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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 23:23

PATRICK
Par Dominique DOMIQUIN
 
Nul doute qu’il sirote déjà un punch coco avec Féla Kuti, Vicentico Valdez,
Pacheco, Stellio, Fitzgerald, Hendrix, Oum Kalthoum, Brassens, Mozart,
Loyson et les autres. Il avait dans la voix ce tonnerre fragile qui nous est propre
et qui touche à l’universel. Ses textes comme ses mélodies disaient la
profondeur et la légèreté de nos vies d’hommes et de femmes guadeloupéens,
antillais, créoles et plus largement caribéens. Patrick Saint-Eloi ne savait pas
chanter sans son âme. Il avait le courage, la folie de se mettre à nu devant des
foules immenses sans jamais se départir d’une grande pudeur. Sa sensibilité
n’était jamais sensiblerie. Pas de guimauve chez ce magicien de génie mais une
tendresse authentique, une Humanité qui coulait, se répandait en nous comme un
secret. 
 
Il était notre proche. Chacun de nous a son lien personnel avec l’une ou
plusieurs de ses chansons. Feu Jean-Louis Mérault (l’un des plus grands
pianistes que la Guadeloupe ait engendré) disait souvent : « S’il nous fallait
arrêter un hymne pour la Caraïbe, le choix serait terriblement difficile entre
Redemption Song, Café et le West Indies de Patrick… Peut-être nous faudrait-il
mélanger les trois ! » 
 
Faisant frissonner chaque orteil de notre âme avec le groupe Kassav, Patrick a
fait exploser le Zouk ! Combien de miles parcourus dans le monde pour faire
partager notre culture, notre langue et notre musique assumées ? Combien de
pistes artistiques explorées, défrichées ? Son art extrêmement difficile, il avait la
politesse de nous le faire passer pour simple. Monstre de talent, crooner de ces
dames, artiste engagé à ses heures, souvent imité, jamais approché, Patrick
Saint-Eloi chérissait cette île-papillon où son lonbwik est enterré. Le voilà parti
virer en Guinée… Quand nous aurons ravalé la tristesse, il nous restera sa
musique et son cri comme sillons. Avec lui, la Guadeloupe toute entière perd un
intime.
 
Mèsi on pil, ti-mal.
Lonnè èk Rèspé.
 
 
Dominique DOMIQUIN
Fort-de-France, le 18 Septembre 2010
 
 

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