Pénurie de sucre en Guadeloupe
Il n'y a plus de sucre de canne local disponible en magasin.
L'usine sucrière de Gardel ne distribue plus ses sachets.
Il semble que l'on se trouve en ce moment face à une pénurie.
L'importation de sucre de l'extérieur fait une percée.
Comment dit-on Cocorico en créole ? Kokoriko ? Quand les salariés de Gardel — ou plutôt les syndicalistes UGTG et CGTG — ont tonné, sur les ondes, que pour éviter de pénaliser la filière
canne-sucre, ils reprenaient le travail malgré la non satisfaction de leurs revendications, on a cru à un geste de civisme.
Les 5 000 planteurs de cannes, leurs ouvriers agricoles, les transporteurs de cannes, les ouvriers industriels de Gardel, les transporteurs de sucre pour le silo à Jarry, les ensacheurs, les
transporteurs de sucre en sachets pour l'approvisionnement des magasins locaux, ont applaudi. Las, il a fallu rapidement déchanter.
Du sucre vendu « au prix LKP »
En effet, l'usine de Gardel est plus ou moins livrée à elle-même et le travail se fait en autogestion : chaque matin, il y a assemblée générale pour analyser les revendications, les propositions
patronales, etc. Sauf qu'il semblerait qu'à part Bernard Carbon, le médiateur social, Serge Tondu, le secrétaire général de l'usine, Eric Bourillon, directeur technique, il n'y a pas grand-monde
pour prendre des décisions, Ivan de Dieuleveult, p.-d.g. de la structure, étant absent du département.
Néanmoins, des négociations se poursuivent, a expliqué, hier soir, Julien Marinette, syndicaliste de l'intersyndicale UGTG-CGTG.
Donc, l'usine, sous ce régime nouveau et dynamique, ne produit plus de sucre. « Le stock est en cours d'assèchement, l'ensachage effectué ces derniers temps semblant destiné, non à la vente aux
clients habituels, sous contrat, mais pour une vente spéciale, le 27, à ce qu'on appelle "un prix LKP" », affirme-t-on à Gardel.
K'es ? Nul ne sait. Nulle autorité pouvant légitimement disposer des stocks de sucre de l'usine.
Julien Marinette, qui avait parlé le premier de cette vente « au prix LKP », lors d'un meeting, il y a deux jours, s'est exclamé : « C'était pour détendre l'atmosphère ! J'ai dit, je m'en souviens,
que nous donnions à la direction jusqu'au 27 pour satisfaire nos revendications, ensuite, nous ferions l'ensachage pour vendre à un prix LKP, pour payer les salariés. Bien sûr, c'était une
plaisanterie. L'ensachage se fera aujourd'hui, dans le courant de la journée puisque les machines ont été lavées et séchées. Et puis, nous allons de nouveau distribuer... » Pour le compte de qui ?
« Pour le compte de l'usinier », confirme-t-il.
900 000 euros de perte
Bonne ou mauvaise foi, la plaisanterie de M. Marinette n'a pas été prise comme telle et le bruit a couru que les stocks de sucre avaient été saisis par les syndicalistes, pour vendre et alimenter
une caisse noire...
En attendant, chez les clients, les sachets de sucre de canne local sont rares. Seule l'usine de Grand-Anse de Marie-Galante parvient à alimenter tant bien que mal les commerces. Mais,
Marie-Galante a déjà son réseau. Alors, que faire ? Pour satisfaire ceux qui aiment le sucre de canne, le sucre roux, et parce que les commerçants ont eu peur de ne plus être approvisionnés par
Gardel et que la pénurie se poursuive, ils ont commencé à en importer de France. Il s'agit de sucre roux en morceaux. Du sucre d'ailleurs, venu concurrencer le sucre local. « Si on donne aux
Guadeloupéens l'habitude de consommer d'autres sucres, on n 'est pas sorti de l'auberge. Déjà qu'on ne produit pas grand-chose, si on tue même la production de sucre... », disait, hier, un
observateur.
« Nous estimons la perte en non vente de sucre par notre usine à environ 900 000 euros », indiquait, hier toujours, un membre de la direction de Gardel SA.