Franz-Olivier Giesbert dans Le Point (jeudi 26 février 2009)
L'affaire des Antilles est un cas d'école qu'il faudrait enseigner dans les lycées. Il met au jour les limites de l'Etat providence. Car, enfin, voilà deux beaux départements, la Guadeloupe et la
Martinique, que la métropole subventionne abondamment (autour de 4,3milliards par an), avec les navrants résultats que l'on sait. On ne les aide pas à s'aider eux-mêmes.
L'assistanat ne sert à rien s'il n'y a pas, derrière, l'espoir, le respect et la dignité. Or c'est ce qui manque aux Antilles. La misère est, paraît-il, moins pénible au soleil, mais l'absence de
perspectives et la perte de confiance en soi le sont tout autant. Ce ne sont pas des mesurettes qui régleront le problème antillais. Seul un plan d'ensemble (et de choc) réconciliera les
communautés entre elles. Ou bien ce sera, un jour, l'indépendance...
Finalement, le psychodrame antillais montre qu'en cette période difficile les populations ont certes besoin de largesses, mais aussi de sens. De ce sens qui, ces dernières années, manquait aux
politiques publiques occidentales, obnubilées par leur PIB, alors que les prétendues élites de la finance se remplissaient avec indécence la panse et les poches.
Telle est la tâche du gouvernement aujourd'hui. Il ne s'agit pas seulement de distribuer les miettes d'un gâteau dont la crise a retiré l'assiette, mais aussi d'en finir avec les vieux disques pour
articuler un vrai discours adapté aux temps nouveaux. A ce propos, je ne saurais trop conseiller, à nos dirigeants notamment, la lecture du brillantissime livre de Thomas L. Friedman, le
brillantissime « columnist » du « New York Times », « La Terre perd la boule » (1). Une Terre trop chaude, trop plate et trop peuplée. On y reviendra. Il ne faut pas désespérer de la politique.
F.O.G.