Martinique: mise en examen d'un béké pour "incitation à la haine raciale"
Alain Despointes, membre de l'une des puissantes familles békés de Martinique, a été mis en examen mardi pour "incitation à la haine raciale et apologie de crime
contre l'humanité" pour de propos tenus dans un documentaire de Canal +, a-t-on appris mercredi auprès du parquet de Fort-de-France.
M. Despointes, 82 ans, qui réside normalement en Martinique mais était en métropole, a été entendu et mis en examen à Paris par le juge Bruno Lavielle.
Une information judiciaire avait été ouverte le 10 février sur cette affaire par le procureur de la République de Fort-de-France Claude Bellenger.
L'apologie de crime contre l'humanité, l'esclavage dans ce cas précis, est passible de 5 ans d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende, tandis que l'incitation à la haine raciale est passible
d'un an d'emprisonnement et de 45.000 euros (peines maximales).
Il voulait « préserver sa race »
Dans ce reportage diffusé par Canal+ intitulé "Les derniers maîtres de la Martinique", ce créole blanc -descendant des colons- affirmait notamment, d'après les images présentées, "vouloir préserver
sa race".
L'émission, diffusée en métropole le 30 janvier, a fait grand bruit en Martinique, avant même sa programmation sur Canal+ Antilles le 6 février et sur des sites internet.
La polémique était venue ajouter de l'huile sur le feu de la crise sociale en Martinique, où la dénonciation de la "vie chère" vise souvent les békés, détenteurs d'une grande partie du pouvoir
économique.
Son avocat parisien, Basile Ader a déclaré à l'AFP que M. Despointes était "terriblement malheureux, il a l'impression que sa vie s'effondre".
Sur le chef "d'apologie de crime contre l'humanité", l'entrepreneur martiniquais "conteste avoir fait une quelconque apologie de l'esclavage, il parlait uniquement de l'histoire des colons", a
expliqué Me Ader. "On lui fait un procès en sorcellerie" et cette incrimination est "particulièrement infamante", a-t-il ajouté.
Son avocat a souligné que M. Despointes avait "été l'un des premiers békés signataires d'une déclaration en 1998 contre l'esclavage", dont il dit qu'elle avait "abouti à la loi Taubira" sur la
reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l'Humanité, en 2001.
Une expertise psychologique
Sur "l'incitation à la haine raciale", son client "s'est exprimé maladroitement et il le regrette amèrement".
"Dans sa famille il y a des métisses" et les propos sur "la préservation de la race" faisait "référence à une explication historique mais sans la reprendre à son compte", selon l'aovcat.
"C'est un self-made man qui fait travailler 700 personnes (dans les Antilles), qui n'a jamais fait de plan de social", a ajouté l'avocat, qui a par ailleurs demandé une expertise sur l'état
neurologique de son client.
M. Despointes avait été interviewé en mai 2008, a-t-il rappelé.