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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 14:21

Michèle Lacrosil a cent ans
Hier, l'auteur antillais de Sapotille et le serin d'argil, premier à être publié chez Gallimard, a fêté son anniversaire.

Née le 21 février 1911 à Basse-Terre, Michèle Lacrosil est la romancière guadeloupéenne de référence des années 1960. Elle enseigne en Guadeloupe, avant de s'installer à Paris au début des années 50. Mariée au scientifique Henri Galliard (un parasitologue réputé mondialement), elle sera une amie de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir. Ses romans décriventune Guadeloupe en proie aux problèmes raciaux. Dans son premier roman, publié chez Gallimard, Sapotille s'enfuit de Guadeloupe pour échapper à des humiliations incessantes du fait de sa couleur.
« Sapotille, après une enfance difficile marquée par le racisme immédiat et élémentaire des bonnes sœurs chez qui elle reçoit une éducation soignée (celles-ci qui embrassent les petites blanches n’imaginent même pas d’embrasser une noire et manifestent leur dégoût devant une telle perspective, glissent une dragée directement dans la bouche des petites blanches, mais la donne avec répugnance à Sapotille en la lui plaçant dans la main, lui refusent les prix ou récompenses que lui devraient son travail et ses qualités intellectuelles, au prétexte d’indiscipline), connaît aussi les difficultés engendrées par sa couleur dans ses relations masculines : le beau mulâtre Patrice, dont elle tombe amoureuse, n’imagine pas un instant de l’épouser mais en revanche voudrait bien se divertir avec elle ; elle épouse un officier noir, Benoît, qui a jeté son dévolu sur elle, mais son mariage se solde par un échec : il la brutalise, la bat et voudrait seulement qu’elle soit obéissante, se plie à ses désirs, mais n’ait aucune existence personnelle : ici se révèle une certaine conception de la femme dans la société antillaise que l’auteur dénonce aussi vigoureusement que le racisme », écrit Marie-Christine Hazael-Massieux, professeur de l'Université de Provence, spécialiste de littératures francophones.

Un auteur reconnu... aux Etats-Unis !
Dans Cajou, son deuxième roman, Michèle Lacrosil pose ce qu'il est convenu d'appeler une « expérience des limites » de la laideur et de la couleur. Son dernier roman, Demain Jab-Herma, montre la Guadeloupe de 1952 à travers un conflit social dans une sucrerie où Blancs venus de France, Blancs-pays, Nègres et Mulâtres sont confrontés aux préjugés de races. Dans son œuvre, Michèle Lacrosil témoigne, sans préjuger ni juger.
Marie-Christine Hazael-Massieux, toujours, nous en dit plus sur cet auteur : « Ceux qui se sont intéressés à Michèle Lacrosil ont surtout, dans une perspective littéraire, insisté sur la dénonciation du racisme, sur sa défense de la femme (tout particulièrement de la femme noire). De fait un certain nombre d’articles ou travaux sur l’auteur guadeloupéenne ont été produits dans les universités américaines : il est d’ailleurs étonnant de voir que c’est principalement aux Etats-Unis (ou au Canada) que Michèle Lacrosil est citée dans les recensions littéraires concernant les années soixante, souvent évoquée aux côtés de Simone Schwartz-Bart, Maryse Condé, Jacqueline Manicom (ou Marie Chauvet, elle, en Haïti) parmi celles qui ont mené un combat de femmes pour la dignité de la femme. En France, Michèle Lacrosil demeure une inconnue pour la plupart des universitaires français travaillant sur les littératures francophones... »
Michèle Lacrosil a poursuivi une carrière d'enseignant parisien, tout en écrivant. Actuellement, malgré son grand âge, l'auteur prépare un nouveau roman.
André-Jean VIDAL


* Sapotille et le serin d'argile (Gallimard, 1960).
* Cajou (Gallimard, 1961).
* Demain Jab-Herma (Gallimard, 1967).

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