Le retour des rescapés
Hier soir, les premiers rescapés de tremblement de terre d'Haïti sont arrivés par deux avions qui se sont posés à Pointe-à-Pitre.
Des valides, des femmes, des enfants, et une centaine de blessés, dont certains graves.

Une noria de minibus et de cars est venue chercher les rescapés d'Haïti. Les valides, ceux du vol affrété qui arrive à 20 h 15. Il y a là Marie-Luce Penchard, la ministre de l'Outre-mer, le préfet
Jean Fabre, le sous-préfet Marcel Renouf. Et la presse.
On se bouscule un peu à l'arrivée de l'avion. Embarquement dans les cars pour des hôtels du Gosier où ils passeront la nuit.
Ce sont des rescapés qui sortent de l'avion, hagards. Certains ont les yeux rouges, d'autres pleurent carrément de joie ou viennent de craquer en posant les pieds sur le sol français.
« Dites, on ne va pas me la reprendre ? », Arnaud, la trentaine, accompagné d'une jeune femme qui porte un bébé au bras tandis qu'une petite fille s'accroche à eux, les yeux écarquillés de
curiosité, désigne une petite fille, les cheveux nattés. Qui joue avec une poupée de chiffons. Il explique : il travaillait à la Minustah. Ses collègues sont presque tous morts. Des amis à lui ont
fait les démarches pour adopter l'enfant. Après le séisme, avec sa compagne, ils sont allés à l'orphelinat et l'ont réclamée. On la leur a donnée. Le ministre, puis le préfet Jean fabre le
rassurent : « Mais non , vous ne risquez rien. On ne va pas vous faire d'histoire. Vous avez bien fait. » C'est à qui encourage le plus le jeune couple à oublier l'horreur que raconte plus tard
Arnaud, face aux caméras. « Il y avait des morts partout, une odeur insoutenable. Sur la route de l'aéroport, des cadavres partout, sur les trottoirs, sur les bas-côtés... »
Des femmes et des enfants passent en courant, pour grimper dans un minibus. Les militaires s'activent. Il faut évacuer ces deux cents personnes, dont la plupart vont rejoindre Paris ce matin, le
plus vite possible. Tout à l'heure, il faudra être disponible pour le second avion de la soirée. 96 blessés, dont certains graves, qu'on évacuera par ambulances. Les ambulances arrivent dans la
nuit, gyrophares tournant, lançant des éclairs lumineux sur les valides du premier vol qui finissent de grimper dans les cars. Marie-Luce Penchard console une jeune femme au fond du car.
Celle-ci-prostrée, se cache le visage dans une serviette jaune. La ministre relève la tête, le visage bouleversé. « Elle ne sait plus son nom, ni d'où elle est. Il faut la prendre en charge, ne pas
la laisser seule. » La jeune femme éclate en sanglots bruyants. En remontant dans le car pour en sortir, le laisser emporter ces rescapés vers leurs hôtels, leur première douche sans doute, depuis
le drame, difficile de ne pas voir leurs yeux cernés, rougis, des regards qui en disent long. Ils ont vu l'horreur.