Plus de deux heures de débats au WTC pour les candidats aux régionales, en direct sur RFO.
Deux absents de marque : MM. Jalton et Aldo, remplacés par des colistiers.
Des candidats qui ont anonné leurs slogans de campagne, aligné des chiffres, sans rien proposer de concret.
Près d'une demi-heure de retard sur le programme, hier soir. Pour patienter, un court-métrage sur le perroquet à bosse... qui nous permet d'assister, selon le commentateur des images, à « un vrai
cirque ambulant ». Vient un second (excellent !) sur le pitt à coq Belair, de Morne-à-l'Eau, dont la propriétaire, Dolorès Belair-Tailleur, qui apparaît une bonne quinzaine de fois à l'écran,
est... septième sur la liste Pour une nouvelle Guadeloupe, conduite par Jeanny Marc-Mathiasin ! Hum !.. Bon choix.
Le débat est conduit par Eric Rayapin et Jacky Massicot (costume bleu, cravate stricte, très sérieux, placés derrière deux pupitres. Le CWTC a été choisi parce qu'il faut pouvoir accueillir outre
les deux journalsites, les caméramen, la régie, et les neuf candidats.
Surprise ? Oui et non. Manquent à l'appel — ce qui expliquait sans doute le retard, outre des problèmes techniques — deux pointures.
Tout d'abord Blaise Aldo, remplacé par Patrick Gob, treizième sur la liste. Il eut été difficile de se faire remplacer par Marie-Luce Penchard (il y a conseil des ministres ce mercredi et cela eut
accrédité la thèse d'un Blaise Aldo masque de MLP).
Ensuite, Eric Jalton, que remplace Evita Chevry, deuxième de liste. Surprenant.
L'ordre du soir débute par un portrait — décalé — de chaque tête de liste, par Pierre Francillonne. Ecran noir, rires nerveux des journalistes.
Le sujet est bien mené, les candidats têtes de liste défilant sous forme de photos expressives. En fond musical, entre autres, le fameux « La Gwadloup sé tannou... » Marrant !
Ensuite ? « Aucune sincérité dans les propos des politiciens; Je ne pense même pas voter... », « Tout sib-la sé pwésidan sortan... », « Je suis les débats, mais il n'y a pas beaucoup de solutions
d'avenir », « Ce sont des disputes d'hommes qui veulent prendre le pouvoir », « On ne connaît pas leurs programmes », commentent les Guadeloupéens d'un micro-trottoir qui vient ponctuer la
soirée.
Haro sur le sortant !
Le débat. Chacun des candidat va, tout au long de la soirée, camper sur ses positions. Une sévère détestation de l'équipe sortante. Pas une seule proposition menée de bout en bout. « La Région
aurait du... », « La Région n'a pas fait... »
L'heure du bilan. Haro sur Victorin Lurel. Le premier coup est porté par Jean-Marie Nomertin. Il accuse Victorin Lurel d'avoir dilapidé l'argent de la Région, sans avoir contribué à résorber le
chômage. « Si les choses allaient bien dans ce pays, je ne serai pas là... », lance Mme Marc. Elle poursuit : « Plus de cent mille personnes sont descendues dans la rue en 2009. C'est un signe ! »
Patrick Gob : « L'exécutif régional a échoué. Le chômage a augmenté, les entreprises ont fermé... » Alain Plaisir fait part de son émotion. « Je mène le combat des emplois, du pouvoir d'achat. Le
bilan des trente dernières années n'est pas bon. II faut une alternative. Nous sommes là pour ça. » Evita Chevry : « Eric Jalton est le seul, qui, l'an dernier, s'est élevé contre le préfet. Ce fut
un geste fort... » Victorin Lurel ? « Il a fait tout ce qu'il reprochait à son précédesseur en 2004. » Victorin Lurel, ainsi interpellé, est invité à répondre : « la Région est responsable de tout.
Si la lune n'est pas descendue sur terre... J'assume avec fierté notre slogan de 2004, La Guadeloupe pour tous. La Région, avant nous, c'était le clientélisme, une coterie propriétaire du pays...
Ça a été un formidable élan populaire. Pour la fin du règne de la corruption. Il y a des plaintes au pénal !.. Je suis fier de la manière dont nous avons mené la Région depuis 2004. »
Cédric Cornet : « Nous ne sommes pas là pour tirer sur l'ambulance... » Il en appelle à « prendre ses responsabilités de Guadeloupéens. » Rien que de classique à ce stade des débats. « la
Guadeloupe est en situation d'extrême fragilité... », dit Alain Lesueur, qui veut mettre « quarante années de management du service public au profit des Guadeloupéens. » Il aligne les millions
d'euros qui auraient été mal utilisés depuis six ans. Octavie Losio : « Ce président a accumulé les rapports, les mètres cubes de dossiers, mais n'a pas mené beaucoup d'actions concrètes. Il a
simplement changé ceux qui ont bénéficié... »
Cacophonie
Victorin Lurel est prié de s'expliquer sur son bilan économique. Il aligne les chiffres, dit qu'il a pu résorber le chômage mais qu'il y a eu en 2008 crise mondiale, puis crise locale en 2009. « Si
nous n'étions pas là avec les commandes publiques, les subventions nombreuses aux entreprises, un dispositif innovant, celui des emplois-tremplins, tout aurait été plus difficile. » Il donne des
exemples.
Jean-Marie Nomertin revient sur la mobilisation de 2009. Sur fond de crachottis liés à un micro mal réglé. Et Jean-Marie parle, parle... On entend à peine le ténor. Il tentera plusieurs fois de
s'exprimer, avec le même problème technique. Génant.
Evita Chevry, en bonne avocate, fait du dilatoire, expliquant qu'on lui coupe la parole... alors qu'elle n'a pas parlé. Et puis, c'est l'attaque en règle, pour dire comment elle n'aime pas le ton,
l'allure de Victorin Lurel. « Vous faites de l'autosatisfaction alors qu'il y a des gens qui se nourrissent dans les poubelles... »
« Le technicien a dévoré l'homme politique. Il y a une réalité, vous sortez des chiffres... », conclut-elle.
Jeanny Marc : « A sa place j'aurais professionnalisé les filières culturelles, continué la restructuration dans les filières agricoles. Il faut mettre en place un marché d'intérêt régional pour
mieux prendre en compte les filières... »
Patrick Gob, avec de grands gestes : « Il faut décliner le bilan plutôt que de dire qu'il est bon ! »
« Nous sommes enferrés dans un débat qui n'avance pas. Quel programme mettez-vous en œuvre les uns et les autres ! », lance Jacky Massicot qui a compris que la moitié du temps est passée sur les
deux premières questions d'un débat qui doit en comprendre cinq.
Victorin Lurel est prié de s'expliquer. Cris, hurlements dans la foule des candidats. « Concentrez-vous pour parler tout à l'heure ! », les coupe Eric Rayapin.
« La situation est grave », « Chaque fois qu'on parle, on nous coupe la parole ! » Cacophonie.
« C'est un débat, ce n'est pas un combat ! », résume M. Lurel.
Alain Plaisir : « Le constat est facile. Il faut lire les statistiques de l'INSEE... » Il critique les différents systèmes mis en place pour tenter de développer la Guadeloupe. Loi Pons, Loi
Girardin « qui n'ont enrichi que ceux qui avaient de l'argent ! » Il prône le développement de l'élevage, une grande politique de la mer.
Brouhaha de nouveau.
« Si nous sommes dans une cour d'école, je ne reste pas », menace Jean-Marie Nomertin. Le micro fonctionne bien cette fois. Il se ligue en procureur, attaquant, attaquant encore. Le ton monte.
Cédric Cornet la joue écolo : « Il faut recycler nos déchets. »
Alain Lesueur demande une augmentation de 15% des minimas sociaux... de grands travaux pour relancer l'emploi, la construction de collèges, etc. L'Etat et les collectivités locales vont être mises
à contribution pour « remettre la Guadeloupe sur les rails. »
Et le débat se poursuit... Languissant. Des chiffres, des slogans... L'électeur potentiel s'y est-il retrouvé ? Réponse dimanche.