Six mois après la fin du conflit qui a opposé le LKP au patronat local, avez-vous repris votre souffle ?
Si par « souffle » vous entendez « volontarisme » , alors oui, nous sommes volontaristes et nous croyons encore dans le potentiel de la Guadeloupe. Car pour être entrepreneur, il faut avoir
cette force de caractère qui permet de recommencer et de se relever quand on connaît l'adversité.
Et l'économie, que retiendra-t-elle de cette immobilisation forcée de 44 jours ?
Ces 44 jours ont coûté très cher à la Guadeloupe et ont été plus destructeurs que constructeurs. Cela est d'autant plus regrettable que nous aurions pu faire autrement : débattre, échanger
des idées, discuter de projets et de solutions.
Six mois après la signature des accords, on ne voit pas grand changement. Le RSTA pose problème, les prix sont toujours aussi hauts dans les commerces, celui du carburant repart à la
hausse. Qu'en déduisez-vous ?
Nous avons dès le départ souligné les limites et les faiblesses des accords signés, cela dans le but de les améliorer afin de les rendre durables et efficaces pour le développement de notre
pays. Aujourd'hui, on peut constater que la plupart des points soulevés sont pertinents. Le RSTA est moins performant et plus difficile à mettre en place que le RSA. En économie libérale et
de marché, la meilleure technique afin de faire baisser les prix est de renforcer la concurrence et l'innovation. Cela passe par un renforcement de l'offre de capital développement et de
capital risque et non par l'établissement d'un contrôle des prix fondé sur les principes de l'économie dirigée. En ce qui concerne le carburant, le problème vient du fait que certains ont
voulu présenter comme définitive une baisse technique essentiellement liée à la chute conjoncturelle des prix du pétrole brut. Depuis, les prix du brut sont repartis à la hausse. Dans ces
conditions, le gel des prix des carburants coûte de plus en plus cher à la Guadeloupe. Alors que le travail de réflexion sur une structure de prix des carburants transparente et efficace pour
notre développement économique et social est encore embryonnaire. Je pense que si nous avions cherché à trouver de véritables solutions afin de bâtir un pays, notre pays, nous aurions pu
éviter toutes ces déconvenues.
La démocratie dans laquelle nous vivons, avec le libéralisme effréné qui n'épargne ni les salariés ni les clients, est-elle une bonne chose ?
Je pense que la démocratie et l'état de droit sont de belles inventions. Toutefois, pour qu'elle fonctionne correctement, elle suppose la participation active des citoyens exprimant leurs
idées et manifestant leurs opinions notamment dans le cadre du vote. Le vrai problème des sociétés démocratiques de type occidental comme la nôtre est l'abstention. Cela laisse de la place à
tous les clientélismes et toutes les pratiques subversives, en affaiblissant la légitimité et le pouvoir de nos élus.
Concernant le libéralisme, il faut d'abord préciser qu'il existe plusieurs libéralismes. Celui que nous connaissons en Guadeloupe n'a rien du libéralisme effréné ou du libéralisme américain
qui est beaucoup plus rude. Il s'agirait plutôt d'un libéralisme social, dans lequel de nombreuses lois préservent l'individu et son intégrité d'une conception trop déshumanisée de
l'économie. Et cela est positif.
Ce qui nous frappe durement aujourd'hui, c'est avant tout la récession économique mondiale, dont les effets ont été amplifiés par les 44 jours de crise sociétale que nous avons connus. En
début d'année, si nous avions été lucides et responsables, nous aurions dû mobiliser toutes nos énergies dans une sorte d'union sacrée pour protéger notre pays et le bâtir.
Qu'avons-nous fait ? Nous nous sommes laisser aller à la facilité. Nous avons passé notre temps à nous plaindre en nous remémorant les affres de notre passé. Ce qui nous est demandé est de
nous fonder sur notre histoire pour jeter, aujourd'hui, les bases d'un futur meilleur.
Nous avons, en Guadeloupe, un problème de gouvernance. Quelle est l'expertise de quelqu'un qui n'est ni élu politique ni syndicaliste ?
Je pense que nous n'utilisons pas suffisamment et avec assez d'audace toutes les possibilités qui nous sont offertes par notre Constitution. Il faudrait que nous soyons plus créatifs, plus
innovants, plus autonomes. Pour développer la Guadeloupe, nous avons l'obligation de maîtriser, d'utiliser judicieusement toutes les possibilités que nous donnent les articles 73 et 74. Pour
l'instant, tout cela est un peu timoré. Il faut toutefois préciser que si nous avions une vision commune et partagée, il serait plus facile d'utiliser de façon efficace les outils
institutionnels mis à notre disposition.
La Région met en avant son désir de former des jeunes. L'Etat idem. Des sommes substantielles sont consacrées à cette formation. Or, le chômage est toujours aussi élevé. Quelle solution
proposeriez-vous en tant que représentant des employeurs ?
Pour former efficacement les jeunes, il faut moins de discours et plus d'action, moins de théorie et plus d'immersion dans les réalités opérationnelles du monde réel. Pour bien former, il
faut tout d'abord faire la différence entre la connaissance et la compétence. Je peux avoir beaucoup de connaissances et être parfaitement incompétent, car je suis totalement incapable de
mettre en action mes savoirs théoriques pour créer. Ainsi, la formation doit avoir pour objectif premier de former des hommes compétents humainement, techniquement et socialement, qui
seraient capable de mettre en oeuvre leurs savoirs pour réaliser un objectif fixé. C'est de cela que notre société a besoin pour se développer et créer des emplois.
Vous mettez souvent en avant votre souhait d'un projet de territoire pour bâtir le pays. Qu'entendez-vous par là ?
Une vision commune et partagée de notre devenir, une ambition commune qui se matérialise dans des objectifs explicites, un plan d'action, un calendrier de réalisations, des critères de
contrôle des actions mises en oeuvres, des processus de correction du projet de territoire en fonction des résultats obtenus.
Qu'est-ce qui différencie votre projet d'un changement de statut (assemblée unique), voire de l'indépendance pure et simple, avec son corollaire, les Guadeloupéens au pouvoir, libres
enfin, prêts à se prendre en charge, à assumer leur destinée ?
Le projet de territoire est la finalité essentielle qui donne du sens à notre société. Le statut et les conditions de la gouvernance du territoire ne sont que des outils qui permettent de
réaliser l'ambition commune.
On a parlé de capital développement un temps. Depuis, silence. Alors ?
C'est à l'ordre du jour. Nous en reparlerons bientôt car on ne peut rien faire sans capital.
Dans quelques jours, le LKP veut relancer la mobilisation, arguant d'accords non honorés par l'Etat, les élus, etc. Comprenez-vous cette réaction ?
Dans l'état actuel de notre société, cela me semble absurde. Nous ne pourrons nous sortir de la crise actuelle que par notre travail, notre ténacité, notre sens des responsabilités et notre
volonté de bâtir un devenir meilleur pour nos enfants.
J'ai quelques difficultés à comprendre le sens positif des mobilisations qui ont pour finalité de bloquer la société guadeloupéenne.
De même, je n'ai jamais compris pourquoi, pour certains, il était d'abord nécessaire de casser pour bâtir le meilleur des mondes.
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