été préféré au RSA, alors que ce dernier était nettement plus avantageux pour les familles modestes avec enfants –, auront-ils le courage d’aller jusqu’à prôner la suppression des prestations familiales ou du RMI ? Les tenants du darwinisme social et de l’ultralibéralisme ne disent pas autre chose ! Quoi ? pensent-ils qu’en rompant avec ce grand principe de la protection sociale des plus faibles, ils éradiqueront en un claquement de doigt le chômage en outre-mer ? Croyez-moi, ceux qui survivent avec des prestations sociales préfèreraient infiniment mieux exercer une activité salariée valorisante. Le problème est donc essentiellement lié à l’étroitesse du marché du travail en outre-mer, qui ne permet pas d’absorber tous les demandeurs d’emplois. L’on connaît sur ce point le taux de chômage record de nos départements. Et ceux qui opteraient plutôt pour baisse généralisée du coût du travail – y compris par la baisse des salaires –, ne feraient que rétrécir encore ce marché de l’emploi, fortement dépendant de l’activité économique très introvertie.

Certains n’hésitent pas à avancer l’idée pour les DOM de développement économique endogène. Qu’est-ce à dire, que nous devrions envisager une autosuffisance alimentaire, ainsi qu’une économie de production en lieu place de l’importation ?   En d’autres termes, vu les contraintes structurelles – notamment l’absence de matières premières – et la pression démographique de nos territoires, d’aucuns nous proposent donc de renoncer au lent processus de rattrapage par rapport à la métropole des niveaux de vie et des retards de développement commencé depuis la départementalisation, et de revenir soixante ans en arrière au temps du gouverneur Sorin, c’est-à-dire à un système économique en temps de guerre !

Ce serait pure chimère que de croire que nous pourrions parvenir sur une si petite île, avec le niveau de développement qui est aujourd’hui le nôtre, à une autosuffisance alimentaire. Bien sûr, il faut encourager toute production locale, à commencer d’ailleurs par l’élevage et l’agriculture, même si ce secteur mérite d’être fortement fédéré et les moyens mutualisés. Mais nous ne pourrons vivre à l’écart de la mondialisation économique et de la division internationale du travail, même si nous devons dénoncer ses excès et ses écueils. Nous devrons donc nous concentrer sur les secteurs d’avenir et à forte valeur ajoutée : Je pense plus particulièrement à l’industrie du tourisme, aux énergies renouvelables, aux entreprises de haute technologie, ou certaines industries agroalimentaires. Et nous avons un atout considérable par rapport à nos voisins caribéens, c’est le niveau d’éducation et de formation de nos concitoyens, même si des progrès doivent encore être accomplis dans ce domaine. Mais dans tous les cas, cela suppose aussi un changement radical dans notre rapport au travail, et une refondation du dialogue social.

Ce que j’essaie de vous dire en ce laps de temps trop court, c’est que dans le fond, deux choix s’offrent aujourd’hui à nous : poursuivre une continuité historique – mais qui est toujours un défi à relever, car l’appartenance à la République française de nos territoires ne va pas de soi, vu nos histoires et nos identités singulières –, ou rompre de façon radicale avec cette histoire. Ou pour reprendre l’expression du LKP, « déconstruire » ce qui a été construit, au risque d’engendrer une instabilité économique, sociale et politique lourde de dangers. Aussi, la venue du président de la République en Guadeloupe n’est pas anodine. Nul doute que des changements profonds vont être proposés, prétextant de  conclusions hâtives et mal interprétées émanant des états généraux. Car l’on connaît le souci de ce Gouvernement de réduire la dépense publique, au détriment trop souvent de la solidarité envers les citoyens les plus modestes et les territoires les plus fragiles. Il faudrait une révolution de la fiscalité en France pour une vraie équité devant l’impôt – et non un bouclier fiscal pour les plus riches –, mais c’est un autre débat.

Qu’on ne s’y trompe pas pour autant, je ne suis pas obnubilé par un statut départemental qui ne serait susceptible d’aucun changement substantiel. Au contraire, je défends pour ma part le principe d’une Assemblée unique, avec des compétences politiques de premier plan. D’autant que dans le cadre du projet de réforme proposé par Balladur, un tel changement semble inéluctable. Mais toujours en demeurant dans le cadre de la République française. Car je crois que nous pouvons très bien vivre notre guadeloupéanité d’un point de vue de l’identité culturelle, tout en faisant partie d’un ensemble politique plus vaste. Mais l’autonomie politique ne signifie pas pour autant le largage financier par la métropole. Une telle autonomie financière de nos collectivité publiques ne peut être que très progressive et tenir compte des retards structurels et des handicaps qui sont les nôtres.

Quoi qu’il en soit, les guadeloupéens seuls sont maîtres de leur destin. Personne ne peut décider à leur place de ce qu’ils souhaitent pour eux-mêmes. Et autant dire que les états généraux d’initiative gouvernementale ont raté l’occasion de recueillir massivement l’avis de nos concitoyens.  Ce ne sont pas nos concitoyens qui doivent aller à la rencontre des états généraux, mais le contraire. Il faut donc souhaiter que le projet formulé ce jour par le Président du Conseil général, et auquel personnellement j’adhère sans réserve, ne ratera pas son but. Ce sont de vrais états généraux d’initiative locale qui sont proposés, et qui tranchent nettement avec les « états généraux Sarkozy » organisés dans la précipitation, et non sans une certaine improvisation. Avec des délais suffisants pour des débats apaisés, et surtout une organisation par quartiers, par communes,  et par territoires. Espérons donc que nos concitoyens sauront se saisir de cette ultime chance pour faire vivre les débats – cela me semble essentiel – et donner leur avis.

L’avenir de la Guadeloupe est ce prix.

Je vous remercie d’avoir prêté attention à mes propos.

David Dahomay, « leader d’opinion. »


C'est avec plaisir que nous ouvrons nos colonnes à tous ceux qui souhaitent, avec circonspection, sans diffamation, sans diatribe stérile, avec le seul souci de l'alimenter, poursuivre le débat sur l'avenir institutionnel de la Guadeloupe
AJV
Tous envois doivent être adressés à aj.vidal@yahoo.fr
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 01:32
TRIBUNE LIBRE

EN RÉPONSE À L'ANALYSE DE M. DAHOMAY

Ayant reçu la semaine dernière une nouvelle analyse de M.Dahomay sur la Guadeloupe & les conséquences du mouvement social initié par le LKP, je me permet, en tant que syndicaliste & enseignant, de répondre à différents arguments avancés, qui me paraissent pour le moins contestables...
Guillaume MARSAULT, professeur d'Histoire géographie, SNES-FSU

Même si nous ne partageons pas les vues de M. Marsault, donnons-lui la parole.

En prenant le titre d'intellectuel, certaines personnes, membre de la société guadeloupéenne,
présentent à un public choisi, des analyses sur la société guadeloupéennes. Le mouvement social de
janvier & février derniers avait vu l'éclosion de nombreux textes plus ou moins intéressants. Les
suites de ce mouvement avait permis de marquer une pause, à l'exception de la famille Dahomay,
décidément très prolifique en textes, soit pour condamner les exagérations du LKP, soit pour
dénoncer les atteintes à la démocratie représentative. M.Dahomay père nous offre une nouvelle
analyse de la situation guadeloupéenne juste avant l'été 2009 qu'il paraît difficile de laisser sans
réponse tant elle paraît partisane & paradoxale. L'enseignant & le syndicaliste que je suis ne peuvent
rester de marbre devant ce texte fort de onze pages.
L'action syndicale
M. Dahomay produit un texte long d'analyse de la situation sociale & politique guadeloupéenne où il
remet en cause à plusieurs reprises le fonctionnement syndical en Guadeloupe. De fait, il en vient à
se poser la question des fondements du syndicalisme : les syndicalisme est-il un syndicalisme de
lutte des classes ou non ? Le syndicalisme est-il un syndicalisme d'action directe ou non ? Quelles
sont les limites de l'action syndicales ? Derrière tout ce questionnement implicite, M.Dahomay
n'apporte jamais aucune réponse tranchée, si ce n'est pour condamner ce qu'il qualifie à plusieurs
reprises de « syndicalisme voyou ». La définition qu'il donne de cette expression est plutôt floue & se
contente d'exemples (huile déversée à l'école de Sainte Anne...), sans jamais contextualiser les
actes. En effet, il apparaît très surprenant d'encenser d'une part un syndicalisme de revendications &
de nier d'autre part, le syndicalisme d'action qui lui fait suite. La force de l'action syndicale tient dans
une interprétation traditionnelle du syndicalisme au rapport de force. Le rapport de force s'établit soit
en nombre de personnes en grève ou qui défilent, soit par la peur potentielle du nombre de
personnes susceptibles de se mettre en grève. Cependant, les syndicats, quels qu'ils soient, sont
bien dans l'obligation, « d'obtenir quelque chose » pour conserver leur crédibilité auprès de leurs
adhérents. D'ailleurs, l'érosion du syndicalisme depuis 2003 dans l'ensemble des secteurs doit
indéniablement être mise en relation avec l'incapacité à « gagner des choses » face au
gouvernement & aux entreprises. Pour reprendre l'exemple de Monsieur Dahomay dans l'école de
Sainte Anne, je cite : « quand des enfants, qui ne sont pas responsables du monde dans lequel les
ont placés leurs parents, assistent à une telle violence qui, quelque part leur est aussi adressée,
comment voulez-vous qu’ils aient confiance dans le monde des adultes, dans le monde à venir
aussi, et qu’ils ne soient pas aspirés dans le cycle d’une culture de la violence ? Si on aime son
pays, on ne peut vouloir cela. », l'argumentation est pleine de bons sentiments, mais elle me fait
bondir de mon petit siège de syndicaliste. J'ai l'impression d'entendre Jean-Pierre Pernaut sur TF1
un jour de grève de la SNCF : les usagers doivent-ils subir les conséquences des revendications
portées par les cheminots ? Car c'est là le fond de la question. Une grève doit-elle nécessairement
déranger pour aboutir ? Dans un dialogue social de qualité, le préavis de grève devrait suffire pour
mettre autour d'une table les différentes parties & négocier un règlement à l'amiable (c'est d'ailleurs
le sens du préavis de grève, qui doit exposer les motifs & engendrer une négociation entre les
différentes parties). Cependant, tout un chacun sait pertinemment que dans la situation actuelle, les
négociations n'ont pas lieu, ou semblent impossibles. Pour reprendre l'exemple de l'école, l'analyse
de Monsieur Dahomay fait l'impasse complète sur la durée du conflit & son inefficacité. Malgré leur
grève, les agents étaient systématiquement remplacés dans leurs tâches par des parents d'élèves &
leur conflit s'enlisait sans aucune possibilité de sortie de crise. Sans vouloir défendre les actes,
l'action forte que Monsieur Dahomay condamne en parlant de syndicalisme voyou a permis une
médiatisation forte du mouvement de grève, une négociation soudaine & une sortie de conflit. Qui
porte la responsabilité dans ce cadre ? Faut-il pointer les syndicalistes qui deviendraient des voyous
ou l'employeur qui refuse de négocier ? Le syndicaliste que je suis avec un regard sur le moyen
terme (une dizaine d'années) doit nécessairement faire le constat que le syndicalisme de pure
négociation ne fonctionne plus parce que la partie employeur ou administrative refuse toute forme de
concession à la partie syndicale. Le syndicalisme d'action apparaît fatalement comme la seule porte
de sortie dans de plus en plus de conflits sociaux, voir les divers exemples de mobilisation tant en
métropole qu'en Guadeloupe. C'est le corollaire de la disparition de toute forme d'espoir de
négociation. On ne peut se satisfaire de cette tendance, mais il faut bien constater qu'elle porte
quelques fruits actuellement, même s'ils peuvent paraître bien étranges. « Les dirigeants syndicaux
ont du mal à contenir le syndicalisme voyou et on peine à retrouver la dynamique du début du
mouvement. » Est-il souhaitable de contenir ces actions fortes & dures ? Il paraît évident que non car
elles seules permettent en l'état d'obtenir des résultats. Quel syndicat a obtenu une véritable victoire
si ce n'est le LKP ?
« Les élus pour l’essentiel se taisent, traumatisés par les effets du grand mouvement social. » Peut-
être doivent-ils réfléchir à l'ampleur de ce mouvement, & aux lourdes erreurs commises qui ont
amené le LKP de pouvoir demander avec raison des comptes, aux entrepreneurs, mais aussi aux
collectivités territoriales & à l'État. Le silence peut avoir des effets bénéfiques s'il s'agit de réflexion,
non d'un mépris pour le mouvement syndical.
« Les divisions éclatent au sein de LKP et on ne sait plus comment fonder une nouvelle solidarité. » il
est surprenant de voir qu'un connaisseur aussi subtil que M.Dahomay n'est pas perçu dès le départ
que l'amalgame d'organisations politiques, syndicales & associatives avait un certain nombre de
points communs, dont la plateforme signée par tous, mais aussi des divergences très lourdes qui ne
peuvent perdurer sur le long terme. L'association temporaire de syndicats comme le SPEG & de
fédération comme la FSU ne peuvent avoir de buts communs sur le long terme. C'est la force du LKP
d'avoir uni 49 organisations dans un but commun. « Son succès a fait même rêver des militants
politiques et syndicaux de l’hexagone. » Combien ont réellement tiré des enseignements de ce
mouvement ? Combien d'hommes politiques sur le plan national ont tenté d'utiliser ce mouvement à
des fins personnelles & sans aucun lien avec la réalité du mouvement LKP. L'ampleur de la
mobilisation a pu faire rêver, pas les idées maoistes de certains ! Les syndicalistes & politiques se
sont intéressés à l'ampleur du blocage, non aux idées véhiculées derrières. Les adeptes de la IVème
Internationale y ont vu un moyen de développer un grand soir quelconque, rien de plus.
L'analyse du LKP faite par M.Dahomay est totalement subjective. L'analyse ubuesque & romantique
de la première phase, est aussi biaisé en positif que la suite des événements en négatif. Encenser la
première partie de la grève, exemplaire car sans incident occulte la réalité syndicale : pendant toute
cette période, aucune avancée n'a eu lieu, malgré les espoirs vite échaudés, des promesses de
M.Jégo. N'importe quel syndicaliste dans la même situation aurait eu le même dilemme : continuer à
revendiquer une plateforme globale & risquer de ne rien obtenir, ou recentrer les revendications dans
le champ du possible & tenter d'obtenir quelque chose. Comment obtenir syndicalement quand on
manifeste doctement pendant 35 jours en essuyant le mépris du champ politique & administratif ?
Quelle autre solution que de durcir la situation ? La montée en puissance a été raisonnée. Le pouvoir
avait la possibilité de sortir de la crise plus tôt. Jego aurait été entendu par le gouvernement, la
situation eut pu être différente. La violence est toujours regrettable, mais quelle autre option que les
blocages quand il ne se passe rien alors que 25% de la population est dans la rue pacifiquement ?
L'action politique
Le texte de M.Dahomay tente de décliner une analyse politique de la stratégie du LKP. « Elle est
éminemment politique. Ce pourquoi le passage du social au politique est toujours un saut périlleux.
C’est ce saut qui a été raté. »En affirmant que le LKP a une stratégie politique, il serait intéressant
sans aucun doute d'éclairer la lanterne des lecteurs : quelle est cette stratégie politique que
M.Dahomay condamne ? Quels sont les textes de référence programmatiques du LKP ? Je n'en
connais aucun. Pour la simple & bonne raison que le LKP est apparu très clairement dans un champ
exclusivement revendicatif d'un point de vue social sans jamais décliner aucune ambition politique,
au sens institutionnel. En effet, on peut considérer que le LKP a fait de la politique simplement au
sens philosophique de la participation à la vie de la Cité. L'union très large du LKP n'a été possible
qu'à cette condition là ! La condamnation de ce qui n'a pas eu lieu n'a aucune raison d'être ! Les
dirigeants médiatisés du LKP sont des dirigeants syndicaux, qui à la manière des adeptes de la IVème
internationale, n'ont aucune envie d'accéder au pouvoir, & ne veulent surtout pas mener une
réflexion politique autre que la Révolution. L'anti-intellectualisme décelé par M.Dahomay n'est qu'une
dérive marginale d'un petit nombre & n'est qu'une déclinaison du maoïsme revendiqué par certaines.
L'analyse des événements du conseil général est exagérée & subjective des événements du CG. Il y
a même une interprétation partiale d'un événement banal. Analyser l'action politique d'un mouvement
syndical est une erreur d'analyse grave ! M.Dahomay explique que les dirigeants du LKP sont des
dirigeants politiques : M.Domota est le leader d'un parti politique ? L'UGTG est un parti politique. La
FSU qui joue un rôle majeur dans les négociations actuelles des contrats aidés est un parti
politique ?
« Les luttes sociales ont toujours eu un principe politique cohérent ». L'argument d'autorité tombe,
telle une sentence définitive. Sauf à croire à de grands principes romantiques, l'analyse historique
des mouvements sociaux sur les derniers siècles balaye d'un revers de main cet affirmation infondée
! Quel était le principe politique cohérent des vignerons languedociens en 1907 ? Quel était le
principe politique cohérent des nu-pieds de Normandie en 1635 ? Quel était le principe politique
cohérent des grèves de 1995 ? La liste exhaustive serait impossible à dresser de l'ensemble de ces
mouvements sociaux dont la finalité n'a jamais été politique.
L'utilisation de la référence Karl Marx est intéressante, mais contestable dans la présente situation.
Marx est un fantastique théoricien, il ne reste qu'un théoricien. Passer de la théorie à la pratique
reste un enjeu complexe & tous ceux qui ont tenté d'appliquer les principes marxistes à une société
s'y sont tous brulé les doigts & la raison...
« refonder le politique dans notre pays sur des bases nouvelles. » Autre sentence forte de
M.Dahomay qui apparaît totalement décontextualisée. La longue critique des choix politiques ou
plutôt des non choix politiques du LKP élude totalement une nécessaire réflexion sur le système
politique guadeloupéen, sans faire l'économie de l'ensemble de ses travers. Pour ne prendre que
quelques exemples le clientélisme politique, comme par exemple au PS (les votes internes au PS
sont un exemple affligeant...) dessert sans aucun doute autant le politique que les événements du
Conseil Général. La collusion très forte entre le monde politique & l'économie sont un autre point qui
mériterait une réflexion & une critique acerbes. Les choix politiques menés qui aboutissent à
l'élection d'un président de conseil général à l'unanimité ne rendent pas le débat politique très
cohérent pour employer un euphémisme.
La proposition de M.Dahomay concernant le politique est plus que surprenante : « ...de normes, de
valeurs ou de principes définissant le sens du vivre ensemble, ferait un bon en avant car il s’agirait là
d’une première forme de ré-institution du social ou de refondation de la chose politique. » Doit-on en
conclure que ces valeurs & principes n'existent pas à l'heure actuelle ? Le petit enseignant de la
République que je suis, pensait naïvement que les seules valeurs & principes fondamentaux d'une
société démocratique ont déjà été définis dans la Déclaration des Droits de l'Homme & du Citoyen, la
Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, & le programme du Conseil National de la
Résistance qui pose les fondements de l'État providence.
La problématique de l'éducation
Au milieu de cette diatribe contre les excès supposés du LKP, & de ses choix politiques, M.Dahomay
fait une sorte d'aparté sur le système éducatif guadeloupéen, plutôt surprenante !
« l'école vise le bien commun ou public ». Le texte nous gratifie d'un nouvel argument d'autorité,
pourtant fortement contestable. L'auteur devrait sans doute élargir sa vision de l'École à ce qu'elle
est aujourd'hui, avec des collèges issus de l'éducation prioritaire, des collèges ruraux... L'École vise
à formater un enfant dans des critères d'employabilité. La construction du citoyen est de plus en plus
abandonnée par les programmes d'enseignement. La mise en place du socle commun de
connaissances & de compétences au collège en est l'élément le plus frappant. L'École n'est
émancipatrice que pour celui qui réussit, celui qui entre dans le moule. Mais qu'en est-il de ceux qui
se retrouvent abandonnés sur le chemin de l'échec scolaire ?
« L'école apprend à penser et agir » Le petit enseignant que je suis est ravi de l'apprendre. Cette
affirmation est sans doute une réalité au lycée Général... où ne vont que 30% d'une classe d'âge.
Mais les autres ? L'école a des vertus & il ne s'agit pas de la supprimer. Mais vouloir la réformer pour
la rendre démocratique, voilà une ambition ! L'école n'exerce plus qu'un tri social visant à créer une
mixité des élites, ce qui est tout à fait inacceptable. Vouloir revenir à l'école mythique des hussards
noirs de la République qui ne scolarisait qu'une élite est une utopie & n'offre aucun débouché pour
les enfants du peuple guadeloupéen. « Le maître qui m’a le plus marqué de toute ma scolarité est un
instituteur. Je n’aimais pas trop Loulouse. Loulouse, c’était un petit martinet avec lequel il nous
battait. Une faute d’orthographe, au premier trimestre, c’était un coup de Loulouse. Une faute, au
troisième, c’était trois coups de Loulouse. » Qu'est-on sensé en conclure ? Que les châtiments
corporels étaient bons pour l'orthographe des élèves. « Il a dit ceci que je n’oublierai jamais : « Ti
moun a la répiblik, sé la yo ka pasé ! ». Il nous a mis en colonne par deux et nous avons traversé
fièrement la cour de la dame subitement silencieuse et médusée, le couteau pointé en l’air comme
on ne sait dans quelle interrogation muette mais respectueuse. On n’oublie pas de tels maîtres. » Il
est passionnant de voir l'admiration d'un professeur pour son ancien maître, mais honnêtement
Pagnol en son temps décrit bien mieux ce type de sentimentalisme réactionnaire d'une éducation en
France éternelle dure mais juste. Voir des enseignants regretter que leurs élèves ne les gratifie pas
d'une reconnaissance sentimentale montre le profond malaise qui semble exister dans la profession !
La demande syndicale d'une véritable revalorisation atténuerait peut-être ces vagues à l'âme
sentimentaux. Il me semble que la fonction d'un enseignant n'est pas d'attendre de sentiments de la
part de leurs enseignants.
« L’idéal de l’école républicaine qui a animé nos anciens maîtres a toujours eu une dimension
universelle. Ensuite, il faut toujours se méfier de la plainte constante quant au délitement des valeurs
traditionnelles comme si il y avait là une crispation conservatrice sur une société passée qu’on
magnifie. » Le constat apparaît en contradiction  avec ce qui a été écrit précédemment. La dimension
universelle des anciens maîtres servait à la construction d'une mixité des élites. Combien d'élèves
arrivaient en cycle secondaire sous la IIIème République ? Actuellement, la démocratisation permet à
100% des élèves d'aller au collège & à 80% d'une classe d'âge au bac. Le sempiternel niveau qui
baisse est à oublier ! Il est sûr qu'en envoyant travailler les gens du peuple à 12 ans comme au
Royaume Uni le niveau de ceux qui restent dans la scolarité serait largement meilleur...
« Dans les écoles, les enseignants rasent les murs taraudés par on ne sait quel honte ou quel
désespoir. » Peut-être faut-il utiliser ce constat pour le relier au choix politique de diminution des
moyens humains & de précarisation accrue des personnels présents dans les établissements.
« la tradition des coups à l’école est une mauvaise chose que pratiquaient nos maîtres dans une
survivance macoutique issue de l’esclavage, ce pourquoi je n’aimais pas Loulouse d’ailleurs. » N'y
avait-il donc pas de châtiments corporels dans l'enseignement occidental ? Les châtiments corporels
sont donc tolérables dans l'Occident qui n'a pas connu l'esclavage ? Raisonnement absurde, à
l'opposé d'une réflexion qui se veut ouverte sur l'extérieur !
Les grands principes & leurs fondements
Le texte de M.Dahomay fait sans cesse référence à des grands principes, sans toujours en préciser
les fondements. Cependant, très souvent, il est fait une référence incontestable à une morale judéo-
chrétienne pleinement assumée. On peut ainsi lire qu'il existe un « principe moral transcendant », ou
encore « on peut admettre tout de même qu’il existe bien des valeurs transcendantes sans
lesquelles l’humanité ne serait pas l’humanité ». Sans aucun doute est-ce être un affreux que de
s'interroger sur un raisonnement politico-syndical derrière le prisme de la morale chrétienne. Il me
semblait que les débats du XIXème siècle, mais aussi & surtout la loi de 1905, avaient permis de
définir deux espaces clos & étanches : celui de la vie publique, laïc & fondé sur la raison, celui de la
vie privée, laissant une entière liberté de conviction à tous. Revenir sans cesse sur de grands
principes qui font référence à une morale chrétienne pose un problème lourd : car quelles que soient
les vertus que l'on peut trouver dans la morale chrétienne, elles reposent  sur du sentiment, du
ressenti, de la croyance, qui présuppose que tout un chacun y adhère. Partir de cette morale
chrétienne comme fondement d'une société, guadeloupéenne ou autre, c'est exclure de facto les
agnostiques, les athées, les croyants non chrétiens... Cela représente une ambition bien restrictive
pour un champ de réflexion qui doit être nécessairement vaste ! Le plus souvent, la croyance
s'oppose à la raison. Il n'est point besoin ici de développer, le XIXème siècle & Darwin ont permis de
trancher le débat définitivement. La Guadeloupe est ancrée dans une Histoire liée à la France, où
l'enseignement est clairement évolutionniste & non créationniste. Les principes moraux fondés sur la
doctrine judéo-chrétienne ne peuvent plus avoir leur place dans le débat politique d'une Guadeloupe
du XXIème siècle ouverte sur le monde.
On ne peut amener sans cesse les références à l'esclavage dans le débat, sans le lier
immédiatement à une critique de la religion catholique. Cette religion, qui vient des colons européens
est imposée aux esclaves dans le but de mieux les asservir, pour éviter qu'ils se révoltent. La religion
catholique est le corollaire de l'esclavage : si l'on considère à juste titre que le premier est un crime
contre l'Humanité imprescriptible, il faut regarder l'autre au travers ce prisme.
D'ailleurs, après avoir longuement parlé de grands principes transcendants, jamais réellement
définis, M.Dahomay parvient au constat suivant : « Si c’est bien la raison plutôt que le sentiment,
même celui de fraternité, qui fonde de tels principes, c’est toujours une raison située historiquement,
dans des sociétés données. Il y a bien une rationalité voire une universalité comme celle des droits
de l’homme, mais c’est une rationalité construite. » Paradoxe & contradiction avec ce qui a été écrit
tout au long du texte. La construction de la rationalité est une nécessité, puisqu'elle n'est pas posée
comme la théologie, mais est construite par la réflexion, & est susceptible d'évolutions liées aux
découvertes de la science, à une pensée qui se construit tous les jours.
Malheureusement, après ce constat plutôt juste, d'une pensée rationnelle, le texte reprend
immédiatement le chemin de l'irrationnel, du mystique : « Si la tradition, pour nous modernes, n’a pas
d’autorité en tant que telle, on ne saurait élaborer une autorité moderne sans un dialogue critique
avec la tradition. » Quel dialogue avec la tradition peut-on entretenir, si l'on convient, dans le
paragraphe précédent que tout se construit sur les progrès de la rationalité : faut-il envisager que des
choses disparues avait du bon ? La tradition plaçait l'homme au-dessus la femme, plaçait l'homme
dans la sphère de l'extérieur, du politique, la femme dans le monde de l'intérieur. Bourdieu a écrit
cela bien plus clairement. Faut-il réévaluer les vertus de la tradition judéo-chrétienne que l'on vient
de condamner pour ses liens avec l'esclavage, avec une pensée ancrée sur des principes
réactionnaires ? Faut-il revenir à la tradition de la violence sociale jusqu'aux origines du « œil pour
œil, dent pour dent » ?
Faute de choisir entre principes judéo-chrétiens traditionalistes, & rationalité construite, l'auteur nous
sert des poncifs lourds, sans analyse & qui apparaissent une nouvelle fois comme des arguments
d'autorité : « Ce qui est sûr, cependant, c’est qu’aujourd’hui, les familles sont gravement divisées, le
taux de délinquance flambe, les prix aussi et les profiteurs relèvent la tête, la vie est aussi chère,
malgré des conquêtes sociales indéniables. »
La fin du texte ramène à un sentimentalisme, à l'irrationnel, à l'autoflagellation collective, liée à la
religion catholique sans proposer aucune solution.«  Mais les échecs du LKP sont aussi les nôtres et
nous sommes tous condamnés à faire autre chose. », & les dernières phrases reviennent encore &
toujours sur ces grands principes dont nous ne saurons finalement pas plus, « que nos tentatives de
mises en commun de nos paroles voire de nos actes ne se fassent pas sans le respect de certains
principes. »
Ce texte de M.Dahomay propose une analyse caricaturale du mouvement social vécu en
Guadeloupe récemment. L'analyse se fonde sur une critique violente du syndicalisme d'action, sans
prendre la peine de confronter ce syndicalisme à la société & aux institutions auxquelles il est
confronté. L'analyse politique n'apporte rien, si ce n'est un soutien implicite aux hommes politiques
en place. Toujours présentés comme sages & supérieurs au mouvement social, justement incapable
de devenir politique, les hommes politiques présenteraient toutes les qualités pour continuer à
fonctionner sans prendre en compte la société. Le mouvement social n'aurait aucune légitimité, la
démocratie représentative serait la panacée. Face à cette analyse, il apparaît nécessaire de se
demander : dans ce monde merveilleux où le politique est parfait, pourquoi la Guadeloupe a-t-elle été
frappée par 44 jours de mouvement social intense ? Ce paradoxe renvoie à la grille d'analyse
choisie, qui est celle d'une morale judéo-chrétienne passéiste, dont l'Histoire a montré tous les
travers & les horreurs. L'Éducation, prise en exemple, même si elle apparaît quelque peu hors sujet
dans le débat, renvoie aux mêmes paradoxes : le constat d'une nécessaire évolution, mais avec une
grille d'analyse qui ne regarde que vers un passé mythique & révolu.
On en vient à se demander si le texte n'est pas finalement un plaidoyer de classe, où M.Dahomay
reproche finalement au peuple d'avoir osé se révolter contre ses élites, & se sent lui-même menacé
par ce mouvement, réagissant en s'ancrant dans un passé où le contrôle du peuple par les élites
était total. La référence à l'École élitiste & méritocratique d'antan n'est pas neutre : elle renvoie à un
passé qui permettait une reproduction des élites tout en assurant à une toute petite minorité un accès
à cette élite. Cela renvoie au projet de l'actuel président de la République, qui cherche à construire
une mixité des élites en laissant sur le chemin l'immense majorité des classes populaires.
Est-ce là le projet de M.Dahomay pour la Guadeloupe ?
Guillaume MARSAULT, enseignant en Histoire géographie, syndiqué au SNES-FSU
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25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 01:29
UNE LETTRE DE LAILA CASSUBIE

 
 
Certains d'entre vous se demandent ce que je suis devenue depuis la fermeture du Cyber Gwada.
Et bien je suis toujours là, je continue à vadrouiller de familles en situation de précarité en familles et je les aide dans leurs diverses difficultés sociales, administratives ou autre comme avant. Non, non je ne dors pas, j'essaie de faire de mon mieux pour aider.
De façon à légaliser en quelque sorte mon intervention, j'ai créé une micro entreprise et j'y exerce en tant qu'Intervenante sociale itinérante - Ecrivain public. Bien entendu je ne fais pas payer les familles et j'espère qu'un jour une de nos administrations pourra rémunérer mes prestations. Mon n° de siret : 511 483 398 00018
APE : 9609 Z
En attendant je suis donc bénévole.
 
J'accompagne aussi les associations dans leurs démarches diverses sous forme de prestations.
 
Mais si je vous envoie ces quelques lignes aujourd'hui c'est que je cherche à créer un réseau de solidarité pour venir en aide aux familles en difficulté.
Par exemple actuellement il y a des besoins :
 
- tout ce qu'il faut pour un bébé qui va naitre à la fin du mois (lit ou parc, layette, couches...)
- une poussette
- des couches de toutes tailles
- des vêtements et chaussures en bon état pour des petites filles entre 1 an et 14 ans dont maillots de bain
- des vêtements et chaussures en bon état pour des garçons entre 1 an et 4 ans et entre 6 ans et 14 ans
- des vêtements et chaussures pour des adolescents
- un frigidaire avec congélateur si possible
- des draps, dessus de lit, serviettes de toilette
- des jouets et livres enfants
- de quoi faire des petits déjeuners et goûters dont du lait en poudre type Nido ou Laicran
- des chèques déjeuner
- un barbecue pour une maman qui fait en job à Vieux Bourg des pilons de poulet et bokits
- des bidons car certaines familles n'ont pas l'eau courante et afin qu'elles puissent prendre de l'eau à la fontaine
 
Je sais que cela fait beaucoup, mais les familles que j'accompagne n'ont vraiment pas grand chose.
 
Je cherche aussi un médecin qui voudrait bien faire des visites médicales gratuites pour le sport afin que les enfants puissent aller aux activités tickets sports
Et aussi un dentiste qui voudrait bien faire des soins aux enfants et jeunes.
 
Durant une partie des vacances j'aurai chez moi deux ou trois fillettes d'une dizaine d'année qui ne partent pas en vacances et qui vivent habituellement dans des cases en pas trop bon état. Si vous avez quelques poupées, dinettes, bouées car je vais les enmener à la plage (j'habite dans le bourg du Gosier).
 
Une autre association qui fait aussi beaucoup "Jaricot" recherche de la peinture pour peindre les studios qu'elle met à disposition des jeunes et aussi un WC et un carré de douche.
 
Et pour terminer de l'encre pour mon imprimante qui me sert à sortir les documents pour les démarches : canon 8 magenta, canon 8 cyan, canon 8 yellow, canon 5 black et une cartouche cyan pour une photocopieuse canon laserbase MF8100C.
 
Si vous voulez faire partie du Réseau "Partage", envoyez moi un petit mail avec votre nom et vos contacts et je vous retournerez une carte d'adhérent.
Si tout marche bien nous pourrions faire une rencontre à la rentrée.
Je sais qu'en Guadeloupe, nous sommes un peuple solidaire.
 
 MERCI MERCI MERCI MERCI MERCI
 
                  Laïla CASSUBIE
                  Tél : 0690 49 58 20
                  Tél/fax : 0590 21 83 31
 Adresse : Résidence Fleur de Mangue
               Bât H32
               MANGOT
               97190 LE GOSIER
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