Conteneurs : c'est presque l'asphyxie
Au port, les bateaux de croisière ne viennent plus. Les cargos... pas souvent. Et les conteneurs s'accumulent.
Si les paquebots ne font plus escale en Guadeloupe, c'est que les Américains craignent pour leur clientèle. Les Américains sont douillets, craintifs. Et comme la Guadeloupe est devenue, pour eux,
une destination à risques, ils l'évitent comme la peste depuis les premiers blocages. Et si l'ont voit le Costa chaque samedi au port, c'est qu'il ne peut pas faire autrement puisqu'il est navire
basé, ce qui veut dire qu'il embarque pour une croisière d'une semaine dans la Caraïbe à partir de Pointe-à-Pitre un millier de clients qu'il redépose le samedi suivant avant d'en embarquer un
millier d'autres, etc. En fait, ses clients se moquent de la Guadeloupe, des Guadeloupéens et des problèmes de ceux-ci. Ils passent une demi-journée au port... et vont ailleurs, là où le touriste
est accueilli comme le Roi Dollar. Ou le Roi Euro, puisque toutes les îles ont appris à aimer cette nouvelle monnaie forte. Surtout Cuba. D'ailleurs s'ils n'ont fait qu'une demi-escale en
Guadeloupe, l'autre demi-escale ayant été faite à Antigua, la compagnie estime que c'est en Guadeloupe malgré tout — malgré les inconvénients inhérents à la grève... — que cela s'est le mieux passé
! «C'est dire combien la Guadeloupe perd qui peut s'enorgueillir d'un aéroport et d'une structure portuaire de grande classe », observe un spécialiste de la croisière.
Environ 10 000 conteneurs en souffrance
Depuis le début de la crise, une vingtaine d'escales plus attractives ont été annulées. Des escales pendant lesquelles les touristes descendent, vont en ville, achètent, prennent des taxis,
utilisent les cars d'excursions des tours. Trente mille touristes en moins, près de vingt millions d'euros de pertes pour la Guadeloupe. Sans compter les droits de port, les achats de vivres frais,
etc.
A noter, l'annulation des escales du navire de croisière Visions of the Seas, initialement prévues les 3, 17 et 31 mars.
Au terminal de la pointe Jarry, la situation est difficile depuis trois semaines. Il y a deux semaines, les navires de marchandises (surtout des porte-conteneurs, mais aussi des vraquiers — pour le
clinker et le charbon, enfin des pétroliers) venaient encore. Depuis deux semaines, c'est fini. Sauf le porte-conteneurs de CMA-CGM, qui est venu ce week-end, deux gros navires, puisqu'il avaient
un millier de conteneurs à décharger, ce qui a été fait. Combien de conteneurs sont-ils restés sur la plate-forme, même si, de-ci de-là, certains ont pu sortir, grâce à l'obligeance des
transporteurs routiers — quand ils avaient de l'essence ? Plusieurs milliers, environ 10 000 conteneurs.
« Mais ils n'auront pas à être rapatriés une fois le conflit fini », dit M. Martens, directeur général du port autonome.
La banane du Surinam a été chargée en Martinique... L'activité banane étant essentiellement une activité de transbordement.
Quand à la banane locale, elle est ramassée... en pointillés.
André-Jean VIDAL