Revue de l'actualité politique locale
POLLUTION PAR LA CHLORDÉCONE AUX ANTILLES
L’évènement scientifique
Le CIRAD-PRAM et l’INRA organisent un atelier scientifique international sur la « remédiation à la pollution par la Chlordécone aux Antilles ».
23 experts scientifiques internationaux, spécialistes des problématiques de dépollution liées aux molécules organochlorées, seront réunis en séances de travail en Martinique et en Guadeloupe
pendant 6 jours.
L’objectif :
dresser un état de l’art des possibilités de remédiation à la pollution par la chlordécone
mettre en commun des connaissances scientifiques afin de concevoir des solutions réalistes pour la dépollution des sols.
Aucune action de la sorte n’a jamais été menée antérieurement.
Il s’agit de la mise en œuvre de l’action 7 du plan chlordécone « développer la recherche sur la faisabilité et les techniques de dépollution ».
Cet évènement est soutenu par les Conseils Régionaux de Guadeloupe et Martinique, en partenariat avec des organismes de recherches scientifiques (le BRGM, le CEMAGREF-PRAM, l’IRD-PRAM) et
l’Université Antilles-Guyane.
Les thématiques abordées
Au cours des brainstormings, les scientifiques présents aborderont 3 thématiques :
dépollution des matériaux (boues et charbon actifs) et traitement alternatifs (eaux)
dépollution des sols et sédiments
volet socio-économique (coûts, calendrier et impact des propositions)
LE CONTEXTE
Aux Antilles, la pollution par la chlordécone est diffuse et hétérogène sur les parcelles du fait des pratiques d’application (de 1971 à 1993) et de travail du sol ; de plus, les conditions
tropicales humides sont très différentes de celles dans lesquelles ont été menés les rares travaux publiés sur le devenir environnemental de la molécule (Virginie, USA).
Dans le cadre du Plan Chlordécone, une action sur la dépollution des sols (Action 7) avait été proposée. Dans le contexte de pollution diffuse et chronique, sans solution simple disponible (pas
de biodégradation en conditions naturelles, traitements physiques peu applicables, phytoremédiation peu prometteuse,…), il semblait important de pouvoir dresser un état des lieux des pistes de
dépollution avec des spécialistes internationaux avant d’engager des recherches lourdes sur le moyen et long terme, à coordonner pour obtenir un jour des solutions opérationnelles.
La molécule de chlordécone possède des propriétés spécifiques qui ne permettent pas l’application directe de méthodes de dépollution classiques et éprouvées. Sa biodégradation est très faible,
son affinité pour les matières organiques est très forte, et la molécule est stable à la lumière et à la température.
L’Atelier « Remédiation à la pollution par la chlordécone aux Antilles » organisé par le Cirad-PRAM et l’INRA, avec le soutien des Conseils Régionaux de Martinique et de Guadeloupe, se
veut être un lieu d’échanges entre des scientifiques de renom dans le domaine des technologies et des méthodes de biodégradation, de phytoremédiation ou de traitement physico-chimique de
polluants organochlorés dans des sols et autres matériaux solides.
Les objectifs du plan
Diminuer notre exposition à la chlordécone
Mieux connaître les effets sur la santé
Assurer une alimentation saine
Evaluer l’impact sur l’environnement
Prendre les mesures adaptées
L’historique du plan chlordécone
L’utilisation de la chlordécone est interdite depuis presque 20 ans. Toutefois, cette molécule très persistante est encore présente dans certains de nos sols. Cela constitue pour la Martinique et
la Guadeloupe un enjeu sanitaire, environnemental, agricole, économique et social.
Depuis 1999, l’Etat et les collectivités sont mobilisés pour y faire face.
Après avoir traité les ressources en eau potable et mis en place des actions de prévention contre la contamination des légumes, les pouvoirs publics ont souhaité structurer leurs actions dans le
cadre du plan chlordécone.
Lancé en 2008, ce plan, constitué de 40 actions, finance et mobilise les acteurs qui travaillent à mesurer l’impact réel de la chlordécone sur les milieux, comprendre les mécanismes de pollution,
mieux connaître les effets sur la santé et réduire l’exposition des populations.
Les acteurs du plan chlordécone
La gestion du plan est assurée par un comité de pilotage national, composé des administrations centrales concernées, des agences sanitaires et environnementales et des organismes
scientifiques.
Localement, une mission interrégionale du plan chlordécone est chargée de coordonner les actions menées en Martinique et en Guadeloupe.
Au total, pour les 2 îles, plus de 50 personnes collaborent à la mise en œuvre du plan chlordécone.
Il s’agit d’organismes de recherche, de services de l’Etat, de collectivités territoriales, de syndicats et organisations professionnelles locales.
Au final, le Plan chlordécone, c’est pour nous tous. Soyons acteurs de notre protection face aux risques associés à cette pollution de notre environnement.
Les actions réalisées dans le cadre du plan Chlordécone
Mieux connaître les effets sur la santé
Des études préalables avaient été lancées par l’INSERM pour mieux connaître l’impact sur la santé : Ti Moun’ pour les femmes enceintes et les jeunes enfants ainsi que l’étude
Karuprostate.
Le plan chlordécone a permis de renforcer les dispositifs de santé publique aux Antilles, au-delà de la surveillance des effets possibles liés à la chlordécone :
création d’un centre de toxicovigilance aux Antilles
création d’un registre interrégional des malformations congénitales
création du registre des cancers en Guadeloupe et renforcement de celui de Martinique
Faire l’état des lieux de l’impact sur l’environnement
Etudes sur l’état de contamination des sols et des eaux souterraines (BRGM…)
Etudes sur l’état de contamination du milieu aquatique (Offices de l’Eau, IFREMER, UAG…)
Etudes sur les transferts sols/plantes et transfert sols/eau (INRA, CIRAD, CEMAGREF, IRD…)
Rechercher les possibilités de dépollution
Travaux de l’UAG sur la dégradation de la chlordécone et du HCH (Insecticide anti-charançon d’usage antérieur à la chlordécone)
Prochainement un atelier international sur la dépollution des sols pour identifier des pistes de recherche
Le plan chlordécone a aussi permis de développer les capacités locales d’analyse des pesticides
Protéger et prévenir
L’objectif prioritaire est de réduire l’exposition de la population, via une mise en marché de produits sains.
Conseils aux agriculteurs (Chambres d’agricultures, 10 000 analyses de sols réalisées depuis 2003…)
Elaboration d’une liste de cultures possibles ou déconseillées
Accompagnement pour la culture de jardins familiaux. A ce titre, le programme JAFA, a été lancé en Martinique et en Guadeloupe afin d’orienter les particuliers dans la consommation des légumes de
leurs jardins (13 000 enquêtes + 2000 analyses de sols)…
Mesures préventives sur la pêche en eau douce et en milieu marin
Analyse et information sur les sources naturelles exposées à la chlordécone
Contrôler
Après le traitement des ressources en eaux potables, le plan chlordécone a aussi permis de renforcer les contrôles des produits mis sur le marché.
Plus de 5000 analyses ont été effectuées en 2009 sur les lieux de production, sur les marchés et dans les grandes et moyennes surfaces de distribution.
Le plan chlordécone en chiffres
2 régions concernées : Martinique et Guadeloupe
40 actions programmées entre 2008 et 2010
Un budget total de 33 M€
8 M€ dédiés à la recherche
8 ministères, 2 préfectures, 15 organismes de niveau national (agences sanitaires et recherche) et plus de 20 institutions locales mobilisés
3 missions parlementaires effectuées
Depuis 1999, 21 études réalisées dont 8 en cours
Plusieurs centaines de réunions publiques d’information