Tous contre Penchard à droite, contre Lurel à gauche
La préparation des régionales est en Guadeloupe l'occasion d'une complexe redistribution des cartes résumable en deux formules: "tous contre Penchard" à droite, "tous contre Lurel" à gauche.
Les premières divisions sont apparues à droite. Voulant contrer la volonté de la ministre de l'Outre-mer Marie-Luce Penchard d'être en position éligible sur la liste UMP, les dirigeants de sa
fédération locale avaient désigné leur propre tête de liste.
Ils ont été exclus depuis lors. Laurent Bernier, maire de Saint-François et suppléant de la députée UMP Gabrielle Louis-Carabin, a décidé de maintenir sa liste dissidente, malgré la désignation par
les instances nationales d'un "chargé de mission", Blaise Aldo, maire de la commune voisine de Sainte-Anne.
Ce dernier devrait finalement conduire la liste UMP sur laquelle figurera Mme Penchard, qui souhaite siéger à la Région dans la perspective des prochaines législatives.
Ancien eurodéputé RPR, M. Aldo a longtemps encouru la disgrâce de la mère de Mme Penchard, Lucette Michaux-Chevry, ex-ministre et sénatrice UMP, qui régna jadis sans partage sur la droite
guadeloupéenne.
Il bénéficie aujourd'hui de son soutien et a obtenu le ralliement du sénateur (RDSE) Daniel Marsin, membre de la Gauche moderne, ex-député app. PS.
Situation aussi complexe à gauche: le député PS Eric Jalton, qui, depuis la crise de 2009 et ses 44 jours de grève initiée par le LKP, affiche sa proximité avec le mouvement social, a entrepris de
constituer sa liste. Il s'est allié avec le PC guadeloupéen et l'organisation indépendantiste UPLG, membres du LKP, ainsi qu'avec les divers gauche de Guadeloupe unie, anciens socialistes
dissidents.
Elu député (NI) en 2002 avec le soutien de Mme Michaux-Chevry, M. Jalton avait ensuite rejoint le PS.
Devenu en 2008 maire des Abymes, ville la plus peuplée du département, M. Jalton ne cache pas son inimitié pour Victorin Lurel, député et président PS sortant de la région.
Il a perdu, depuis l'annonce de sa dissidence, le soutien d'adjoints, de conseillers régionaux et de la plupart des conseillers généraux élus dans sa ville, ralliés à M. Lurel.
Après l'annonce du ralliement de Guadeloupe unie, dont elle est membre, à M. Jalton, la député app. PS Jeannie Marc a pris ses distances et annoncé la constitution de sa propre liste "avec des
membres de la société civile".
Elu en 2004, face à Mme Michaux-Chevry, avec une liste d'union de la gauche, "La Guadeloupe pour tous" (58,37 % des suffrages exprimés, M. Lurel a entrepris de constituer "Tous pour la Guadeloupe",
liste de large ouverture.
Les sociaux-démocrates (ex-PC) du PPDG demeurent ses seuls alliés de 2004 mais il a rallié Les Verts (2,89 % en 2004) et leur leader local, Harry Durimel, candidat malheureux aux européennes.
D'où une scission au sein des Verts, dont des dirigeants ont rejoint M. Jalton.
Longtemps courtisée par la droite locale, comme par Mme Penchard qui connaît son poids électoral, la députée UMP Gabrielle Louis-Carabin a annoncé son soutien au socialiste Lurel au nom de "la
stabilité dont la Guadeloupe a besoin" et d'un nécessaire "front républicain".
En délicatesse avec l'UMP depuis l'entrée de Mme Penchard au gouvernement, Mme Carabin, qui fut présidente de sa Fédération locale, avait appelé à voter Durimel aux européennes.
Parallèlement, les dirigeants des mouvances trotskistes proches de LO et du NPA, Jean-Marie Nomertin et Alain Plaisir, dirigeants syndicalistes et membres du LKP, ont annoncé qu'ils conduiront
chacun une liste.