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18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:24
LETTRE DE FRANCE À MES AMIS ANTILLAIS
 
D'abord une pensée pour notre Guadeloupe qui souffre actuellement. Nous sommes, ma femme et moi, complètement solidaires de ce mouvement social qui contrairement à l' apparente douceur de vivre était inscrit dans l' histoire de ce pays. Quatre années passées en Côte sous-le-Vent nous ont définitivement convaincu de l'injustice de la politique française vis à vis de ses morceaux d'empire.
Comment penser qu' un système aussi inégalitaire puisse perdurer au sein d' une population de plus en plus instruite et consciente, étranglée par la vie chère imposée par les  anciens maîtres disposant du capital économique hérité de leur passé esclavagiste.
Comment ne pas être interpellé par le  spectacle de la richesse des touristes européens et des chasseurs de prime de tout poil (fonctionnaires métropolitains ou contribuables à la recherche de défiscalisation) ?
Comment expliquer au travailleur guadeloupéen qui voit sa rémunération  être inférieure en moyenne à celle de métropole que les 40 % de vie chère accordés aux fonctionnaires ne le concernent pas ?
Comment expliquer à un jeune antillais devant sa télévision que la majorité des manifestants dans la rue sont noirs et qu'en face les représentants de l' Etat soient tous blancs?
Comment expliquer qu' une essence raffinée en Martinique par Total qui annonce des milliards de bénéfices arrive si cher dans les réservoirs de l'archipel ?
Comment expliquer les difficultés du système éducatif alors que l'on laisse chaque année des enseignants métropolitains par centaine face aux élèves sans leur donner les bases de la culture des enfants et leur enseigner le créole à une époque où en France on  oblige les migrants d'Afrique a passer un examen de français pour obtenir le droit d' entrer sur le territoire ?
Comment expliquer que la tomate antillaise soient plus chère que celle importée du Maroc ?
Bien sûr les responsabilités sont partagées. Les élites locales ont trop  souvent failli et basculé de l'autre  côté en oubliant d'où ils venaient pour réussir leur intégration dans le monde des nantis. Mais le poids de l'histoire, les comportements inconscients de domination , les préjugés l'ont souvent emporté sur le respect et l'acceptation de l'autre dans sa réalité propre et non dans la recherche d' une copie localement conforme à nous-même.
J' aime profondément ce pays car c' est un pays en devenir. J' aime profondément les gens de ce pays. J'y ai rencontré des femmes et des hommes debouts, trop souvent humiliés. Des gens capables d'une générosité immense dès qu'ils se sentent aimés et écoutés.
Il fut une époque où l'on criait dans les rues : nous sommes tous des juifs allemands !
Aujourd'hui je voudrais être noir.
 
Françoise, Yves, Aurélien, Alain,  Dominique, Anne, Kéti, Max et vous tous, peuple de Guadeloupe, de tout cœur avec vous.
Jean-Jacques et Catherine Grégoire

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André-Jean Vidal
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