Revue de l'actualité politique locale
Haïti : le système de veille et d'alerte météo n'est toujours pas rétabli
Le système de veille météorologique haïtien est loin d'être opérationnel trois mois après le séisme et à quelques jours du début de la saison des pluies, a indiqué jeudi le chef d'une mission de
l'Organisation météorologique mondiale (OMM) venue prêter main forte.
L'état des lieux dressé par Jean-Noël Degrace, directeur de Météo-France en Martinique et chef de cette mission de l'OMM, souligne l'ampleur de la tâche: le Centre national de météo d'Haïti n'a
plus de locaux ni de voitures et n'emploie que deux prévisionnistes.
Quant aux services de surveillance de l'hydrométrie et des vents, ils dépendent de quatre ministères qui se sont écroulés.
"Et pourtant tout le monde dit que pour la population sinistrée, l'urgence avec la saison des pluies, puis des ouragans, c'est de surveiller la météo", relève-t-il dans un entretien.
Face à cette situation, l'OMM va restaurer sept stations météo réparties sur tout le territoire haïtien. "Elles ont existé (il y a quelques années), puis il n'y en avait plus que quatre, plus que
deux, après il n'y avait plus de liaisons téléphoniques...", note-t-il.
La déliquescence du système météo haïtien n'est donc pas uniquement liée au tremblement de terre.
L'absence d'un bon mécanisme de veille et d'alerte pose notamment problème dans la mesure où 1,3 million d'Haïtiens ont été jetés à la rue par le séisme du 12 janvier.
Parmi les projets engagés, l'OMM travaille à la mise en place d'un site internet de prévisions météo destiné au grand public (développé par le Canada), la diffusion de bulletins sur la télévision
nationale, la constitution d'un réseau d'alerte au sein de la population locale, a expliqué M. Degrace.
Egalement, une équipe spéciale de prévisionnistes canadiens, britanniques et français va être constituée en Martinique. De cette île française des Petites Antilles, ils réuniront des données et
réaliseront des prévisions à cinq jours qu'ils transmettront ensuite en Haïti.
"Le but est d'apporter la meilleur information possible face aux épisodes (météorologiques) majeurs qui vont arriver en tablant sur un peu d'observation, une meilleure capacité de prévision et
une meilleure dissémination", a-t-il dit.
"Si on fait ça déjà, on aura fait notre +job+ de soutenir le service météo en Haïti dans l'urgence de la saison cyclonique", a-t-il estimé.
Selon des météorologues américains, la probabilité qu'un ouragan majeur frappe les Caraïbes cette année est supérieure à la moyenne.
"On est inquiet et ça n'a rien avoir avec les prévisions saisonnières d'activité cyclonique", a poursuivi le chef de mission de l'OMM, soulignant qu'"une petite tempête en Haïti, c'est 3 000
morts, la moindre petite pluie c'est 20 morts".
En 2009, la saison cyclonique avait été relativement calme dans l'Atlantique, débouchant sur la formation de trois ouragans qui avaient épargné les côtes des Caraïbes.
En revanche, 2008 restera dans les annales comme une des années les plus agitées dans la région. En l'espace de quelques semaines, quatre ouragans avaient soufflé sur Haïti, touchant 800 000
personnes et provoquant la mort de plus de 800 personnes.