Revue de l'actualité politique locale
ILS SONT FOUS CES MARTINIQUAIS …
La semaine passée, comme un seul homme, ou comme une seule femme, dans un énième sursaut d’agonie, rôdé par une quarantaine d’années d’expérience, le monde de l’entreprise est passé à la contre-offensive. Mais nos patrons, petits, gros, moyens, nous ont dit ce que nous savions déjà : Tout va mal, tout coule. Sarkozy, lui aussi, le savait déjà et il avait répondu : Je sais, vous proposez quoi ?
-- On vous propose quoi ? s’indigne-t-on. Mais monsieur l’actuel président, nous avons déjà dit à Giscard, à Mitterrand, à Chirac, et ce, pendant plus de trente ans, tout ce qu’il nous faut, oui ! Dans ce monde où tout s’achète, même l’amitié et l’amour, vous n’avez pas encore compris que c’est une question d’argent alors ! Envoyez-nous du fric, et vous allez voir, ce que vous allez voir ! Déjà dans le premièrement, vous ne savez pas que lorsque le bâtiment va, tout va alors ? Vous êtes président et vous ne savez pas ça ? Quand même, quand même, quand même ! Voilà pourquoi je votais Chirac, oui ! Bon, on ne se fâche pas, pas encore, et allons faire un essai : envoie un petit peu d’argent et on va faire un tas de logements sociaux ! Avec la défiscalisation les gwotyaps ont déjà construit leur bidim maison, mais pour les logements sociaux le marché existe, oui, il est là, oui ! À portée de subventions, oui ! Tout le monde va travailler, oui ! La demande est tellement forte que même moi qui n’aime pas tellement ça, je vais être forcé de travailler, oui ! aaaaaaaaaaaaa Sarko, tout homme de droite que je sois, je vais faire campagne contre toi, si tu ne comprends pas ça, oui !
LE B.T.P LA SOLUTION MIRACLE ?
Claude Pompière, le président de la chambre de commerce, lors de son passage à R.F.O, semblait en être convaincu. Bien sûr, que tout va quand le BT.P fonctionne ! Ainsi, après les ravages causés par l’armée allemande, lors de la dernière guerre américano-européenne, les chefs entreprises du BTP, partout en Europe, se frottèrent les mains. Ces mêmes chefs d’entreprises se réjouirent de nouveau et furent tous volontaires pour la reconstruction de l’Irak. Le BTP, hélas, se nourrit de l’affreux mécanisme : destruction, reconstruction, phénomènes que nous ne connaissons pas encore la Martinique étant au stade de la construction. Ce qui explique que nous ayons temps de nous préoccuper de la reconstruction de l’âme et de l’identité martiniquaises, estimées diluées et noyées. Quelque cinquante, cent ans plus tard, nous jetterons un œil amusé sur cette période gesticulatoire où nous n’avions pas compris les besoins et stratégies planétaires de l’Univers.
Pour l’heure, revenons aux certitudes martiniquaises quant au B.T.P. Un BTP en roue libre est une catastrophe. L’absence de vigilance a détourné la loi de défiscalisation de Bernard Pons de sa vocation qui était de développer, et non de figer l’économie. Cela en construisant les infrastructures vitales, notamment les hôtels et les équipements publics adéquats. Cette mesure s’est étendue à la construction de logements particuliers. Alors monsieur le maire, sollicité, a déclassé des zones agricoles et des spéculateurs ont spéculé. Conclusion ? Rares sont les Martiniquais en mesure d’acheter là où il fait bon vivre. Au moment où nous parlons, pour acheter ou simplement louer l’un de ces appartements construits avec, au départ, la volonté de donner un coup de fouet à l’économie, il faut deux salaires de cadres supérieurs.
MAIS ACCOMPAGNONS LE DELIRE.
Allez Sarko, aboule le fric et vite ! Quoi, c’est fait ! Youppie….
-- Allo, Claude, ça y est nous avons l’argent pour le BTP !
La suite ? Elle est simple. Nous allons effectivement construire des logements et il faut impérativement le faire. Il est en effet inadmissible que, chez nous, des bébés s’endorment sous des gouttes de pluie.
Oui mais après ? Cela durera combien de temps ? Combien de temps faut-il pour tout construire si on met le paquet ? Et il faut mettre le paquet pour générer une activité suffisante, afin d’éviter l’explosion que tout le monde craint ! Un an, deux ans, trois ans ?
Et après ? Bon Dieu et après ?
Que lui restera-t-il à se mettre sous la dent ce BTP miracle qui, lorsqu’il va, tout va ? Peut-être devrions-nous lui suggérer d’avoir une section spécialisée dans l’édification de plaines, de savanes, de mornes, de forêts ? Comme ça, il pourra continuer à construire et … heureux, nous dirons comme tout le monde : Quand le bâtiment va, tout va, oui !
Tony DELSHAM
Notre ami Tony Delsham est écrivain,
chef d'entreprise. Il a de l'humour. Tant mieux ! Fos pou Tony !