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15 mars 2009 7 15 /03 /mars /2009 14:45
TRIBUNE LIBRE - ANALYSE ÉCO

Analyse économique de la Gwada
L’accord signé entre le préfet de Guadeloupe et le collectif Liyanaj kont
pwofitasion (LKP), qui va être "copié-collé" en Martinique et probablement à la
Réunion, est un programme de "mise à niveau" sociale. En Guadeloupe,
Liyanaj est parvenu à mobiliser une grande partie de la population, et
longuement, parce qu’il a fondé cette mobilisation sur un programme sérieux.
Tout le monde admet aujourd’hui que la forte différence de niveau entre  les
prix des biens de consommation aux Antilles et les prix en Métropole –eux-
mêmes excessifs par rapport à d’autres pays d’Europe- n’avait aucun fondement
autre qu’une accumulation de marges et de rentes alimentant une "pwofitasion"
pour quelques-uns. Dans le cas des carburants, des pratiques délictueuses ont
même été mises en évidence.
Une perfusion de trente-six mois, mais ensuite?
La revendication sur les salaires du secteur privé, fondée dans son principe, ne
l’était pas dans son niveau. Aucune entreprise ne pouvait supporter une hausse
de 200€ par mois, surtout jusqu’à 1,4 fois le Smic. Aussi est-ce finalement
l’Etat qui, pour la moitié fait l’effort complété par celui des deux collectivités
territoriales à hauteur de 50€, mais pour 12 mois.
Le solde est évidemment supportable par les entreprises. Il représente une
hausse de l’ordre de 4% du Smic brut. La faiblesse de l’accord, c’est d’abord le
flou qui entoure ce qui se passera pour les 50€ des collectivités dans un an, et,
surtout, le refus de signature de certaines organisations patronales, malgré
l’effort de l’Etat qui a garanti sa prestation au-delà des 36 mois prévus
initialement. Mais, après tout, il appartiendra maintenant aux partenaires
sociaux de reprendre le dialogue, comme dans tout autre département français. 
Toutefois, cet accord n’est pas un projet économique et, qu’on le veuille ou non,
la pérennité des acquis est intimement liée au développement de l’économie, en
Guadeloupe, comme dans tous les DOM. Si le taux de chômage reste à 20%, et
50% chez les jeunes, ces acquis se consumeront comme braises et nous
risquons un rebond de frustration porteur d’un choc social plus grave encore.
Seuls des investissements productifs massifs garantiraient des créations
d’emplois
Il faut dire et redire que, hors perfusion de l’Etat qui ne peut s’amplifier sans
cesse, on ne peut distribuer que ce que l’on produit. On peut importer, à
condition d’exporter plus ou moins l’équivalent. Or l’accord, en termes de
production, ne mentionne que la réanimation des productions agricoles locales,
notamment en imposant leur consommation dans les cantines. La partie de
l’accord sur la formation des jeunes n’a de sens que si des emplois productifs
viennent s’ajouter aux 40% d’emplois administratifs.
Répétons donc que seule une forte vague d’investissements productifs,  en
Guadeloupe comme en Martinique et à la Réunion, peut garantir le développement
économique et les créations d’emplois. Certes, d’autres départements métropolitains
présentent aussi une balance production/consommation déficitaire. Mais pas à ce
point, et surtout pas dans le même contexte socio-racial.
Un projet de loi pour le développement économique d’outre-mer (PLOEDOM) est en
cours d’examen au Parlement; le Président, parmi les autres promesses budgétaires, a
annoncé une rallonge spéciale de 500 millions d'euros. Mais l’essentiel des mesures
est encore de caractère fiscal (zones franches,  baisse de charges sociales,
défiscalisation…), même si les parlementaires, sénateurs en tête, sont conscients du
fait que les défiscalisations précédentes ont "boosté" principalement les constructions
immobilières de luxe, et profité surtout à des contribuables aisés, au détriment
d’ailleurs du logement social!
Concernant les charges sociales, leur baisse répétée finit par sonner comme un aveu:
a-t-on abandonné l’idée de faire de nos DOM de "vrais" départements français,
compétitifs, autant que les autres, au sein du monde développé? En tous cas, selon ce
que l’on peut comprendre, en dehors de la rénovation d’hôtels et de l’aide aux
entreprises d’import  export,  115 millions seulement  sont  prévus pour des
investissements plus "productifs" dans les quatre DOM. On espère qu’un véritable
"plan" détaillé, sortira des Etats généraux prévus.  
Car il y a là un manque évident qui, s’il n’est pas comblé, aura rendu la mise à niveau
sociale que d’aucuns qualifient de "révolutionnaire", inutile voire nocive si elle
conduit à la disparition de nombreuses entreprises.
L'idée nocive d'une métropole ennemie
Pour les Antilles Elie Domota, comme Christiane Taubira, ont eu raison de
répéter que l’origine des manifestations était d’abord sociale. Malheureusement,
l’affrontement social a aussi "déplacé" un antagonisme racial latent. Nul ne peut
nier que la dialectique sociale qui opposait les détenteurs des moyens de
production et d’échange, et le peuple, était aussi, pour une part importante, un
antagonisme, sourd, latent, mais bien réel, entre noirs et "blancs pays" ou békés.
Et nul ne peut le reprocher aux Guadeloupéens noirs. Seuls peuvent le
comprendre ceux dont les arrière grand parents étaient encore esclaves ou
venaient d’être affranchis et soumis à une domination économique équivalente
jusqu’en 1946.
L’affrontement dont nous venons de sortir aux Antilles a révélé à nouveau cette
réalité. Malheureusement, en accusant régulièrement l’Etat français de "se
débiner", et en le contraignant finalement à apporter le plus gros de l’effort
salarial, Elie Domota a pu accréditer, dans certains esprits moins subtils que le
sien, l’idée que la Métropole , représentée par cet Etat, était l’ennemi. Du coup,
selon ce que disent aujourd’hui de nombreux "métros", un certain ostracisme
s’étend aujourd’hui à tous les blancs y compris eux. Notamment chez les
adolescents qui n’ont plus guère de culture historique! 
Il faut espérer que ce n’est là qu’un trouble passager et que la raison entre tous,
reprendra ses droits, sur les bases sociales heureusement renouvelées. Mais si
l’économie ne suit pas, si le sous-développement persiste, compensé seulement
par les perfusions de la Métropole, le prochain sursaut risque d’être bien plus
dur, et surtout de conduire à une revendication d’indépendance, dont les
Antillais, comme le leur montre chaque jour la situation sociale dans les îles
voisines, seraient les premières victimes.

Le texte est anonyme

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André-Jean Vidal
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